30 avril 2010

Moi-léger

Il y a encore des gens qui écrivent des chansons engagées.
Et c'est tant mieux. J'ai entendu cette chanson chez Gomeux ce matin. Et depuis, elle est dans ma tête.
Et ça me donne envie de secouer un peu le cocotier.

Le 1er Mai, les gens sans travail ne travailleront pas. Peut-être certains n'auront-ils même plus l'envie de descendre dans la rue manifester. Ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver avec à peine de quoi subvenir à leurs besoins élémentaires. Mais nos gouvernements continuent à consacrer des budgets phénoménaux à enrichir marchands d'armes et banquiers.

Je vous suggère de passer aussi chez É, qui publie aujourd'hui un papier qui résonne fort.
D'où que nous soyons, le constat est le même.

Merci aux rayons de soleil et aux porteurs de lumière.

1968

Le 29 avril 1968, les français découvraient pour la première fois l'univers des Shadocks, de Jacques Rouxel.
Certains d'entre vous (pas nés d'hier) se souviendront peut-être de cette série télévisée plus caustique qu'elle en avait l'air qui divisa les téléspectateurs en deux camps, les Shadockophiles et les shadockophobes.
Les Gibis sont très gentils et intelligents et portent tous un chapeau melon dans lequel ils mettent leurs pensées, équations et autres inventions rigolotes. Leur particularité est de réfléchir tous ensemble à un problème. Lorsqu'un Gibi perd son chapeau, il perd son intelligence et devient fou.
..." Quand ils plantaient une graine d'usine, la terre se transformait petit à petit en ce qu'il fallait. Tout cela se reliait ou se reliait pas, selon ce qui était écrit dans la graine et, au bout de tant ou tant de saisons, elle donnait, selon les cas, des bananes, des montres suisses, des noix de coco, des barres de fer ou des bulldozers..."
Les Shadocks eux ne sont pas très intelligents. Ils sont méchants et grognons et passent leur vie à rassembler des trucs et des machins et n'arrêtent pas de pomper sur leur planète qui elle, est ronde, mais qui se déforme tout le temps. Il y a les Shadoks d'en haut et les Shadocks d'en bas. Ils sont guidés par le professeur Shadocko.
..."Tout ça, évidemment, faisait pas mal de bruit et les Shadoks d’en bas qui, comme vous le savez, soutenaient la planète, s’en plaignaient. Ils disaient : « Que serait peut-être le temps de réfléchir, qu’ils en avaient assez et que…si tout cela ne cessait pas ils iraient tous se coucher, qu’ils ne soutiendraient plus rien du tout et que la planète tomberait. » 
C’était de l’intimidation pure et simple car ils savaient très bien que si planète tombait, eux, seraient tombés avec. Et ça ne les intéressait pas tellement, mais ils protestaient quand même.
Pour les apaiser, les Shadoks d’en haut étaient obligés de leur envoyer d’énormes quantités de nourriture par des petits conduits spéciaux creusés à cet effet. Mais, plus on leur en donnait, plus ils en demandaient ! 
Et quand il n’y aurait plus rien à manger...hein ?..."
Pour reprendre une des expressions favorites du regretté Pierre Desproges : étonnant non ?

29 avril 2010

Chaleur humaine

- Hé ! salut !
- Ah ! salut !
- Ca va toi ?
- Oui oui, pas trop mal.
- Fait beau hein ?
- Oui, très beau.
- Oui, tu disais quoi ?
- Moi ? rien.
- .......
- Bon, ben salut alors.
- Ouais, salut .

28 avril 2010

Roger


Roger Chomeaux, dit "Chomo" était un ermite mystique et un irréductible.

Il disait "Je ne crée pas pour vendre, je crée pour m'étonner".

Il disait aussi "Le critique d'art est un danger public" 
et "Je suis là pour emmerder le monde".

Je me souviens d'un article de Laurent Danchin publié en 1991 dans le magazine Artension où j'étais maquettiste. Et de ma difficulté à sélectionner les photos que nous devions publier pour illustrer son papier.
J'avais envie de tout montrer. 
Cela se passait au temps où on pouvait encore aller voir Chomo dans son Village d'Art Préludien, à Achères la Forêt. 
Il était, entre autres,  un prince des aphorismes. 
Pour en savoir plus sur cet homme hors du commun, C'est par ici
Bon voyage







27 avril 2010

Quête

Oui, aujourd'hui, je suis perdue dans mes pensées sombres.
Il y a des jours comme ça, où mes yeux vagabondent pas gai.
C'est rien.
T'inquiète pas.
Faut que j'arrête de regarder des films tristes.
Ouais.

Mots croisés

25 avril 2010

Malomollets

Aujourd’hui, départ pour une petite ballade pour essayer les vélos.
Bon.
Mon vélo, je l’ai depuis longtemps et je l’aime bien. J’y suis habituée.
Mais il paraît que c’est pas un bon vélo pour pédaler longtemps.
Il a un certain âge et un seul plateau.
Moi aussi j’ai un certain âge et c’est pas maintenant que je vais me mettre au VTT je réponds à mon homme.
Qui me propose quand même de faire la ballade avec un vélo que je ne connais pas.
J’enfourche donc la chose et nous voilà partis.
Sauf qu’il a oublié de descendre la selle.
(Mon homme il me voit toujours plus grande que je suis.)
Et que j’ai pensé à prendre la pompe et les rustines, mais pas la clé qui va bien.
(alène, à l'aine, al haine ?)
Personne n’est parfait, c’est pas grave.
Sauf que au bout de cinq ou six kilomètres, je commence à avoir sérieusement mal aux mollets et aussi au postérieur, pour ne pas dire autre chose devant les enfants.
Et voilà que chanceux, nous rencontrons un cycliste avisé et accompagné de sa clé qui me descend ma selle.
Ouf ça va mieux.

Les cerisiers roses sont en fleurs.
Au bord du chemin, il y a tout plein d’amandiers.
Je croise un âne, des chevaux, des moutons.
Je m’extasie devant les oliviers et les vignes.
Je n’ai jamais vu ça en passant en voiture.
On trace en douce vers la mer en passant devant les serres et les belles maisons des producteurs de Côtes de Provence. Hum, je boirais bien un coup.
Dommage que la piste cyclable soit au bord de la route.
C’est un bon apprentissage pour les enfants qui sont habitués à rouler dans les chemins et ne croisent jamais personne.
Là faut faire un peu plus attention. C’est dimanche, il fait beau, y a un peu de monde.
Les noms des lieux dits sont romantiques.
Le Paradis, la Colle noire, Les orangeraies…

Une chose est sûre.
Avec moi dans le peloton, cet été, va falloir s’arrêter boire des coups et pas pédaler trop vite.
Et je pars avec mon vélo.
Cool cool,

Largage dominical #8

Pour la flamme que tu allumes
Au creux d'un lit pauvre ou rupin
Pour le plaisir qui s'y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour leurs pétales anonymes
Comme la rose du matin

Thank you Satan

Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
A l'Abbaye du monte en l'air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers

Thank you Satan

Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce cœur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien

Thank you Satan

Pour le prêtre qui s'exaspère
A retrouver le doux agneau
Pour le pinard élémentaire
Qu'il prend pour du Château Margaux
Pour l'anarchiste à qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le rouge pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris

Thank you Satan

Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à Monsieur Mozart
Sans croix ni rien sauf pour la frime
Un chien, croque-mort du hasard
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l'ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans

Thank you Satan

Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l'ennui qui va paraître
Au coin des lits où tu n'es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à  ne paraître
Jamais à  la télévision

Thank you Satan

Pour tout cela et plus encore
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu'on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont plus faites pour les chiens...

Thank you Satan

Léo Ferré

24 avril 2010

Son du matin

Ce matin envie d'écouter cet album de Burning Spears.
Le son à fond.
Ça donne envie d'assister à un concert où tout le monde danse.
Un de ces concerts où le temps s'arrête.

23 avril 2010

Start-fragment

Quand il a annoncé qu’on quittait la ferme, la famille s’est installée dans la nouvelle maison, infâme cube hyper confortable où j’ai entamé une adolescence ahurie. Il est parti bosser avec sa sacoche marron et ses costumes mal coupés. Il n’a rien dit de plus que ce qu’il devait dire. Il est parti chaque lundi matin, laissant derrière lui une femme déboussolée s’occupant tant bien que mal des deux petits derniers, et trois grandes donzelles ravies de pouvoir satisfaire désormais les besoins de leur féminité naissante. Et moi. Accrochée à mes virées dans mon ancien territoire. Je ne le voyais plus que le week-end. Il rentrait avec son sac de linge sale. Il parlait à peine de ses journées passées dans son petit bureau sombre et de ses nuits dans cette chambre sordide du vieux quartier mal famé aux loyers bon marché. Je grandissais sans rien dire. Sans père ou presque. Ce père s'était évaporé dans un monde que je détestais et qui faisait rêver mes soeurs. Il rentrait de la grande ville pour se faire aussitôt happer par sa femme crevant de solitude. La maison se remplissait  de meubles et d’objets convoités du temps des vaches maigres et des Noëls sans cadeaux.  « Vous avez tout pour être heureuses » disait-il quand, épuisé par les plaintes et les prises de bec dominicales, il finissait immanquablement par crier son envie de repartir presque soulagé vers ce qu’il appelait encore quelques années plus tôt sa reconversion. Il rapportait l’argent. Pour le bien de tous. Les grandes s’acheminaient tranquillement vers la rencontre de leurs maris. Ma mère se gavait de pilules, ne sortant de sa coquille que pour de brefs échanges lors des quelques repas pris en commun. Je lui volais de quoi acheter mes clopes et boire mes premières bières. L’année de mes seize ans, j'avais obtenu la permission de  partir seule en vacances. Une vadrouille d'adolescentes, une alternance de plages de liberté et de haltes nourrissantes chez les amis disséminés sur un parcours sous surveillance parentale. Le temps de rire le nez au vent le long des deux cents kilomètres parcourus à mobylette en duo avec ma seule amie. Buvant plus que mangeant l'argent du voyage, et fantasmant un peu ivres sur de futures échappées.
Ce fut une première biffure de mon avenir déjà tracé. Mon père avait tout arrangé avec son pote patron de la supérette du coin où mes trois aînées étaient caissières. Il avait cédé pour le bac, mais après, finies les rêvasseries d'études et de voyages. Mon boulot m’attendait, bien au chaud. Et ça, il n'en était pas question. Je ne voulais pas de cet avenir là. 

22 avril 2010

Dreamer

Imagine there's no heaven,
It's easy if you try,
No hell below us,
Above us only sky,
Imagine all the people
living for today...

Imagine there's no countries,
It isnt hard to do,
Nothing to kill or die for,
No religion too,
Imagine all the people
living life in peace...

Imagine no possesions,
I wonder if you can,
No need for greed or hunger,
A brotherhood of man,
Imagine all the people
Sharing all the world...

You may say Im a dreamer,
but Im not the only one,
I hope some day you'll join us,
And the world will live as one.



John Lennon

Expression

Je n'écoute pas les critiques d'art. 
Je ne connais personne qui ait besoin d'un critique 
pour trouver ce qu'est l'art.

Jean-Michel BASQUIAT















21 avril 2010

La plage

(Ecrire sans pâtir )


Quand je pense à mes copains qui vivent dans une grande ville et qui viennent chez nous en vacances en août je me dis qu'on a de la chance d'habiter près de la mer. Ils habitent une maison collée à une autre et ainsi de suite et leur jardin est tout petit. J'aime pas du tout leur ville. Elle est trop bruyante et ça pue.  
Mon père nous emmène toujours nager aux beaux jours quand il rentre des champs. Il nous fait monter dans sa camionnette. Quand on arrive sur la plage, il enlève sa chemise et son tricot de corps. On dirait une glace vanille chocolat. Ses bras et son cou sont très foncés et le reste est tout pâle avec des taches de rousseur. Il dit que c’est comme ça qu’on reconnaît les gens qui travaillent dehors de ceux qui se la coulent douce dans les bureaux. Évidemment Brigitte trouve toujours le moyen de faire remarquer que c’est trop nul d’avoir un bronzage comme ça et de dire qu'elle, quand elle sera grande blablabli blablabla... Mon père, il a pas envie d'entendre ses jérémiades sans doute, alors il en fait pas cas. Il m'a appris à nager et je me débrouille plutôt bien mais ce que je préfère c'est faire la planche. Je me laisse flotter et je regarde le ciel. Je resterais comme ça des heures à écouter juste le dessous de l'eau qui glougloute dans mes oreilles. A un moment Papa dit qu’il faut rentrer, parce que le travail n’attend pas. Il repasse vite fait à la maison manger un gros casse-croûte et repart dans les champs. On peut jamais rester longtemps sauf le dimanche. Parfois Maman vient avec nous mais je me demande bien pourquoi. Ma mère, elle déteste la mer. La seule fois où on est montés dans un gros bateau, elle a été tellement malade que je me suis demandé comment c’était possible qu’elle soit encore vivante après. La plage non plus elle aime pas ça. Elle dit que le soleil la fatigue et lui donne mal à la tête. Papa plante un parasol dans le sable. Elle se déshabille même pas. Elle reste là, assise sur une serviette, ses chaussures et ses bas bien rangés à côté d’elle. Elle est toujours inquiète vu qu'elle sait pas nager elle a peur qu’on se noie. Il faut qu’on remonte genre toutes les dix minutes pour lui faire voir qu’on est pas morts. Elle a l’air contente de nous voir arriver alors on passe devant elle en courant et en criant " j’y retourne! " et elle a juste pas le temps de dire non. Le dimanche, y a beaucoup de monde. Des tas de familles comme nous qui viennent avec des paniers pleins pour passer l’après-midi à la mer. Quand Maman est de bonne humeur j’ai le droit d’aller sur la grande dune de sable en attendant l’heure où on peut se baigner. C’est comme ça. Faut attendre trois heures après le repas. Sinon, il paraît qu'on peut mourir dans l'eau à cause du soleil et de la digestion. Je joue à partir dans le désert. Je m’en vais le plus loin possible et à un moment je me retourne et je vois tous ces petits paquets de gens qui se ressemblent avec leurs maillots de bain. Ça me fait comme un frisson et j’en mène pas large. J’ai eu beau prendre un repère avec le parasol de Maman en partant, je sais plus du tout comment je vais les retrouver parce que des parasols, y en a des tonnes. Je me refais toute la plage en courant et je rentre toute essoufflée par la grande aventure. Maman râle un peu que c’est pas raisonnable de partir seule comme ça mais Papa lui répond "laisse-là un peu vivre cette gosse" et elle insiste pas. Je sais que je suis la petite chérie de mon père. Je le vois dans ses yeux qui rient quand il me regarde. Il m'a raconté le jour où je suis née. Il a fait croire à tout le monde qu'il a eu enfin un garçon. A un moment les voisins lui ont demandé "comment il s'appelle ce petit gars ? " Et là, vite fait, il a balancé mon prénom et hop! il est reparti à toute berzingue sur son vélo. Moi je trouve ça triste à pleurer comme histoire. Mais c’est pas grave parce que je sais bien qu'il s'est habitué à ce que je sois une fille.

20 avril 2010

Juste pour aujourd'hui

« Il était trois heures du matin à peu près. Un matin incomparable : Le bleu et le blanc des étoiles et du ciel étaient comme les couleurs du désert et je me suis arrêté pour les regarder tellement elles étaient douces et émouvantes ; à se demander comment s’était possible, pareille beauté. Pas une seule fronde ne bougeait dans les palmiers sales. On n’entendait pas un bruit.
Tout ce qui en moi était bon s’est mis à vibrer dans mon cœur à ce moment précis. Tout ce que j’avais jamais espéré de l’existence et de son sens profond, obscur. C’était ça, le mutisme absolu, la placidité opaque de la nature complètement indifférente à la grande ville, le désert sous les rues et la chaussée ; et, encerclant ces rues, le désert a qui n’attendait que la mort de la ville pour la recouvrir de ses sables éternels. J’étais soudain investi d’une terrible compréhension, celle du pourquoi des hommes et de leur destin pathétique. Le désert serait toujours là, blanc, patient, comme un animal à attendre que les hommes meurent, que les civilisations s’éteignent et retournent à l’obscurité. Les hommes étaient bien braves, si c’était ça, et j’étais fier d’en faire partie »

John Fante
Demande à la poussière

The ship song

19 avril 2010

Ecrire sans pâtir ?

Quand on aime beaucoup lire, il arrive parfois que l'envie d'écrire pointe le bout de son nez.
Et puis on se dit que ce talent là n'est pas à la portée de tous.
Alors on laisse le temps filer et on se dit que bon, c'est pas fait pour nous.
Et puis, un jour, par un hasard qui n'en n'est sans doute pas un, on se retrouve à publier des petits bouts de texte et on y prend goût.
Alors voilà, j'ai choisi de me replonger dans la peau de la gamine que j'ai été et de raconter des trucs.
Je vous livre donc les premières lignes d'un exercice qui m'a pris pas mal d'heures depuis quelques jours.
C'est très surprenant d'aller se pencher sur des choses vécues. Et d'en s'en servir. J'y ai retrouvé une certaine fraîcheur. Et étonnamment, une certaine gravité aussi. Mes souvenirs sont passés par le miroir déformant de ma vision d'adulte. Et je constate en écrivant que cette époque bénie de mon enfance sans drames porte une musique qui est celle qui m'accompagne encore aujourd'hui chaque jour. Je suis certainement encore cette petite gosse qui écrit. Et j'en suis toute étonnée. Mais contente aussi.
Je ne sais pas où ça me mènera. Mais le récit prend forme, vaille que vaille. Je laisse les mots couler sans pâtir, en essayant de suivre ce très généreux conseil de Gaétan Bouchard qui lui, a vraiment du talent.
Cet exercice est peut-être un rien impudique. 
Mais vous savez à présent que ce blog est un miroir et ce que vous y voyez est toujours moi, ma tête et compagnie.


Alors, avanti.





Le yaourt s'est écrasé sur le mur de la cuisine et dégouline sur la peinture. Ma soeur s'est arrêtée net de brailler. Personne ne moufte. Vaut mieux pas. Ce sera comme ça jusqu'à la prochaine engueulade. Maman fera encore son regard noir. Elle lui mettra peut-être une de ces gifles à lui faire faire trois tours dans ses godasses à la frangine.
Notre mère a pas l'air de se rendre compte que le pot en verre aurait pu atterrir sur la figure de B.
Moi je crois plutôt qu'elle a sacrément bien visé. Maman elle est forte à la carabine. Avant, quand on allait à la fête foraine, elle touchait toutes les cibles et ça énervait pas mal le forain qui tient le stand. On rapportait tout le temps des tas de bidules qui finissaient planqués dans le fond de l'armoire ou sous les lits. A part quelques créatures très moches qui restaient là posés sur les couvre-lits à fleurs à attendre qu'on rentre de l'école sans même leur accorder un regard, on les gardait pas vraiment les trophées de Maman. Elle a gagné plein de jeux de cartes, mais ils sont pas aussi beaux que le jeu de tarot de Papa. Moi j'aime pas jouer aux sept familles. Je trouve pas ça intéressant. Je préfère aller faire la piste aux étoiles sur le muret du jardin.
B, elle ferait mieux de venir jouer avec moi dehors que de se disputer tout le temps avec Maman. Je sais même pas pourquoi c'est encore parti en vrille aujourd'hui. Une histoire de coquetterie de B sans doute. Elle en a marre de porter les vieilleries de la grande. Qu'est-ce que je devrais dire, moi qui suis la quatrième et qui porte les vêtements trop petits des trois autres. Des fois j'ai un peu honte mais pas trop quand même. Quand elle a un peu de sous Maman m'achète des trucs, pas grand-chose, mais des trucs. J'aime bien quand elle m'achète des chaussures, je les abîme pas, parce que je les mets que pour l'école. Le reste du temps, je marche pieds nus. Sauf quand ils m'obligent à mettre mes bottes en caoutchouc. J'aime bien aussi mettre mes méduses pour aller chercher les lançons dans le sable avec Papa.
Des fois je me demande pourquoi elle est aussi chichi. Ce qu'elle peut être chichi ! Toujours en train de se mettre du vernis sur les ongles et puis d'essayer de faire friser ses cheveux raides. Elle est jolie pourtant. Sauf quand elle met ses bigoudis. Elle dit que les cheveux gonflés ça cache ses oreilles. Elle les attache la nuit avec du scotch, mais ça marche pas très bien alors elle voudrait que Papa et Maman les lui fassent recoller. Eux ils disent qu'ils ont pas les sous. Et ils essaient de la convaincre qu’on doit faire avec ce qu’on a, y compris les oreilles. Alors elle, ça la rend folle et elle crie qu'ils comprennent rien et que personne l'aime et c'est comme ça que ça finit avec des pots de yaourts qui s'écrabouillent sur les murs. Maman, elle aime pas quand B dit qu'elle veut pas être une plouc. Mes deux autres grandes soeurs, elles ont pas tout ça de problèmes avec les parents. La grande, c'est la chouchoute de Maman. Elle aide beaucoup à la maison, ça doit être pour ça. Quand elle sera grande, je suis sûre que ce sera une bonne cuisinière, elle aime faire à manger. Elle me parle plus depuis que j'ai joué avec ma souris blanche dans notre lit. Elle a peur des souris. Pour une fille qui vit à la campagne franchement, c'est trop nul. N'empêche qu'à cause d'elle l'année prochaine je vais me retrouver en pension. Tout ça parce qu'elle veut plus dormir avec moi. Je suis trop petite pour elle, ça la vexe. Et puis j'aime pas qu'elle me commande. Je comprends pas pourquoi on me laisse pas dormir avec mon autre soeur. Celle qui dit rien jamais. Elle se cache derrière ses lunettes de la sécurité sociale. Elle les aime pas ses lunettes, mais elle, elle a bien compris que pour acheter des jolies lunettes, Papa et Maman il ont pas les sous non plus. Alors elle la boucle. Elle est ronde et douce. Elle se marre tout le temps. Je préférerais dormir avec elle qu'avec la grande qui me prend pour un bébé.
J'aimais mieux avant quand on dormait toutes les quatre dans la grande chambre d'en bas. On se déshabillait sous les couvertures quand il faisait froid et on rigolait bien avec les bouteilles de limonade remplies d'eau bouillante. Sauf qu'un jour il parait que j'en ai cassé une et que ça a ébouillanté ma soeur qui dit jamais rien. C'est peut-être parce que je faisais trop de bêtises qu'ils m'ont mise dans une autre chambre avec la grande, pour qu'elle me surveille. Elle aime bien surveiller. Mais moi je crois surtout qu'elle aurait bien aimé avoir une chambre pour elle toute seule. C'est pour ça qu'elle fait sa chef et qu'elle m'embête tout le temps. Et que je suis obligée d'aller jouer dehors avec ma souris. J'ai demandé à dormir dans la baignoire avec un gros oreiller mais ils ont pas voulu. Ils m'ont regardé bizarre et ils ont ri. Ma grande soeur a sorti quelque chose du genre va falloir calmer cette gamine insupportable et maintenant c'est moi qui la supporte à côté de moi la nuit.
Elle est idiote. Moi à sa place, j'aurais dit laissez là dormir dans la baignoire. Mais il paraît que ça se peut pas, un enfant qui dort dans une baignoire. Parce que c'est pas confortable. Tu parles ! Tous les étés, on dort avec les cousins à quatre par lit deux aux pieds deux à la tête. Ça nous empêche pas de dormir. Moi, je crois que confortable c'est dormir toute seule dans une baignoire ou à quatre sympas qui rigolent dans un lit trop petit.
Mais bon. je me suis pas encore pris de pot de yaourt dans la figure à cause de ça. 

17 avril 2010

M'sieur Botella (la suite)

Me voilà dans un sous-sol que je suis censée mesurer, à écouter un type que je ne connais pas me parler de sa Vénus, de sa sensualité. J’ai beau chercher, je ne vois pas vraiment la croupe enchanteresse ni tout ça, les courbes les rondeurs féminines qu’il imagine dans ce morceau de bois. L’espace d’un instant, je me demande s’il est pas un peu frappé, avec ses histoires. Mais non, il est content, il se laisse aller. Il dit que les gens ne les voient pas comme lui, ses sculptures. Je dis que c’est pas grave si les gens ne comprennent pas.  Dans un coin, il a posé quelques rondins de bois et des racines de vigne qu'il a commencé à découper à la tronçonneuse, il délire sur les formes qui lui apparaissent, il sait pas encore bien ce qui va en sortir. D'autres Vénus ? Je sais pas, je n'y vois que des bouts de bois. Il me raconte qu’il vit sur le bateau de 12 mètres qu’il a acheté avec ses économies quand sa femme l’a quitté. Parce qu’il adorait les enfants et qu’elle non. Et que ça a brisé leur couple parce qu’il a un peu dévié.« Vous comprenez ? Mais j’ai jamais fait de mal à personne. C’est juste que c’est la vie ». La vie oui, la vie. Maintenant, il profite, il navigue sur son bateau et de temps en temps il revient ici faire ses sculptures dans le garage. Il me demande quel âge j’ai. Il dit d'un air surpris que je fais pas du tout mon âge. Je dis c’est gentil et je me dirige discrètement vers la sortie, un peu embarrassée. Je lui demande s’il a retrouvé une amie. Oui, mais elle a le mal de mer. Ah! Dommage.
Il raconte encore un peu. Il a deux filles nées de deux mariages. Donc deux divorces. C’était pas très bien vu de divorcer à l’époque. Oui, Oui, j’imagine. J’ai vu tout ce qu’il fallait voir de la petite maison de M’sieur Botella. Je me demande comment je vais m'y prendre pour lui dire qu’il faut baisser le prix. Rien à faire, je me défile. il y a quelque chose dans ses yeux qui me dit que je vais le heurter si je lui dis ça. Je sais que je ne fais pas mon boulot en lui disant pas le bon chiffre. Que dans quelques semaines il pensera que je ne fous rien et que j’amène personne. Tant pis. Je commence à remplir le mandat. Il faut que je lui demande les documents officiels. Ils sont là, sur la table. Ça le secoue.  Il n’y a pas très longtemps que le papa est mort. Ah ! son papa, c’est quelque chose. Un homme extraordinaire il me dit. Qui a tout appris tout seul. Un mécanicien débrouillard comme pas deux. Des moteurs démontés en entier. Et remontés comme par magie. Son regard est mouillé, encore plus délavé qu’à mon arrivée. C’est reparti.
C’est qu’il écrit aussi M’sieur Botella. Ses mémoires. Son enfance en Algérie. Puis le départ au Maroc. C’est un déraciné. Il me raconte le village, l’église, les hauts plateaux du sud, les fêtes chez les voisins. Il a retrouvé le blason de la famille Botella. Et les photos. Les photos comme celles de mes parents dans la boite à chaussures. Celles qu’on ne revoit que lors les enterrements, quand on se retrouve dans la maison vide, au milieu des souvenirs de toute une vie. Et qu’on s’en retourne en moins de deux dans son enfance. Je crois bien que c’est l’effet que ça lui fait de me parler de ça, à M’sieur Botella. Comme si on sortait du cimetière. Comme si j’étais une cousine éloignée. J’essaie de me concentrer pour remplir mon mandat pendant qu’il me raconte. La famille venue d’Espagne, l’autre moitié du nord, le jeune frère mort enterré là-bas, les dix enfants du côté paternel, les onze chez Maman. Il est l’un des derniers. C’est pour ça qu’il écrit. Pas vraiment pour la mémoire, mais pour retrouver son enfance, parce que là-bas, il veut pas y remettre les pieds. Trop peur d’avoir mal, de ne plus rien retrouver. Il me raconte encore un peu l’alfa, les balles transportées à dos de chameau pour fabriquer la pâte à papier. Il parle de la la guerre. Il dit que de ça, il n'en parlera pas dans son bouquin édité à compte d'auteur. Parce que son Algérie à lui, elle s'arrête à ses 20 ans, quand il a du la quitter avec sa famille. J’ai pas de montre, mais je sens que ça fait un sacré bout de temps que je suis là. Je comprends bien que ça fait assez longtemps qu’il a pas trouvé quelqu’un qui l’écoute, mais quand même là, faut que j’y aille. Je lui demande de copier les photos de la maison sur ma clé USB. Je suis déprimée rien qu’à l’idée de les publier. Je tente un dernier « Vous savez, le marché est pas mal à la baisse, si ça coince sur le prix, on fait quoi ? » Il hausse les épaules et répond « On verra ». Oui, on verra. 


Merci à Anne de m'avoir donné l'idée de fouiller les morceaux de mon quotidien.
Et merci à Monsieur Bouchard  qui m'a donné envie d'oser l'écrire.

16 avril 2010

M'sieur Botella

C’est un gars qui à vue de pif a attrapé la soixante-dizaine, M’sieur Botella. Il m’a vue arriver, avec ma petite sacoche et mon appareil photo. J’ai regardé un peu autour avant de sonner et de reculer d’un pas, comme on m’a expliqué  lors de la journée de formation aux techniques de prise de contact avec les clients. Toujours reculer d’un pas après avoir sonné. Et sortir ton plus beau sourire. Laisser le temps à celui ou à celle qui t’ouvre la porte de bien te regarder des pieds à la tête. J'ai souri à M’sieur Botella. Il m’a regardée de son regard bleu délavé et il m’a demandé si j’étais la dame de l’agence avant que j’aie eu le temps d’ouvrir la bouche. Il m’a fait remarquer que j’étais bien à l’heure, et il m’a fait entrer dans la petite maison. Le papier peint est presque le même que celui qui habillait le vestibule de l’appartement de mes parents. Des fleurs un peu fanées et un vilain lustre qui pendouille au plafond.
M’sieur Botella, il vend la maison de sa mère. C’est une pas très charmante maison. Pas charmante du tout même. Mais M’sieur Botella, il n’a pas le choix. Depuis que son papa s’est envolé , elle file un mauvais coton, sa petite maman si belle sur la photo qu’il me montre, posée sur le bord de la télé éteinte. Elle ne peut plus s’occuper d’elle-même. Alors elle est partie vivre dans une maison de retraite médicalisée. Et ça coûte très cher, alors il faut bien vendre la maison, pour payer les 2000 euros qu’il doit sortir chaque mois pour que d’autres gens que lui s’occupent de sa vieille mère, qui a besoin à présent d’une assistance médicale 24 heures sur 24.
Il s’est installé un petit lit de camp dans le salon. Il n’arrive pas à aller dormir ni dans la chambre de son papa, ni dans celle de sa maman. Il ne vit pas ici. Il vient seulement de temps en temps pour les visites. Les visites des agences. Parce que personne d’autre que les agences ne vient jamais visiter la petite maison.
Je sais que je ne parviendrai jamais à lui a vendre au prix qu’il en veut , la maison de la maman de M’sieur Botella. Mais je sais aussi et déjà que jamais il n’acceptera d’entendre la vérité. C’est ça qu’est un peu dur dans ce métier. C’est que toujours, les gens qui vendent leur maison, ils croient que tout le monde va la trouver super alors qu’elle est pas super du tout. Elle est juste coincée dans le fond d’une impasse, presque collée à la route qui mène au grand giratoire de la zone industrielle. Mais ça, M'sieur Botella, il ne le voit pas. Il me dit que son père a acheté ce petit bout de lotissement il y a 25 ans et qu'il a mis 4 ans à construire tout seul sa maison. On commence la visite. Une cuisine toute sombre avec du papier peint qui ressemble à du carrelage jusqu’au plafond. Deux chambres vides et froides et blanches un lit un placard. Une salle de bains, des toilettes. Et puis retour dans la salle à manger salon où il a posé son petit lit. Voilà, c’est fini. Non, c’est pas fini. Il faut qu’on visite le sous-sol. Ben oui, le sous-sol, c’est important ça le sous-sol. Dès fois qu’il y aurait une possibilité d’envisager de faire quelque chose pour la rendre un peu plus grande un jour, la petite maison de M’sieur Botella. On arrive dans le garage, et je remarque les rondeaux de bois aux nervures brillantes qui sèchent accrochés sur une corde à linge. Je m’approche et M’sieur Botella, tout à coup il me dit : Ah ça, c’est mes sculptures. Et moi : Ah bon, vous sculptez, vous me faites voir ? M’sieur Botella me sourit et sort de sous un drap blanc posé sur le banc au fond du garage « sa Vénus ».
Sa Vénus, il m'explique que c’est un long bois flotté comme ceux qu’on trouve sur les plages, usés par la mer et échoués sur le sable. Il l’a ramassé, et puis il l’a poncé. Et il a eu la vision d'une femme alanguie. Il a recouvert le bois d’une couche de peinture noire brillante. Et puis lui est venue l’idée de lui fabriquer un socle pour la poser dessus. Alors il est retourné sur la plage et il a ramassé un autre grand bois flotté. Il l’a poncé. Et recouvert d’une couche de peinture rouge. Parce que le rouge et le noir, ce sont ses couleurs préférées à M’sieur Botella. Ses mains caressent sa Vénus et il est si content qu'il commence à parler. Il n'arrive pas à s'arrêter.

(la suite dès que ça me vient)

Matin



Une photo de Raymond Depardon

15 avril 2010

Divagation identitaire et métaphysique (uhuhuhu)

Lorsque j’ai ouvert ce blog, je l’ai appelé mespiedssurterre.
Parce que c’était dans le prolongement de ma vie dans mon restaurant qui s’appelait « les Pieds sur Terre ».
Mais aussi parce qu’il exprime quelque chose de moi.
Ce quelque chose, j’avais beaucoup aimé le voir formulé par Trelkosvky, héros timide et aussi angoissé que moi, dans le film de Polanski : Le locataire.
"A partir de quel moment, l'individu n'est-il plus celui que l'on pense ? On m'enlève un bras, fort bien. Je dis : moi et mon bras. On m'enlève les deux, je dis : moi et mes deux bras. On m'ôte les jambes, je dis : moi et mes membres. On m'ôte mon estomac, mon foie, mes reins, a supposer que cela soit possible, je dis : moi et mes viscères. On me coupe la tête : que dire ? Moi et mon corps, ou moi et ma tête ? De quel droit ma tête, qui n'est qu'un membre après tout, s'arrogerait-elle le titre de "moi" ?
Qui suis-je ? Moi mes pieds posés sur cette terre, où moi ma tête, avec tout ce qu’il y a dedans et qui ne s’oriente pas toujours dans la même direction que mes pas.
C’est ainsi que je suis devenue piedssurterre, je suis mon avatar.
Il est assez amusant qu’aujourd’hui je me trouve baptisée de petits noms différents émanant des blogueurs amis.
Piedssurterre, c’est un drôle de prénom pas vrai ?
Certains m’ont alors baptisée PST, Pieds, ou Pied.
Et puis, au fil des billets, mon vrai prénom est sorti. Je m’appelle Françoise. J’ai écrit dans une conversation que certains de mes amis m’appelaient Fanfan, d’autres Framboise.
Raynette a choisi Françoise, elle m’appelle désormais ainsi.
Fanfan, adopté par Blue, qui vit dans cette bonne ville de Lille où j’ai eu pas mal de potes, à une époque, qui m’appelaient aussi Fanfan.
Anne, dans son Berry, a choisi de m’appeler Framboise. Elle qui me rappelle étrangemet une amie qui m’appelait Framboisine.
Et puis, voilà qu’il y a deux jours, je découvre que Yvan a choisi de m’appeler FranFran.
Et Gomeux qui se tâte, peut-être bien qu'il va m’appeler Ssu.
Ce matin, dans un message d’É, qui m'appelait Pieds,je me retrouve avec un nouveau surnom, Frankie.
Ben mon vieux, comme dirait mon pote Desproges, étonnant non ?

12 avril 2010

Always look on the bright side of life

Pas pu m'empêcher de vous passer cet extrait que je viens de redécouvrir ce matin chez É;
Ce film a été une de mes plus grosses poilades de jeunesse.
Merci Gomeux.
Démarrer la journée en se marrant, ça peut faire que du bien !
Bises.


11 avril 2010

Pas d'auto pour les vacances !

Ça y est , c'est décidé.
Ça faisait un moment que ça nous trottait dans la tête.
Depuis qu'ils sont en âge de pédaler, nous sommes souvent partis avec nos enfants pour des promenades à vélo de quelques heures. 
Sac au dos et provisions pour les pauses.
Ce qui donnait des ballades un peu semblables à celle qui est filmée ici, illustrant la fraîche chanson de Montand.
Cet été, on va donc se la faire, la grande ballade.
On se prépare.
On s'entraîne le dimanche à des échappées de plus en plus longues.
Les enfants sont très excités par ce projet. Ils rêvent déjà au départ.
Ils s'imaginent pédalant infatigables le long du Canal du Midi. Même la nuit.
On a trois mois pour se préparer. Nous et nos vélos.
Les conseils des initiés sont les bienvenus.
Les bonnes adresses aussi. On va camper le plus possible...

Largage dominical #7


Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue:
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue!
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien;
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien
Par la Nature,—heureux comme avec une femme.


Sensation.
Arthur Rimbaud. Mars 1870.

09 avril 2010

Vagabondage jusqu'au rien

100ème billet aujourd'hui.
Un exercice inédit. 
Publier les ratés de mon moteur à combustion intime.
Faire défaire triturer relire redire changer recommencer pour finir par ?
Pfff, je suis irrécupérable.


8h02
Je vagabonde au jour levé il fait déjà presque clair, la nuit s’étire encore un peu. Je reste un peu lovée au chaud du rêve déjà presque effacé. Le soleil brillera tout à l’heure sur un autre matin semblable à tous ceux que le trop plein de questions lentement obscurcit. Encore une autre aurore cotonneuse. Je pose le pied sur le sol froid comme le petit matin.  Ma carcasse fatiguée se met en mouvement. Les bruits étouffés de la vie dehors me parviennent comme dans un songe. Mon errance quotidienne se replace dans mon refuge silencieux. Je ne vois plus personne. Je suis ce matin  engourdie par le doute et le mur qui se construit  inébranlable entre moi et le dehors. Je n’entends que le frémissement des arbres voisins se balançant en silence dans le vent léger. Comme hier, rien ne changera aujourd’hui sans doute. Demain, peut-être, ragaillardie par je ne sais quel étrange déclic, je tisserai intensément un autre fil.


11h56
Je vagabonde à la fin de cette nuit qui s’étire encore un peu. Je reste un moment lovée au chaud du rêve déjà presque effacé. Aurore cotonneuse. Je pose le pied sur le sol froid comme le petit matin. Ma carcasse engourdie se met en mouvement. Les bruits étouffés de la vie dehors me parviennent bourdonnants. Mon errance quotidienne se replace dans son refuge silencieux. Adossée au mur qui se construit presque inébranlable entre moi et le dehors, j'entend le frémissement des arbres se balançant en rythme dans le vent léger. Flottant dans cet aujourd’hui à peine biffé sur le calendrier d'une lasse certitude. Demain, ragaillardie par je ne sais quel étrange déclic je tisserai un autre fil.


14h09
Cotonneuse, ma carcasse en mouvement se déplace dans mon refuge silencieux. Des bruits de la vie dehors me parvient le frémissement des arbres se balançant en rythme dans le vent léger. Aujourd’hui, biffé sur le calendrier une lasse certitude. Demain, ragaillardie par je ne sais quel déclic je tisserai un autre fil.


17h35
Carcasse en mouvement se balançant en rythme dans le vent léger. Aujourd’hui ou demain, je tisserai un autre fil.

08 avril 2010

Commando poétique

Les Souffleurs composent un collectif à géométrie variable (auteurs, plasticiens, cinéastes et musiciens), réunis autour d'une « tentative de ralentissement du monde et d'une décontamination poétique et immédiate du quotidien ».
Vêtus de noir et silencieux, ils guettent les passants et cherchent, un long tube au bout des lèvres, une oreille curieuse et disponible à laquelle se coller pour lui souffler des secrets poétiques…
Une étrange et agréable rencontre.
Un instant suspendu.
Comme un voyage hors du temps.
Sous un parapluie, dans la rue, dans les passages et dans les cours, les souffleurs se promènent de ville en ville et offrent à chaque personne croisée sur leur chemin un instant précieux. Je les ai rencontrés un jour, et je garde le souvenir heureux de ces messagers porteurs d'une douceur disparue de notre monde pressé. Suivez-les cet été, ils passeront peut-être par chez vous. Ce sont de grands voyageurs.


Unplugged

07 avril 2010

Obsédant visionnage

Ce matin, je pensais à écrire un petit machin sur mon agacement extrême à entendre au réveil sur l’antenne de France Inter les débats ô combien existentiels liés à la propagation d’une rumeur concernant le couple présidentiel de notre belle France. Je m’interrogeais sur l’intérêt de consacrer autant de temps d’antenne à ce sujet et ne pouvais m’empêcher de penser que tout ça, c’est de la poudre de perlimpinpin. Pendant qu’on les occupe à disserter au déjeuner sur cette brûlante info, les Français ne pensent pas à autre chose. Une bonne petite histoire de cocufiage en ces journées de printemps où tout le monde est enclin à s’adoucir en même temps que la température, c’est léger, ça ne mange pas de pain, me disais-je.

Mais, en allumant mon ordinateur ce matin, et en suivant mes favoris, je suis tombée sur la publication d’Éric McComber . J’ai visionné ce document. Et je n’ai pas depuis, cessé d’y penser.
Âmes sensibles  s’abstenir. Peut-être.
Mais non.
Au moment où je vous écris, Google m'informe que cette bombe médiatique est diffusée et commentée sur les sites Internet du Figaro International, du Monde, de Radio Canada…

… « C'était le matin du jeudi 12 juillet 2007, dans la cinquième année de la campagne menée par les armées etats-unienne et britannique pour pacifier l'Irak et rétablir la démocratie après le renversement et l'exécution du dictateur Saddam Hussein. (source Reuters, 2007).

Je lis que le rédacteur en chef de l’Agence Reuters soutient ( à présent) que cette vidéo constitue « une preuve tangible des dangers du journalisme de guerre et des tragédies qui peuvent en résulter ».


Radio-Canada.ca/ titre « Vidéo embarrassante pour l'armée américaine ».


Ailleurs, le mot employé pour qualifier ce qui s’est passé le 12 juillet 2007 est le mot « bavure ».


Une bavure. Une vidéo embarrassante ?


Vraiment ?


Qui croira que les soldats américains ne font pas la différence entre une caméra et un lance-grenade ?


Qui acceptera que l’on puisse l'amener à penser que face au danger, plus un seul journaliste digne de ce nom ne devrait risquer sa vie pour témoigner de ce qui se passe là-bas et ailleurs ?


Qui admettra qu'on achève un homme blessé rampant à terre, en invoquant par la suite la présence d'un groupe armé ?


Pas moi, en tout cas. Pas gober cette merdre de messages à aveugler les endormis.


photo Namir Noor Eldeen.