21 décembre 2012

20 décembre 2012

Brève de fin du Monde

 

 

- Quelle heure il est ? C'est quoi l'heure ?

 

- On a basculé ou on a pas encore basculé ?

- Il est déjà basculé lui.

- Chut !

- Chut !

17 décembre 2012

Juste pour aujourd'hui...

"... Nos pensées montent au ciel comme des fumées. Elles l'obscurcissent. Je n'ai rien fait aujourd'hui et je n'ai rien pensé. Le ciel est venu manger dans ma main. Maintenant c'est je soir mais je ne veux pas laisser filer ce jour sans vous en donner le plus beau.Vous voyez le monde. Vous le voyez comme moi. Ce n'est qu'un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d'épées au fond des âmes. Eh bien, ça n'a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d'eau - ça oui, c'était important. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. La guerre n'a rien d'énigmatique - mais l'oiseau qui j'ai vu s'enfuir dans les sous-bois, volant entre les troncs serrés, m'a ébloui. J'essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant. Il y a des papillons dont on ne peut effleurer les ailes sans qu'elles cassent comme du verre. L'oiseau allait entre les arbres comme un serviteur glissant entre les colonnes d'un palais. Il ne faisait aucun bruit. Il était aussi simplement vêtu d'or qu'un poème. Voici, je me rapproche de ce que je voulais vous dire, de ce presque rien que j'ai vu aujourd'hui, et qui a ouvert toutes les portes de la mort : il y a une vie qui ne s'arrête jamais. Elle est impossible à saisir. Elle fuit devant nous comme l'oiseau entre les piliers qui sont dans notre coeur. Nous ne sommes que rarement à la hauteur de cette vie. Elle ne s'en soucie pas. Elle ne cesse pas une seconde de combler de ses bienfaits les assassins que nous sommes"...

Christian Bobin 
l'Homme-joie, 2012


10 décembre 2012

Pépite



Il m'aura fallu faucher les blés
Apprendre à manier la fourche
Pour retrouver le vrai
Faire table rase du passé
La discorde qu'on a semé
A la surface des regrets
N'a pas pris

Le souffle coupé
La gorge irritée
Je m'époumonais
Sans broncher

Angora
Montre-moi d'où vient la vie
Où vont les vaisseaux maudits
Angora
Sois la soie, sois encore à moi...

Les pluies acides décharnent les sapins
J'y peux rien, j'y peux rien
Coule la résine
S'agglutine le venin
J'crains plus la mandragore
J'crains plus mon destin
J'crains plus rien

Le souffle coupé
La gorge irritée
Je m'époumonais
Sans broncher

Angora
Montre-moi d'où vient la vie
Où vont les vaisseaux maudits
Angora
Sois la soie, sois encore à moi...

05 décembre 2012

Partage...

".... J’ai essayé de me rendormir. Vers cinq heures du matin, j’ai renoncé, je me suis rhabillé et j’ai laissé un mot à Agnes disant que je partais. J’ai glissé le bout de papier sous la porte de son bureau. La porte était fermée à clé.
La maison dormait quand je suis parti.
La voiture dégageait une odeur de brûlé. En m’arrêtant pour prendre de l’essence à une station-service ouverte toute la nuit, j’ai aussi rajouté de l’huile. Je suis arrivé sur le port peu avant l’aube.
Je suis sorti sur la jetée. Le vent était frais. J’ai perçu l’odeur salée de la mer malgré la glace épaisse. Des lampes disséminées éclairaient le port, où quelques bateaux de pêche solitaires flottaient contre les pneus de protection.
J’attendais la lumière du jour pour entreprendre la traversée. Comment j’allais me débrouiller avec ma vie, après tout ce qui s’était passé, je n’en avais aucune idée.
Là, tout à coup, sur la jetée, j’ai fondu en larmes. Chacune de mes portes intérieures battait au vent, et ce vent, me semblait-il, ne cessait de gagner en puissance. ..."

Henning Mankell Les chaussures italiennes

02 décembre 2012

Brève alcoolisée

"C'est pas possible d'avoir deux grammes dans le sang tout seul, deux grammes dans le sang, ça représente au moins deux copains qui boivent avec toi."

28 novembre 2012

Brève mystique

Je suis plongée dans mon Gourio, et, décidément, les brèves de comptoir, moi, ça m'éclate !

" Pour crucifier Bouddha, faut déjà le soulever..."

25 novembre 2012

Largage dominical #45


" Une civilisation sans la Science, ce serait aussi absurde qu'un poisson sans bicyclette."

Pierre Desproges 

23 novembre 2012

30 ans plus tard...



"Kashmir"
Oh let the sun beat down upon my face, stars to fill my dream
I am a traveler of both time and space, to be where I have been
To sit with elders of the gentle race, this world has seldom seen
They talk of days for which they sit and wait and all will be revealed
Talk and song from tongues of lilting grace, whose sounds caress my ear
But not a word I heard could I relate, the story was quite clear
Oh, oh.
Oh, I been flying... mama, there ain't no denyin'
I've been flying, ain't no denyin', no denyin'
All I see turns to brown, as the sun burns the ground
And my eyes fill with sand, as I scan this wasted land
Trying to find, trying to find where I've been.
Oh, pilot of the storm who leaves no trace, like thoughts inside a dream
Heed the path that led me to that place, yellow desert stream
My Shangri-La beneath the summer moon, I will return again
Sure as the dust that floats high in June, when movin' through Kashmir.
Oh, father of the four winds, fill my sails, across the sea of years
With no provision but an open face, along the straits of fear
Ohh.
When I'm on, when I'm on my way, yeah
When I see, when I see the way, you stay-yeah
Ooh, yeah-yeah, ooh, yeah-yeah, when I'm down...
Ooh, yeah-yeah, ooh, yeah-yeah, well I'm down, so down
Ooh, my baby, oooh, my baby, let me take you there
Let me take you there. Let me take you there 

30 septembre 2012

Chanson râpeuse

Cortège des semaines
les voix qui chantent faux
le jargon de nos peines
les amours mécanos

la jarre est dans l'eau morte
les espoirs verrouillés
les secrets sans escortes
et les corps lézardés

sept jours comme des flûtes
les balcons qui colportent
le front las qui se bute
au seuil muet des portes

sur une grande artère
s'en vont les mains fanées
le soupir des années
et l'orgue de misère...

Gaston Miron
L'homme rapaillé

12 septembre 2012

La Terre - Hymne


Elle est la terre, elle est la plaine, elle est le champ.
Elle est chère à tous ceux qui sèment en marchant ;
Elle offre un lit de mousse au pâtre ;
Frileuse, elle se chauffe au soleil éternel,
Rit, et fait cercle avec les planètes du ciel
Comme des soeurs autour de l'âtre.

Elle aime le rayon propice aux blés mouvants,
Et l'assainissement formidable des vents,
Et les souffles, qui sont des lyres,
Et l'éclair, front vivant qui, lorsqu'il brille et fuit,
Tout ensemble épouvante et rassure la nuit
A force d'effrayants sourires.

Gloire à la terre ! Gloire à l'aube où Dieu paraît !
Au fourmillement d'yeux ouverts dans la forêt,
Aux fleurs, aux nids que le jour dore !
Gloire au blanchissement nocturne des sommets !
Gloire au ciel bleu qui peut, sans s'épuiser jamais,
Faire des dépenses d'aurore !

La terre aime ce ciel tranquille, égal pour tous,
Dont la sérénité ne dépend pas de nous,
Et qui mêle à nos vils désastres,
A nos deuils, aux éclats de rires effrontés,
A nos méchancetés, à nos rapidités,
La douceur profonde des astres.

La terre est calme auprès de l'océan grondeur ;
La terre est belle ; elle a la divine pudeur
De se cacher sous les feuillages ;
Le printemps son amant vient en mai la baiser ;
Elle envoie au tonnerre altier pour l'apaiser
La fumée humble des villages.

Ne frappe pas, tonnerre. Ils sont petits, ceux-ci.
La terre est bonne ; elle est grave et sévère aussi ;
Les roses sont pures comme elle ;
Quiconque pense, espère et travaille lui plaît ;
Et l'innocence offerte à tout homme est son lait,
Et la justice est sa mamelle.

La terre cache l'or et montre les moissons ;
Elle met dans le flanc des fuyantes saisons
Le germe des saisons prochaines,
Dans l'azur les oiseaux qui chuchotent : aimons !
Et les sources au fond de l'ombre, et sur les monts
L'immense tremblement des chênes.

L'harmonie est son oeuvre auguste sous les cieux ;
Elle ordonne aux roseaux de saluer, joyeux
Et satisfaits, l'arbre superbe ;
Car l'équilibre, c'est le bas aimant le haut ;
Pour que le cèdre altier soit dans son droit, il faut
Le consentement du brin d'herbe.

Elle égalise tout dans la fosse ; et confond
Avec les bouviers morts la poussière que font
Les Césars et les Alexandres ;
Elle envoie au ciel l'âme et garde l'animal ;
Elle ignore, en son vaste effacement du mal,
La différence de deux cendres.

Elle paie à chacun sa dette, au jour la nuit,
A la nuit le jour, l'herbe aux rocs, aux fleurs le fruit ;
Elle nourrit ce qu'elle crée,
Et l'arbre est confiant quand l'homme est incertain ;
O confrontation qui fait honte au destin,
O grande nature sacrée !

Elle fut le berceau d'Adam et de Japhet,
Et puis elle est leur tombe ; et c'est elle qui fait
Dans Tyr qu'aujourd'hui l'on ignore,
Dans Sparte et Rome en deuil, dans Memphis abattu,
Dans tous les lieux où l'homme a parlé, puis s'est tu,
Chanter la cigale sonore.

Pourquoi ? Pour consoler les sépulcres dormants.
Pourquoi ? Parce qu'il faut faire aux écroulements
Succéder les apothéoses,
Aux voix qui disent Non les voix qui disent Oui,
Aux disparitions de l'homme évanoui
Le chant mystérieux des choses.

La terre a pour amis les moissonneurs ; le soir,
Elle voudrait chasser du vaste horizon noir
L'âpre essaim des corbeaux voraces,
A l'heure où le boeuf las dit : Rentrons maintenant ;
Quand les bruns laboureurs s'en reviennent traînant
Les socs pareils à des cuirasses.

Elle enfante sans fin les fleurs qui durent peu ;
Les fleurs ne font jamais de reproches à Dieu ;
Des chastes lys, des vignes mûres,
Des myrtes frissonnant au vent, jamais un cri
Ne monte vers le ciel vénérable, attendri
Par l'innocence des murmures.

Elle ouvre un livre obscur sous les rameaux épais ;
Elle fait son possible, et prodigue la paix
Au rocher, à l'arbre, à la plante,
Pour nous éclairer, nous, fils de Cham et d'Hermès,
Qui sommes condamnés à ne lire jamais
Qu'à de la lumière tremblante.

Son but, c'est la naissance et ce n'est pas la mort ;
C'est la bouche qui parle et non la dent qui mord ;
Quand la guerre infâme se rue
Creusant dans l'homme un vil sillon de sang baigné,
Farouche, elle détourne un regard indigné
De cette sinistre charrue.

Meurtrie, elle demande aux hommes : A quoi sert
Le ravage ? Quel fruit produira le désert ?
Pourquoi tuer la plaine verte ?
Elle ne trouve pas utiles les méchants,
Et pleure la beauté virginale des champs
Déshonorés en pure perte.

La terre fut jadis Cérès, Alma Cérès,
Mère aux yeux bleus des blés, des prés et des forêts ;
Et je l'entends qui dit encore :
Fils, je suis Démèter, la déesse des dieux ;
Et vous me bâtirez un temple radieux
Sur la colline Callichore.


Victor Hugo
Paris. - 12 août 1873.

11 septembre 2012

11 septembre 2012


Avec une pensée pour ceux qui luttent encore, pour qu'éclate un jour la vérité , et qui n'ont pas baissé les bras, pas encore...

Au passage, torchon 89 publie aujourd'hui un article consternant de médiocrité de Pascal RICHE, dont la chute est d'une faux-cuterie ahurissante !

09 septembre 2012

Largage dominical#41

Une brève de comptoir, ça vous dit ?

"Si on était une grande puissance, on déciderait de la taille de l'andouillette à Paris, et pas à Bruxelles ! "

07 septembre 2012

Les perroquets menteurs

C'est la rentrée !
Adieu momentané aux pyramides joyeuses et fêtes insouciantes !
Ca chauffe partout dans le monde, et le bourrage de crâne des citoyens de l'immonde (pour paraphraser mon ami Eric McComber) par les médias officiels que je peine toujours autant à écouter recommence à me fatiguer rare...

Il peut être intéressant de prendre le temps nécessaire pour visionner ce document dans son contexte, c'est par  ici... 

J'aime assez ça, me sentir moins seule grâce à mes découvertes sur le ouaibe !





15 août 2012

Rythmes

"Les nuages frôlent
Falaises et crêtes
Courtisent les vallées
Tracent sur plan d’azur
De brèves et blanches écritures
Détissées par le temps

Face aux montagnes
Qui surplombent nos saisons passagères
Nous sommes ces nuages
Entre gouffres et sommet. »



Andrée Chedid, Rythmes,
Gallimard, Collection blanche, 2003

31 juillet 2012

Une presque histoire d'O

Un rapide coup d'oeil sur une photo, une lecture en diagonale des mots écrits par la belle lui suffisaient pour trouver le ton et attirer l'attention de sa nouvelle conquête.

Trois ans déjà qu'il chassait les femmes sur les sites de rencontres, au gré de ses envies et de ses besoins. Son flair quasi infaillible lui permettait de repérer immédiatement les femmes esseulées, ayant dépassé ou atteint la cinquantaine, aux visages marqués par la solitude. En écrivant brièvement leurs attentes, en évoquant leur lassitude des relations éphémères, elles devenaient instantanément ses cibles préférées.

La drague sur internet était pour lui plus qu'un passe-temps. Son discours savait s'adapter aux désirs des femmes qu'il captait avec la rapidité du prédateur qu'il était devenu. Quelques échanges épistolaires lui suffisaient pour cerner la personnalité et répondre aux attentes des belles à conquérir.

Il allait toujours très vite, suscitant sans peine l'envie d'un premier rendez-vous. Il fallait que l'histoire démarre comme un tourbillon. Il fallait qu'elles croient que leur vie allait changer. C'était une stratégie efficace qui avait fait ses preuves.

Un jour célibataire épanoui à la recherche de la compagne intelligente et cultivée, un jour homme délaissé et malheureux lassé des mauvais tours de Cupidon, il jouait sur tous les registres sans l'ombre d'une hésitation.

Sans doute l'avait-il été jadis, malheureux et seul, avant de se lancer dans sa folle entreprise.

Il avait cessé toute autre activité depuis deux ans, invoquant une maladie rare et invalidante pour justifier sa grande disponibilité à celles qui s'interrogaient sur ses moyens de subsistance.
Il passait désormais une partie de sa vie dans une pièce sans fenêtre, face à l'eau un peu saumâtre de quatre aquariums où vivaient des poissons exotiques dont il surveillait la reproduction avec attention.
L'odeur légèrement sucrée du tabac dont il bourrait ses pipes envahissait constamment le bunker sombre et quasi monacal où il contemplait jour apres jour son étrange tableau de chasse : des femmes; dont les photographies classées par date occupaient désormais le disque dur de l'ordinateur puissant qu'il venait de s'offrir.
De ses échappées en compagnie de ses belles, il rapportait aussi des photos de végétaux et d'oiseaux, paysages ou bateaux. 
Pour ses proches, il préparait sa reconversion et envisageait de faire une brillante carrière dans la photographie. Il en avait décidé ainsi. Il y travaillait officiellement en permanence, sûr de son talent et fermement décidé à obtenir la reconnaissance qu'il estimait mériter.

Dans l'appartement subtilement masculin où il invitait ses futures amantes, il leur faisait découvrir 
avec une modestie feinte ses marqueteries, belles images indécentes de femmes, travaillées avec talent et délicatesse dans des bois fragiles et précieux. 
Ses visiteuses, déjà séduites par la ferveur de ses messages et son agréable et intéressante conversation, étaient rapidement subjuguées par le talent de l'artiste.
Il avait su dévoiler sa forte personnalité par la décoration très personnelle de son appartement, où les orchidées aux teintes roses et mauves accueillaient avec douceur les regards happés et presque éblouis dès l'entrée dans son salon par le gigantesque portait d'une pulpeuse mexicaine, oeuvre somptueuse aux teintes violentes et profondes. La toile, puissamment évocatrice, faisait la fierté de l'homme aux cheveux bruns, autant que sa splendide collection de pipes de bruyère, scrupuleusement entretenues et mises en valeur sur un meuble d'amarante.

Homme organisé et précis, il ne laissait jamais rien au hasard. La première visite de son antre se terminait par le partage d'une tasse de son thé préféré sur son impeccable terrasse. Des dizaines de plantes rares et de bonsaïs magnifiques, cultivés avec une évidente persévérance, cotoyaient un couple de perruches colorées silencieuses dans leur grande volière.

La seule réelle faille de son entreprise de séduction résidait cependant dans sa nature un rien trop méticuleuse. Quelques railleries de femmes amusées par ses multiples rituels avaient contribué à aiguiser sa redoutable réactivité. Ses brefs moments d'agacement incontrôlés se transformaient en touchantes pirouettes verbales sur ses mauvaises habitudes d'homme trop solitaire, lorsqu'une belle déplaçait chez lui un objet dont l'emplacement avait été minutieusement choisi. Accompagnant ses excuses d'un sourire ravageur et d'une douce caresse, il dissipait en virtuose la gêne provoquée par sa troublante et dérangeante maniaquerie.

En ce matin d'avril, après un hiver passé à séduire quelques belles près de chez lui, il pensait à l'été. Il était encore un peu trop tôt dans la saison pour démarrer sa chasse annuelle sur Avignon, il avait encore du temps pour trouver une compagne qui pourrait l'héberger pendant la durée du festival. Il repéra une brune avignonnaise, dont les yeux bruns pétillaient derrière des lunettes un peu grandes pour son visage au teint clair. Il ajouta son profil à ceux qui attendaient déjà dans sa sélection.
Ses visites régulières à sa mère fortunée, âgée et malade, le contraignaient dans ses escapades prolongées loin de la maison de retraite où elle résidait. Il évoquait invariablement sa tendre sollicitude envers sa génitrice, dont la santé vacillante lui servait d'alibi pour écourter son séjour chez une belle quand une autre s'impatientait.

Il s'arrêta dans la rédaction d'un mail qu'il avait prévu d'envoyer à un contact récent sur Montpellier. Ses doigts un peu épais butaient sur le clavier, il hésitait un peu.
M  lui avait semblé assez fragile pour craquer assez vite. Ses messages d'homme solitaire et sensible à la recherche d'une compagne douce et sincère avaient bien fonctionné, il en était content. Bien rodés, ils faisaient mouche à tous les coups, et très vite, il avait cru toucher la corde sensible chez son interlocutrice. La réponse de M à son dernier mail l'avait pourtant agacé, elle était réservée, visiblement prudente. Trop modérée dans ses mots et quelque peu effarouchée par ses sollicitations à la rencontrer très vite, elle prendrait sans doute peur s'il lui jouait trop tôt le jeu de la passion. Elle n'était visiblement pas prête, les cernes légères sous ses yeux lui avaient pourtant confirmé qu'elle était triste et vraiment seule. Il changea quelques mots, adoucit le ton de sa lettre.
Quelques heures d'attente, juste ce qu'il faut, rendraient à la belle la lecture de son message plus agréable encore. Il y apparaîtrait raisonnable et respectueux des craintes formulées à demi mots. Il fallait attendre. " Et puis, la côte, par chez elle, je connais déjà", se disait-il en faisant défiler sur son écran les photos d'une femme vivant à Marseille qui lui avait donné récemment un peu de fil à retordre. "Dommage", pensait-il en recadrant les photos de la belle marseillaise...
En vérifiant son âge, il comprit immédiatement pourquoi il n'avait pas pu conclure. "Trop jeune ! Mais où avais-je la tête ! Celle ci n'est pas encore assez mûre, pas encore assez seule". Les clichés volés cet après-midi là le ramenèrent à son vague souvenir de la belle blonde dont il avait déjà oublié le prénom. Il le vérifia sans s'émouvoir. Le corps ferme et le visage lisse lui rappelèrent instantanément qu'il ne pouvait obtenir de résultat qu'avec des femmes un peu moins sûres de leur beauté que celle qu'il avait photographiée, assise sur un muret, resplendissante encore, offrant à son objectif l'ovale de son visage encore presque parfait.

"Il faudra quand même que j'en retrouve une à Marseille ! "Il grommela quelques mots rageurs envers la belle qui ne s'était guère émue de ses talents de photographe et n'avait pas souhaité le revoir ! Il arrivait pourtant toujours à ses fins avec son boitier Canon professionnel. Ne se baladait jamais sans un grand sac dans lequel il trimballait ses lourds objectifs. Il savait capter les sourires, il cadrait à la perfection les visages les plus intimidés. Lorsqu'il leur envoyait par mail avec quelques mots choisis les photos prises lors d'une sage première promenade, elles fondaient, réconciliées avec leur image.
Il ne lui restait plus alors qu'à tisser sa toile. Il recueillait leurs confidences, captait leurs attentes, son intelligence vive et son expérience de la gent feminine faisaient le reste! Elles craquaient, et n'avaient, dès les premiers mots tendres, plus d'autre envie que celle de le revoir et de garder près d'elles cet homme si raffiné, si créatif et si séduisant. Il débarquait pour quelques jours, installait ses petits affaires, prenait ses aises, se faisant offrir le gîte et le couvert, satisfait d'obtenir rapidement des plus attendries une pension complète qui lui remboursait allègrement sa mise de départ, une bouteille de bon vin, ou carrément un dîner pour les plus romantiques.

Il était toujours en manque de nouveauté. Déjà un peu
 lassé de ses conquêtes de l'hiver, il ne doutait cependant pas de sa capacité à retrouver à la rentrée la confiance et l'amour de celles qu'il devrait délaisser durant l'été.  Dans l'immédiat, il comptait bien se faire offrir des vacances ! Il savait que dès son retour, il se réchaufferait à nouveau dans leurs lits, un soir chez l'une, un après-midi chez l'autre. Nourri et logé, ivre du vin qu'il aimait boire et du plaisir de leur faire croire encore en son amour sincère, il pourrait reprendre sa chasse et enrichir sa collection de portraits, bien au chaud chez ses patientes compagnes, qu'il présenterait aux nouvelles venues comme de vieilles amies.  En quelques années, il avait appris l'art de se faire aimer durablement de toutes les femmes qu'il séduisait. Elles lui pardonnaient ses absences, qu'il leur décrivait comme des moments d'égarement, entretenant, grâce à son réel talent à toucher leur coeur, des liaisons multiples et très confortables.

Son cerveau de prédateur fonctionnait à toute vitesse. Son éternelle pipe coincée entre les dents, il se reconnecta sur son site préféré, s'arrêta soudain devant un regard bleu. Il sentit monter l'excitation joyeuse qu'il ressentait à chaque fois que son expérience de fin limier du net le mettait en présence d'un regard intéressant.
Elle habitait assez loin de chez lui, au bord de la méditerannée, dans un département réputé pour la beauté de son littoral et la douceur de son climat. 
Tout l'hiver, pour surveiller et obtenir de l'argent de sa mère, il avait rencontré des femmes vivant près de chez lui, renonçant à s'absenter trop longtemps. Depuis quelques semaines, matériel de photo au point et les poches presque vides,  il ressentait l'envie d'élargir son territoire pour échapper à l'écrasante chaleur de l'été de la ville sans charme où il résidait.  

"la Côte d'Azur ! " Pas mal pour les vacances !" Il se plongea dans la lecture de ce qu'elle écrivait d'elle. "Ah! En voilà une qui a du potentiel ! " Il partit d'un grand éclat de rire, il venait de trouver celle qui deviendrait, il en était certain, la femme de sa vie le temps d'un été.

Il était 18 heures, il lui envoya immédiatement un premier message amical, qui faisait écho aux écrits de la femme aux yeux bleus. Il attendit, comme toujours, la réponse de sa future belle, en n'oubliant pas d'envoyer à M le mail qu'elle devait attendre impatiemment. 

"Et de deux ! Je le tiens, mon été en bord de mer ! " ...

 

25 juillet 2012

l'Année à l'envers


Avril succède à mai
Et mars vient juste après
Ah, quelle drôle de saison
Que nous vivons, que nous vivons
Et puis c'est février
Suivi du mois de janvier
Décembre va venir
On ne sais plus quoi dire

L'année passée l'année passée
C'était beaucoup plus calme
Mais cette drôle d'année renversée
Ne manque pas de charme

Décembre est dépassé
Novembre a commencé
Si ça pouvait seulement
Durer longtemps, durer longtemps
Si ça pouvait durer
Jusqu'au mois de juillet
Jusqu'à ce foutu soir
Où tu m'as laissé choir

Le soir très doux d'un jour heureux
Où j'avais pris tes lèvres
Quand je repense à tes yeux bleus
J'en ai la fièvre

Voilà qu'octobre arrive
Et passe à la dérive
Septembre accourt derrière
C'est un mystère, c'est un mystère
Le mois d'août à l'horizon
Fredonne ces chansons
Vacances de l'an dernier
Que je vous ai pleurées!

Voilà juillet qui montre enfin
Sa tête blonde et sage
Si l'on retourne jusqu'en juin
Je crois aux mirages

Avril est revenu
Je marche dans la rue
J'ai rajeuni d'un an
C'est épatant, c'est épatant
Je frappe à la fenêtre
Tu daignes apparaître
Mais quoi, chose bizarre
Tu as de grands yeux noirs

Je me trompais, c'est une erreur
C'est bien l'année nouvelle
Voici ma vie... voici mon coeur
Venez, ma belle...


Jacques Higelin

L'ANNÉE À L'ENVERS
Paroles: Boris Vian






19 juillet 2012

Les 42 heures de la Coutarié

S'extraire du monde, se retirer de son cortège de mensonges, pouvoir croire encore que la liberté existe, c'est ce qui m'a été donné de vivre pendant quelques jours, quelques heures précieuses où le temps s'est presque arrêté. De ces heures magiques demeurent les rires et les images des visages lumineux et heureux de ceux qui étaient venus fêter la vie, pour le plaisir d'être simplement ensemble pendant 42 heures de musique non stop dans un hameau quelque part pas très loin de Saint-Affrique...La-haut, s'étaient rassemblés quelques fous de musique, venus avec leurs instruments, leurs enfants et leurs sourires, fêter l'amitié et le partage... Morceaux choisis pour vos yeux...











11 juillet 2012

Juste un poème

Je suis comme je suis



Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime à chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé
Oui j'ai aimé quelqu'un
Oui quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer ...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer.
Jacques Prévert (1900-1977)

03 juillet 2012

defifoto ton sur ton

Nos peaux mêlées, ton sur ton, pour le défifoto de ce mois ci, séance de pose avec Lili....



23 juin 2012

à Pierre

Il y a 35 ans aujourd'hui, tu as fait de moi une mère, et tu as été le premier, avec tes soeurs et tes frères par la suite, à me faire déciouvrir le sens profond du mot amour.
Bon anniversaire mon grand .

20 juin 2012

La lettre aimante

Françoise, ma douce Françoise...oui, souffle, respire, apaise toi, sers toi de ceux qui t'aiment vraiment, tes enfants, tes amis, moi...Et je te rassure tu n'es pas un monstre...je te le redis tu es la plus belle personne que je connaisse, ouverte et si attentive aux autres, sensible capable d'une rare empathie , aimante de toute ton âme, d'une honnêteté absolue, toujours dans le don de toi, tu es un merveilleux cadeau que la vie fait à ceux qui te connaissent. N'écoutes pas cette tristesse en toi qui te fait croire que tu es coupable de quoi que ce soit...elle est comme celle des enfants qui souffrent et qui culpabilisent en se disant que c'est leur faute...Ta seule faute est d'avoir aimé un être néfaste qui s'est nourri de ta bonté et qui maintenant, enrage de perdre le pouvoir qu'il croyait avoir sur toi. Mais ton intelligence, ta lucidité et surtout ta réelle bonté sont des armes plus fortes que les siennes. Tu souffres d'avoir cru, d'avoir tant voulu croire, de t'être battu contre cette petite voix qui te faisait douter. Ecoute là maintenant, c'est la tienne, elle vient du plus profond de toi, c'est la voix de ton instinct, fais toi confiance.
Ton intelligence, ta lucidité sont rares, laisse les faire, laisse les te ramener vers la paix. Ce combat que tu vas devoir mener, tu sais déjà que tu l'as gagné..laisse toi porter, fais toi confiance. Aimes toi
seulement au dixième de ce que nous t'aimons (tes amis, tes ex, tes enfants, moi) et tu retrouveras la paix et la joie qui n'ont jamais disparues, mais qui sont derrière cet écran de fumée noire qu'il a posé sur tes yeux...
Je qui me rassure c'est que tu ne pars pas seule pour les Cévennes, tu y vas avec Eric, que je ne connais pas mais en qui j'ai toute confiance. Tu vas pouvoir t'appuyer sur lui comme tu le pourrais sur moi, mais il lui il sera présent.
Le mal qui t'a été fait est à la mesure de la beauté de la renaissance qui le suivra...Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort...Il y a encore tant d'amour sur ton chemin pour toi qui n'est qu'amour.
Crois moi tu es une personne merveilleuse, un cadeau que le ciel a bien voulu faire à cette terre...et tu as beaucoup plus de force que ce que tu peux croire en ce moment.
Tout ceux qui t'aiment sont avec toi...sers toi de notre amour, il est fait pour ça.
Je t'ai donné mon coeur parce que je sais que tu en feras bon usage...
je t'embrasse............(....)

H

 

01 juin 2012

Envol


Venez jusqu’au bord.
Nous ne pouvons pas, nous avons peur.
Venez jusqu’au bord.
Nous ne pouvons pas, nous allons tomber.
Venez jusqu’au bord.
Et ils y sont allés.
Et il les a poussés.
Et ils se sont envolés.
(Guillaume Apollinaire)

24 mai 2012

Le pardon

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir, si pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

Je veux savoir si tu sais faire confiance, et si tu es digne de confiance.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres.
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté;

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier: "Oui!" au disque argenté de la lune.

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

Oriah Mountain Dreamer
Indian Elder 

  

16 mai 2012

30 ans après....

La vie est pleine de surprises.
Elle sait aussi faire cadeau d'instants joyeux, naturellement.
Est ce un hasard si mon ami Eric m'a téléphoné hier soir ?
Comme il était bon et réconfortant de se rappeler que des histoires d'amour courtes et qui font mal, il est parfois possible de ne garder que les images douces. Trente ans après, la tendresse est intacte.
Souvenirs en images de quelques mois de bonheur, sans nostalgie, juste avec dans la tête  la petite musique des moments d'amour partagé.






14 mai 2012

La lettre

Il est cinq heures du matin.
Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour écrire cette lettre.
Cette nuit, le temps a peu d'importance. 
Par chance, je ne travaille qu'à midi aujourd'hui, et le calme qui reviendra quand je t'aurai écrit ce que j'ai à t'écrire, effacera les traces de ce dimanche affreux que j'effacerai de ma mémoire, comme j'ai effacé les douleurs anciennes, renaissant de mes cendres, quand il le faut, pour garder en moi la joie d'exister et d'être libre.
Ce qui est difficile, c'est de devoir renoncer au bonheur entrevu...
Les images défilent dans ma tête à toute vitesse, ton sourire, ravageur, tes yeux, tes gestes, la douceur des moments de silence entre nous, si légers,et pourtant si profonds, la douceur des moments de complicité,la joie enfantine d'être ensemble,  ta peau douce, la douceur des mains de ta maman... Tout ce que nous avons vécu ensemble pendant quelques jours, tout ce qui avait ouvert en moi la perspective d'un bonheur simple et sans nuages et que j'ai perdu, en quelques heures, en prenant brutalement conscience de ta cruauté et en entrevoyant cette souffrance que tu me réservais.
Je m'aperçois que tu ne m'as jamais appelée par mon prénom, parce que tu appeles toutes les femmes "ma belle". 
Au moment où je t'écris, je sais déjà que tu as dit sans doute à M qu'elle était celle que tu attendais depuis longtemps, comme  tu as du le dire déjà à tant de femmes avant de me le dire à moi. Le plus étrange, c'est qu'il n'y a plus de jalousie en moi, aucune. Simplement une prise de conscience aigue de ton incapacité à m'aimer, et peut-être, à aimer tout court.
Le plus terrible est que, sans doute aussi, tu vas m'écrire que j'ai choisi pour toi, essayant inconsciemment peut-être d'ajouter de la culpabilité à ma tristesse. Tu as déjà commencé hier en me disant que je faisais la connerie de ma vie en te demandant de partir pour ne plus revenir.
Je crois au contraire que j'ai fait ce que je devais faire, pour moi, pour mes enfants, pour me tenir éloignée de la perversité avec laquelle tu sais te faire aimer... sans aimer en retour.
C'est très étrange ce que je ressens, comme un grand soulagement d'avoir eu la force de te résister, et une tristesse immense. Peut-être a t-il suffi pour que je comprenne rétrospectivement qui tu étais, que tu me parles de ce petit lien que je porte au poignet et que tu avais le fantasme de couper, par pur panache. Le panache ! La provocation, le culte de la différence, comme tout cela est en toi ! la faculté de ne jamais rien faire comme tout le monde. Comme c'est facile de se définir comme un électron libre de cette façon là !
La perversité selon Machiavel, c'est tout un programme....politique. J'ai parfaitement intégré ta notion de la perversité, rassure toi. Ce qui est profondément troublant avec toi, c'est que Narcisse élève des orchidées...
L'ombre qui a recouvert mon coeur hier est malgré tout une ombre douce, c'est le souvenir de cet espoir fou d'avoir rencontré un homme que je pouvais aimer définitivement, que j'aimais déjà si fort et avec tant de sincérité, dont la subtilité et l'amour du beau avaient touché mon âme. Ce que j'ai entrevu de toi, c'est la lumière, la lumière de l'amour partagé, profond, qui aurait pu grandir si ta folie était aussi douce que la mienne.  Mais ta folie n'est pas douce. Tu es un homme dangereux autant que délicieux.
Oui, tu es un homme délicieux, un homme de goût Olivier. et jamais je ne renierai ce que je t'ai écrit à propos de ta maison, de tes rituels, de la perfection avec laquelle tu te construis un univers personnel, jour après jour dans ta maison, avec sur tes murs, les représentations de ton éternel fantasme, LA FEMME . Cette femme n'existe pas. Elle n'est pas vivante, elle n'est pas faite de chair et de sang. La femme dont tu rêves n'existe que dans ta tête. Elle est toutes les femmes que tu rencontres, que tu séduis, que tu fais craquer en invoquant ta fragilité, et que peut-être tu détruis un peu.  
Pauvres femmes ! Si naïves, si facilement manipulables ! Je voudrais bien que tu me fasses disparaitre de ta page FB. Je n'irai pas voir, je suppose d'ailleurs que tu as du me bloquer, ça ne m'étonnerait pas de toi.  Rassure toi, je ne t'enverrai rien, plus jamais. Je t'ai retiré de la liste de mes amis, car tu n'es pas mon ami, tu étais mon amour, mon amant, ma joie, mon espoir. J'efface les traces de cet espoir, car il est mort hier.
Il y a à présent dans ta maison deux souvenirs d'une femme, une orchidée et un dessin. Vanda a trouvé sa place, dans la lumière, et je sais que tu trouveras une place de choix pour le petit squelette et sa douce auréole... 
Je te souhaite de tout mon coeur, sans aucune rancune, de mettre un terme à ton errance affective. J'espère aussi un jour rencontrer celui qui m'aimera vraiment, telle que je suis.
Parce que je suis un être conscient, je suis consciente de tes failles, des traces laissées par les tourments et les souffrances passées. A aucun moment je ne suis dupe de la délectation presque inconsciente et un peu malsaine que tu as du ressentir hier à me faire si mal ! Laisser ce message d'une autre femme séduite par toi sur mon ordinateur est une des choses les plus cruelles qu'un homme m'aie faites ! De la perversité pure, ou de la lâcheté ? Je ne le sais pas, et je ne le saurai sans doute jamais vraiment, tes arguments d'hier n'étaient guère convaincants pour mon esprit rebelle à la facilité.
Le jour se lève. Mon premier jour sans toi, depuis des semaines ....
Je vais devoir attaquer cette journée en donnant le change à mes enfants. Nino m'a demandé hier soir quand il pourrait te voir. Je suppose que Lili lui a dit à quel point tu étais sympa. Elle a, elle aussi, en te croisant samedi, ressenti le naturel désarmant avec lequel tu as pris ta place dans la vie de sa maman et elle a communiqué à son frère jumeau l'envie de te connaître. C'est terrible.... C'est ça sans doute le plus terrible pour moi ce matin. 
Leur cacher que la belle histoire est finie, à ces deux soleils qui ont tant envie de voir leur maman heureuse ! Je leur ai dit que nous n'avions pas prévu de nous revoir avant un mois.  
D'ici là, je trouverai bien un moyen de les amener petit à petit à comprendre qu'ils ne te reverront pas. Je trouverai les mots, et sans doute la douleur s'atténuera, cela me permettra d'aborder le sujet avec moins d'émotion, les larmes ne sont jamais loin quand je pense à toi. 
Mais je sais que ça ne durera pas.
Un nouveau jour commence, sans toi, mais la sérénité est là, qui pointe son nez en même que je jour qui se lève.
Je t'embrasse.
Françoise

13 mai 2012

Vian rien que pour moi

Mon coeur s'est pris à tes épaules
Mon coeur s'est pris à tes yeux gris
Le soleil s'est éteint
Et la neige est tombée
J'ai eu froid sans mon coeur
Rends-le moi
Mon coeur tremblait dans tes mains calmes
Mon coeur tremblait contre le tien

Les oiseaux se sont tus
Et les fleurs ont pâli
J'ai si froid sans mon coeur, rends-le moi
Ne le mets pas dans une cage
Il va mourir comme l'amour
Laisse-moi courir les rues
Laisse-moi vivre au fil des jours

J'ai mis le bonheur à la porte
Et j'ai brisé tous ses anneaux
J'ai laissé les baisers
J'ai cassé les serments
Et j'enferme mon coeur avec moi
Demain, demain je serai seul
Dans le silence de ma vie
Me prendra le hasard
M'aimera qui voudra
Mais j'enferme mon coeur avec moi

Je serai libre dans ma cage
Je serai libre avec mon coeur
Et j'irai courir les rues
Les rues de rêve
Où vont mes amours

Boris VIAN

Largage dominical#39

07 mai 2012

Juste pour aujourd'hui

"... On la reprenait en coeur, tous, la complainte du reproche, contre ceux qui sont encore par là, à traîner vivants, qui attendent au long des quais, de tous les quais du monde qu'elle en finisse de passer la vie, tout en faisant des trucs, en vendant des choses et des oranges aux autres fantômes et des tuyaux et des monnaies fausses, de la police, des vicieux, des chagrins, à raconter des machins dans cette brume de patience qui n'en finira jamais...."

Louis Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit.

06 mai 2012

Largage dominical#38

« Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque fois que quelqu'un l'allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je lis. »

Groucho Marx

04 mai 2012

Attrape coeur

Ma Lili aime lire, de plus en plus... Hier soir, elle était presque au désespoir de ne plus avoir de livre de chevet. 
Faute de moyens, j'ai réduit un peu les achats de bouquins, au grand désespoir de la petite, qui devient, jour après jour, une insatiable lectrice !
J'ai fouillé dans ma bibliothèque en reconstruction, tous mes livres d'adolescente ou presque ayant disparu par une journée de juin 2005.
Celui là, je l'ai racheté, comme quelques autres dont je ne peux pas me passer.
C'est l'attrape cœur de Salinger.

"- Tu as commencé le bouquin que je t'ai prêté hier ma Lili ?
- Oui, c'est un petit peu grossier, mais ce matin, je voulais aller prendre ma douche, et j'arrivais pas à mettre le marque-pages, j'arrive pas à m'arrêter, c'est le premier livre qui me donne des sensations de réalité."

Bingo ! 
Quel bonheur !

03 mai 2012

Intemporel


Fuis dans ta solitude, mon ami ! Je te vois assourdi par le bruit des grands hommes et déchiré par les aiguillons des petits.
Dignes, forêt et rocher savent se taire en ta compagnie. Sois de nouveau semblable à l'arbre que tu aimes, celui aux larges branches : silencieux, aux écoutes, suspendu au-dessus de la mer.
Où cesse la solitude commence le marché ; et où commence le marché, commence aussi le vacarme des grands comédiens et le bourdonnement des mouches venimeuses.
Dans le monde, les choses les meilleures ne valent rien sans quelqu'un pour les mettre en scène : le peuple appelle ces metteurs en scène : de grands hommes.
Le peuple comprend bien peu ce qui est grand, c'est-à-dire : ce qui est créateur, mais il a un flair pour tous les metteurs en scène et pour tous les comédiens des grandes causes.
C'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que tourne le monde, - il tourne de façon invisible. Mais la foule et la gloire tournent autour des comédiens : tel est le cours du monde.
Le comédien a de l'esprit, mais un esprit sans conscience morale. Il croit toujours à ce qui lui permet le plus d'imposer sa façon de croire, - à lui même.
Demain, il croira en une chose nouvelle et après-demain en une autre, plus nouvelle encore.
Il a l'esprit prompt, tout comme la foule et il est d'humeur versatile.
Renverser, - il appelle cela "prouver". Rendre fou, - c'est ce qu'il appelle "persuader". Et de toutes les raisons, le sang lui semble la meilleure.
Une vérité qui ne se glisse que dans les oreilles fines, il l'appelle "mensonge" et "néant". En vérité, il ne croit qu'en des dieux qui font grand tapage dans le monde.
La place du marché est pleine de bouffons solennels - et la foule se glorifie de ses grands hommes ! Ils sont pour elle, les maîtres du moment.
Mais le temps les presse : aussi te pressent-ils : et de toi, ils veulent savoir si c'est oui ou si c'est non. Malheur à toi, veux-tu placer ta chaise entre le pour et le contre ?
Ne sois pas jaloux de ces intransigeants qui te pressent, toi qui aimes la vérité ! Jamais encore la vérité ne s'est accrochée au bras d'un intransigeant.
À cause de ces esprits hâtifs, retourne à ta sécurité : ce n'est qu'au marché que l'on est assailli par oui ou par non !
Longues sont les expériences que font les puits profonds : il leur faut attendre longtemps jusqu'à ce qu'ils sachent, ce qui tombe dans leurs profondeurs.
C'est à l'écart du marché et de la gloire que se passe tout ce qui est grand : c'est à l'écart de la place du marché et de la gloire qu'ont, de tout temps, habité les inventeurs de valeurs nouvelles.
Fuis dans ta solitude : je te vois harcelé par les mouches venimeuses. Fuis, vers les contrées où souffle un air rude et fort !
Fuis dans ta solitude ! Tu as vécu trop près des petits et des pitoyables. Fuis leur vengeance invisible ! Contre toi, ils ne sont rien que vengeance.
Ne lève plus le bras contre eux ! Ils sont innombrables et ce n'est pas ta destinée d'être un chasse-mouches.
Ils sont innombrables, ces petits et ces pitoyables ; et il y a de nobles architectures que des gouttes de pluie et de mauvaises herbes suffisent à ruiner.
Tu n'es pas une pierre, mais déjà toutes ces gouttes t'ont creusé. Tu vas te briser et tu vas éclater à force de gouttes.
Je te vois fatigué par des mouches venimeuses ; je te vois égratigné en cent endroits ; et ta fierté ne veut pas même s'en irriter.
En toute innocence, c'est de sang que leurs âmes exsangues ont soif, - et c'est pourquoi ils te piquent en toute innocence.
Mais toi qui es profond, tu souffres trop profondément de petites blessures ; et avant même que tu ne sois guéri le même ver empoisonné s'est mis à ramper sur ta main.
Tu es trop fier pour tuer ces gloutons. Mais prends garde que cela ne te devienne fatal de supporter toute leur fielleuse injustice !
Ils bourdonnent autour de toi en te louant. Ils veulent la proximité de ta peau et ton sang.
Ils te flattent comme un dieu ou comme un diable : ils geignent devant toi comme devant un dieu ou un diable. Qu'est-ce que cela peut bien te faire ? Ce sont des flagorneurs et des geignards, pas plus.
Souvent aussi ils font les aimables avec toi. Mais cela ce fut toujours l'astuce des lâches. Oui, les lâches sont malins !
Ils pensent beaucoup à toi en leur âme étroite - tu leur es toujours un motif de suspicion ! Tout ce à quoi on pense beaucoup finit par devenir suspect.
Ils te punissent pour toutes tes vertus. Ils ne te pardonnent par principe que tes bévues.
Parce que tu es doux et d'âme juste, tu dis : « Ils sont innocents de leur petite existence. » Mais leur âme étroite pense : « Tout ce qui existe de grand est coupable. »
Même si tu leur es indulgent, ils se sentent encore méprisés par toi ; et ils te rendent les bienfaits par des méfaits cachés.
Ta fierté muette n'est jamais de leur goût ; ils jubilent quand, pour une fois, tu es suffisamment modeste pour être vaniteux.
Ce que nous reconnaissons dans un homme nous l'enflammons aussi. Alors, méfie-toi des petits !
Devant toi, ils se sentent petits et leur bassesse rougoie et brûle contre toi en une vengeance invisible.
N'as-tu pas remarqué que souvent ils sont devenus muets quand tu t'approchais d'eux, et que leur force les quittait comme la fumée s'échappe d'un feu qui s'éteint ?
Oui, mon ami, tu es la mauvaise conscience de tes prochains : car ils sont indignes de toi. C'est pourquoi ils te haïssent et aimeraient bien te sucer le sang.
Tes prochains seront toujours des mouches venimeuses ; ce qu'il y a de grand en toi, - cela même doit les rendre plus venimeux et les rendre toujours plus semblables à des mouches.
Mon ami, fuis dans ta solitude et là où souffle un air rude et fort. Ce n'est pas ta destinée d'être chasse-mouches

Ainsi parlait Zarathoustra.


Frédéric NietzscheAinsi parlait Zarathoustra, chapitre Des mouches du marché.