18 septembre 2011

Largage dominical#26


Ton rire
Tu peux m’ôter le pain,
m’ôter l’air, si tu veux :
ne m’ôte pas ton rire.
Ne m’ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l’eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la vague d’argent
qui déferle de toi.
De ma lutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d’avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me chercha
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.
A l’heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tacher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d’épée.
Dans l’automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d’écume,
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j’attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.
Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l’île,
moque-toi de cet homme
amoureux maladroit,
mais lorsque j’ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s’en vont,
lorsque mes pas s’en viennent,
refuse-moi le pain,
l’air, l’aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j’en mourrais.
(Pablo Neruda)

13 septembre 2011

La citation du jour #1

" La propagande moderne désigne un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des événements dans l'objectif d'influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe."


Edward Bernays, Propaganda


Bernays a écrit "Propaganda" en 1928....

11 septembre 2011


"Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux." Guy Debord

Oil, Smoke & Mirrors - Pétrole et écrans de fumée. par ReOpen911

A voir, je crois.
Et puis, avant ou après, lire Debord...


11 septembre... et pas seulement

Demain,  l'Histoire


Triste pareil à moi il ne s'en fait plus
je regarde ce peuple qui va bientôt mourir
triste ainsi qu'il n'est plus possible
de l'être autant


personne ici ne meurt de sa belle mort
c'est un peu de nous tous en celui qui s'en va
et c'est en celui qui naît un peu de nous tous
qui devient autre


toi aussi tu seras triste un jour Humanité
mal tu auras dans les os certains siècles
le mal fantôme dans la vacance historique
de l'origine


Hommes
l'Histoire ne sera peut-être plus
retenez les noms des génocides
pour qu'en votre temps vous n'ayez pas les vôtres 
hommes
il faut tuer la mort qui  sur nous s'abat
et ceci appelle l'insurrection de la poésie 




Gaston Miron L'homme rapaillé

10 septembre 2011

Pierre en Malaisie

















Six mois déjà que tu as choisi de quitter la Vieille Europe pour aller vivre en Malaisie.
Des bises, mon amour.
Continues à prendre soin de toi, et sois heureux.

05 septembre 2011

Une Île


















































































































Ma maison désertée pendant ces quelques jours a gardé l’odeur de l’encens que j’y ai fait brûler avant de la quitter. Je reprends contact avec ma vie en défaisant nos sacs. Je regarde dehors la pluie tomber et j’imagine la même fenêtre, celle de cette maison que j'aime, ouverte sur la mer, sur les bateaux dansant dans le vent de là bas. Dans quelques jours, il ne restera presque rien de cette escapade, quelques photos, quelques souvenirs revenant au cœur d’une conversation. Peu à peu nos corps perdront les belles couleurs que leur a donnés cette semaine marine. Un pincement léger au cœur me rappelle à la douceur de cette île si jolie. Cette île où je m’imagine désormais en hiver, passagère d’une chambre donnant sur la mer, le vent faisant claquer les volets. Je rêve soudain de m’offrir ce luxe inouï: Passer un mois entier à Porquerolles, avec pour seuls bagages mon ordinateur, mon appareil photo, un cahier et des stylos.
Une image me revient sans cesse. Celle de Claudine, cette femme rencontrée là bas.
Cette femme au doux visage fatigué, revenue sur son île après vingt ans d’absence.
Elle a su si bien m'expliquer en quelques mots la vraie vie sur son île, me raconter la douceur de l’hiver après la dureté du labeur estival de ceux qui se battent pour y rester. Comme beaucoup d'îliens, elle lutte chaque jour pour subsister en composant avec la mafia du fric créée par ceux qui ont les moyens de s’offrir les maisons et les appartements reloués l’été à prix d’or aux touristes, à ceux qui, comme moi, viennent s’imprégner pendant quelques heures ou quelques jours de la magie de ce petit paradis sauvage et beau, où le mètre carré atteint des prix m'interdisant tout rêve de m'y installer.
Je songe à y revenir, seule cette fois ci, à m’enfermer, à écrire.
Car s’il est une chose que cette petite île magnifique a réveillé en moi, c’est  l'envie d’écrire.
Mais en attendant, retour à la routine.
La course dès le matin jusqu’à la fin du jour.
Les nuits sans sommeil passées à se demander pourquoi c’est si difficile parfois.
Les lendemains pleins d’espoir.
Et ainsi de suite.
La vie, la vraie vie, la mienne.
Celle où on se dit chaque jour que, forcément, demain sera meilleur.
Et l’attente, la stimulante attente du retour en solitaire sur le joli caillou, bientôt, peut-être.