30 janvier 2011

Capitale de la douleur

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et ton sang coule dans leurs regards.


Paul Eluard, Capitale de la douleur, 1926

25 janvier 2011

Seven moments, 5'20 de magie

Délices desprogiens

J’étais littéralement fou de cette femme. Pour elle, pour l'étincelance amusée de ses yeux mouillés d'intelligence aiguë, pour son cul furibond, pour sa culture, pour sa tendresse et pour ses mains, pour cette femme à la quarantaine émouvante que trois ridules égratignent à peine, trois paillettes autour de ses rires de petite fille encore, pour ce fruit mûr pas encore tombé, pour ses seins arrogants toujours debout, même au plus périlleux des moins avouables révérences, pour cette femme infiniment inhabituelle, je me sentais au bord de renier mes pantoufles. En sa présence, il n'était pas rare que je gaudriolasse sans finesse, dans l'espoir flou d'abriter sous mon nez rouge l'émoi profond d'être avec elle. Elle avait souvent la bonté d'en rire, exhibant soudain ses clinquantes canines dans un éclair blanc suraigu qui me mordait le cœur. J'en étais fou vous dis-je. 
Je l'emmenais donc déjeuner dans l'antre bordelais d'un truculent saucier qui ne sert que six tables, au fond d'une impasse endormie du XVe où j'ai mes habitudes. J'avais commandé un Figeac 71, mon Saint-Émilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de Soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en orgasme au Soleil. Plus long en bouche qu'un final de Verdi. Un si grand vin que Dieu existe à sa seule vue. Elle a mis de l'eau dedans.
Je ne l'ai plus jamais aimée.

Pierre Desproges
L'aquaphile
10 avril 1986

18 janvier 2011

La marche à l'amour

Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as
tu viendras tout ensoleillée d'existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t'aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j'affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie
nous n'irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j'irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n'est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d'indécence
un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions profondes
frappe l'air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n'est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l'amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j'ai quand même idée farouche
de t'aimer pour ta pureté
de t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue
dans les giboulées d'étoiles de mon ciel
l'éclair s'épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j'ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j'ai un coeur comme la flamme d'une chandelle
toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d'insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses
tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
ma danse carrée des quatre coins d'horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d'abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme
tu es belle de tout l'avenir épargné
d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
ouvre-moi tes bras que j'entre au port
et mon corps d'amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination
Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l'ombre et ton coeur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des circonstances de l'amour dénoué
j'allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne
puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
tu seras heureuse fille heureuse
d'être la femme que tu es dans mes bras
le monde entier sera changé en toi et moi
la marche à l'amour s'ébruite en un voilier
de pas voletant par les lacs de portage
mes absolus poings
ah violence de délices et d'aval
j'aime
que j'aime
que tu t'avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube
par ce temps profus d'épilobes en beauté
sur ces grèves où l'été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu'en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d'eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d'outaouais
puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta gorge
terre meuble de l'amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
je vais jusqu'au bout des comètes de mon sang
haletant
harcelé de néant
et dynamité
de petites apocalypses
les deux mains dans les furies dans les féeries
ô mains
ô poings
comme des cogneurs de folles tendresses
mais que tu m'aimes et si tu m'aimes
s'exhalera le froid natal de mes poumons
le sang tournera ô grand cirque
je sais que tout mon amour
sera retourné comme un jardin détruit
qu'importe je serai toujours si je suis seul
cet homme de lisière à bramer ton nom
éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
mon amour ô ma plainte
de merle-chat dans la nuit buissonneuse
ô fou feu froid de la neige
beau sexe léger ô ma neige
mon amour d'éclairs lapidée
morte
dans le froid des plus lointaines flammes
puis les années m'emportent sens dessus dessous
je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau
des voix murmurent les récits de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans ma force fracassée
ma force noire du bout de mes montagnes
pour te voir à jamais je déporte mon regard
je me tiens aux écoutes des sirènes
dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques
et parmi ces bouts de temps qui halètent
me voici de nouveau campé dans ta légende
tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
les chevaux de bois de tes rires
tes yeux de paille et d'or
seront toujours au fond de mon coeur
et ils traverseront les siècles
je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n'ai plus de visage pour l'amour
je n'ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m'assois par pitié de moi
j'ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n'attends pas à demain je t'attends
je n'attends pas la fin du monde je t'attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie 

Gaston Miron (L'Homme Rapaillé, Montréal, l'Hexagone, 1994)

Le fou et la Vénus

Quelle admirable journée! Le vaste parc se pâme sous l'oeil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour.
L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.
On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l'azur du ciel par l'énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre, comme des fumées.

Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé. Aux pieds d'une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l'immortelle Déesse.

Et ses yeux disent : -- « Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendes et sentir l'immortelle Beauté! Ah! Déesse! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire! »
Mais l'implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.
Charles Baudelaire

16 janvier 2011

Dream



I dream I'll meet you deep deep down
The deepest point on Earth, Mariana Trench, ocean bottom
Between Nanga Parbat, K 2 and Everest,
The crest of the world, there you'll be my banquet guest
Where nothing more can impede my vision
When you com I'll see you coming from the world's margin
Here there's nothing of interest
The ruins of Atlantis just
But of you not a trace
I don't think you're coming anymore
We missed each other in our dreams
You dream me, I you
Don't worry, I won't wake you
Before you wake up yourself
Across the ice towards the North Pole is where I'll expect you
Will be standing on the axis
From Tierra del Fuego in hard dream labour to the pole
There everything will revolve just around us
The Pole Star directly above me
This is the pole I'll wait here
Only I cannot see you cmoing from anywhere for miles around
I'm waiting at the wrong pole
We missed each other in our dreams
You dream me, I you
Don't worry, I won't wake you
Before you wake up yourself
Please, please don't wake me
Only as long as I dream do you exist...
Enlist in slumber on a ship
Course: Eldorado, Punt, that's your home
Wait on the coast, look on the horizon
Until I at last see your sails there
But the captain is always drunk
And mostly down below deck
I can't steer this ship in my wildest dreams
On a riff it springs a leek
In the North Sea it then sunk
An iceberg drives me back
I think I'll be waiting for long
Punt stays undiscovered
We missed each other in our dreams
You dream me, I you
Don't worry, I won't wake you
Before you wake up yourself
You dream me, I you
Don't worry, I'll find you
Before you wake up yourself
Collared in a doze I'll grab you
And pull you towards me
For you dream me, I you
I dream you, you me
We dream each other awake

Largage dominical#19

15 janvier 2011

La révolution verte (comme le dollar)

J'ai vu hier soir le film de Coline Serreau " Solutions locales pour un désordre global".
Qui traite de la révolution verte et de ses conséquences sur l'agriculture et l'alimentation, et par extension sur la santé. Et fait un tour d'horizon de solutions alternatives.
Je ne suis pas d'accord avec tous les propos tenus par les intervenants, mais il  me semble tout de même qu'il y a dans ce film, des vérités qui doivent être entendues.
Pour ceux qui souhaitent  le visionner, c'est possible ici.
Vaut mieux avoir le haut-débit, mais c'est gratuit !

09 janvier 2011

Goût amer


Ils arrivent invariablement à la fin du service. A l’heure où, fatigués, nous ne rêvons plus que de finir enfin d’essuyer les piles de vaisselle, de ranger tout le matériel utilisé pendant le service. A l’heure où la dureté de ce métier que nous adorons faire nous apparaît dans toute sa réalité. L’heure où l’on est un peu agacé de ne pouvoir fumer une cigarette sans être contraint à la jeter après quelques bouffées pour retourner en cuisine ou en salle.
Ils sont souvent déjà ivres. Ils se pointent, un sourire faussement niais aux lèvres. Sachant très bien que le patron ne refusera pas de les servir, parce que son établissement est le seul du village qui accepte encore les clients passés quatorze heures trente. Habituellement, je finis mon travail au moment où ils arrivent, abandonnant mes collègues à leur rage de voir s’installer ceux qui vont, comme à chacun de leurs passages, faire traîner leur journée de travail. Mais ce vendredi, je suis remplaçante d'un de mes patrons, parti se reposer quelques jours. Il m’a confié la salle et je suis bien obligée de m’occuper de ces clients dont je n’apprécie pas vraiment l’intrusion titubante et vaguement irrespectueuse à ces heures inhabituelles.
Il est pas loin de quinze heures. Nous avons presque fini. Je vois rentrer celui qui, en général, même la danse. Ce type est le genre de mec qui me donne des boutons. Le regard pas franc, le sourire faux-cul, les paroles doucereuses des hommes qui te racontent des salades à longueur de journée. Je ne l’aime pas. Je le vois souvent, vu qu’il a fait tourner en bourrique récemment notre plongeuse en lui faisant miroiter une belle histoire qui s’est terminée dans les larmes et la colère. Je fais mon boulot en essayant de rester souriante. Il m’offre un verre. Je décline ; il insiste en disant que c’est pour la nouvelle année. Mon boss, en cuisine me fait signe de laisser faire. Je laisse faire. Je me retrouve devant une coupe de champagne que je ne boirai pas, mais que je finis par accepter. Oui, oui, bonne année ! Bon. Je renvoie en cuisine notre petite stagiaire pour lui éviter d'entendre les vannes idiotes et salaces dont lui et sa bande ont le secret.
Arrivent trois autres, tout aussi secoués par la tempête Ricard. Je leur sers une tournée, sous l’œil vaguement réprobateur de notre nouvelle plongeuse, qui elle, ne se laisse pas conter fleurette par ces arsouilles de village. J’essaie d’accélérer le mouvement en les incitant à passer à table, rien n’y fait. Ils veulent boire, et racontent la même histoire que celle entendue la semaine passée à la même heure. Ils tournent en boucle, j’ai l’impression. Si quelqu’un pouvait les mettre sur off, ça m‘arrangerait, je pourrais enfin rentrer chez moi. Je ne les écoute plus vraiment,  profitant de cet interminable apéro pour frotter consciencieusement la machine à café qui brille de l’intérêt que je lui porte, mon chiffon à la main, pour ne pas avoir à tenir le crachoir à ces individus dont les propos commencent à dévier pour enfin parvenir à me faire tendre l’oreille. J’entends soudain un mot qui me fait presque bondir. Mais oui, ce type a bien dit que sa fille est maquée à un gris ! Je n’ose comprendre. Mais si, j’ai bien compris. S’en suit un effarant discours sur sa haine des gris, des nègres et autres étrangers, ces sous-merdes qui viennent faire chier les provencaux dans leur belle Provence. Ce type affirme haut et fort : "Moi, je suis raciste et fier de l’être mon pote!" Mes jambes ne me portent presque plus. Je sais qu’il a déjà vu mes enfants et leur père. Il n’a pas pu ne pas remarquer la couleur de leur peau. J’ai mal tout à coup. Aussi mal que lorsque mes enfants rentrent de l’école en me disant qu’encore aujourd’hui, on les a traités de face de singe. Je sens ma colère qui monte. Je me précipite dans la cuisine pour dire au chef que je vais m’en aller de suite sans les servir. Je lui raconte ce que j‘ai entendu et lui explique que si j’étais chez moi, j’aurais déjà sorti ce type de mon établissement. Je ne peux pas me permettre de le faire, mais qu’on ne compte pas sur moi pour apporter son assiette à ce répugnant personnage. Remplacement ou pas, il se démerde avec ce client sinon, je sens qu'on va en venir aux mains !J’en ai trop entendu. Je plante là ma machine à café, j’enfile mon manteau et je sors du restaurant, oppressée, étouffant encore de ces sanglots que j'ai gardés pour moi, mes mains tremblantes de ces claques que j’aurais voulu pouvoir envoyer sur sa face de gros dégueulasse et dans la bouche le goût amer de ma lâcheté.

06 janvier 2011

Envol

Tu étais une plume posée là, par hasard.
Légère et douce.
A peine mes mains t’avaient-elle effleurée que tu t’es envolée.
Emportée par le vent.
Vers le soleil radieux des souvenirs heureux.