02 octobre 2011

Largage dominical #27

Je déambulais sur la place baignée de soleil d’un joli quartier toulonnais où j'aime me ballader. Assez bourgeois, sans doute, à en juger par la vue splendide qu’offrent les terrasses des grandes maisons toutes orientées vers la mer. Je flanais, donc, accompagnée de ma fille, dans ce vide-grenier plutôt huppé, quand mon regard s’est arrêté sur une femme souriante, qui semblait jouer le jeu avec délice et appelait les passants d’un air enjoué. Elle vendait les chemises de son mari, celles qu’il n'a jamais mises. Elle était drôle cette femme, me proposant de lui acheter deux euros ces jolis vêtements qu’elle avait apportés en cadeau à son homme, et qu’il avait acceptés avec un tendre sourire, peut-être un peu moqueur, tout en sachant qu’il ne les porterait jamais plus d’une fois, juste pour lui faire plaisir. Elle se mit à me les montrer toutes, accompagnant ses gestes du récit amusé et teinté de tendresse des souvenirs liés à ses cadeaux désormais étalés, un peu froissés, sur une bâche bleue. J’imaginais cette femme amoureuse traînant les boutiques en pensant à son homme. Je pouvais presque la voir rentrant chez eux, lui glissant joyeusement entre les mains un joli papier de soie contenant une de ces chemises, avec au fond du cœur le plaisir d’offrir à son amoureux un petit peu d’elle-même. Sa tranquille jovialité, sa façon de rire de bon cœur de ses « bides » m’ont tant attendrie que je l’ai laissée faire, complice et amusée. Tout en me parlant, elle me tendait les tissus provençaux, les douces soies brodées, les cotons colorés, et ce moment tout simple de connivence avec cette femme inconnue a fait remonter en moi le souvenir de la joie enfantine que j’éprouvais parfois, il n’y a pas si longtemps, à voir dans le regard aimé la petite lueur complice de ces moments futiles, quand on est deux, et que la vie est faite aussi de ces instants qui s’évanouissent vite, qui ont apparemment si peu d’importance, et dont on ne mesure la douceur que quand on les a perdus. Je suis rentrée chez moi avec une chemise blanche, très belle, toute simple, et trop grande pour moi.

8 commentaires:

anne des ocreries a dit…

ça me rappelle....nue dans une chemise d'homme, au réveil en été, quand le jardin explose de couleurs et de parfums, qu'est-ce qu'on est bien !

Tant mieux, si elle est trop grande pour toi....profites-en donc ! :)

piedssurterre a dit…

C'est comme ça que je vais la porter, je crois, t'as raison :)

Gomeux a dit…

Glp.
Superbe.

Et je dois avouer qu'avec les vapeurs d'alcool qui trainent dans mes lunettes j'ai lu:
Elle vendait les chemises de mon mari...

Ça changeait un peu le ton disons, uhuh.

piedssurterre a dit…

:0)

É. a dit…

Quel savoureux billet !

piedssurterre a dit…

Merci M'sieur !
:0)

alias maradona a dit…

fais gaffe, kan maime

http://www.youtube.com/watch?v=MII3ns2KTBc&feature=related

Yvan a dit…

C'est bon de lire ça,on y est.
Merci FranFran.