21 novembre 2019

Ma maison

Revenir ici me fait un peu le même effet que si j'entrais dans une vieille maison fermée depuis des années.
C'est comme si mes pas résonnaient dans le silence d'une maison froide et vide.
Cette maison est la mienne.
J'ai envie tout à coup de redonner vie à ma maison endormie.
J'ai envie de retirer les housses des meubles et d'ouvrir les fenêtres.
Des amis y sont passés, et y ont tous laissé une trace, un mot, un bouquin, un film, une chanson, des rires, des colères.
Relire les posts que j'ai écrits et publiés ici pendant des années me fait du bien.
Les libellés de mes posts me ramènent à des gens que j'ai aimés, à des textes que j'ai aimé lire ou écrire.
Nous avons tous été aspirés par la facilité qu'offrent Twitter ou Facebook où on consomme l'info à la va vite, où on commente parfois, mais la créativité débordante de nos blogs a disparu et nos échanges se réduisent parfois à un emoticone j'aime, je ris, je suis triste ou en colère...
De nombreux blogs amis sont aussi restées sans vie depuis des années.
Mais pas tous.
Non. Pas tous.
Certains sont encore là et n'ont pas abandonné leur navire.
Et c'est bon de les retrouver.
Spéciale dédicace à Rainette.
Sans hastag.
Putain ça fait du bien.
Combien de temps resterai-je ?
Je ne le sais pas.
Peut-être y resterai je seule un bon moment avant que les rares personnes qui passent encore par là voient la lumière et viennent frapper à la porte.
Qu'importe.

10 mars 2018

Bonheurs

Le premier regard par la fenêtre au matin
Le vieux livre retrouvé
Des visages enthousiastes
De la neige, le retour des saisons
Le journal
Le chien
La dialectique
Prendre une douche, nager
De la musique ancienne
Des chaussures confortables
Comprendre
De la musique nouvelle
Ecrire, planter
Voyager
Chanter
Etre amical.


Bertolt Brecht – Bonheurs (Vergnügungen, 1954)

31 janvier 2018

Mon premier bol

Il aura fallu que j'attende toutes ces années pour découvrir l'art de la Céramique et entrer (un peu) dans un monde à part. Abandonnant l'image de la poterie que je considérais jusqu'à présent comme un loisir un peu baba cool, j'apprends la réalité du magnifique et difficile métier de potier. Et je découvre des artistes dont le talent me sidère. Tout un univers riche de formes, de couleurs, et riche surtout de la maîtrise de cette matière si vivante qu'est l'argile.
J'apprends : à préparer ma terre, à laisser mes sensations me guider pour qu'elle réagisse au tournage sous la pression de mes mains.
C'est difficile, c'est passionnant.
Mon premier bol est sorti du tour il y a deux jours, après des semaines d'apprentissage.
Un bol, seulement un petit bol en grès que j'ai de 19cm de diamètre et de 9cm de hauteur, que tourné et tournassé, que je vais laisser sécher, puis que je décorerai et cuirai. Une explosion de joie presque enfantine au fond du cœur, je continue mon chemin. 
 

28 novembre 2017

Comme un écho...

“
« Et nous pourrions avoir quelques cochons. J'pourrais construire un fumoir comme celui qu'avait grand-père, et, quand on tuerait le cochon, on pourrait fumer le lard et le jambon, et faire du boudin et un tas d'autres choses. Et quand le saumon remonterait la rivière, on pourrait en attraper un cent et les saler et les fumer. On pourrait en manger au premier déjeuner. Y a rien de meilleur que le saumon fumé. À la saison des fruits, on pourrait faire des conserves... les tomates, c'est facile à mettre en conserves. Tous les dimanches, on tuerait un poulet ou un lapin. Peut-être bien qu'on aurait une vache ou une chèvre, et de la crème si épaisse qu'il faudrait la couper au couteau et la prendre avec une cuillère. »
« Oui, on aurait une petite maison et une chambre pour nous autres. Un petit poêle en fonte tout rond, et, l'hiver, on y entretiendrait le feu. Y aurait pas assez de terre pour qu'on soit obligé de travailler trop fort. Six ou sept heures par jour, peut-être bien. On aurait pas à charger de l'orge onze heures par jour. Et, quand on planterait une récolte, on serait là pour la récolter. On verrait le résultats de nos plantations.
- Et les lapins, dit Lennie ardemment. Et c'est moi qui les soignerais. Dis-moi comment que je ferais, George ?
- Bien sûr, t'irais dans le champ de luzerne avec un sac. Tu remplirais le sac et tu l'apporterais dans les cages aux lapins.
- Et ils brouteraient, ils brouteraient, dit Lennie, comme ils font, tu sais. J'les ai vus. »
”
Des souris et des hommes, John Steinbeck.

Poème pour un air tout neuf

Si les poètes étaient moins bêtes
Si les poètes étaient moins bêtes
Et s'ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s'occuper en paix
De leurs souffrances littéraires
Ils construiraient des maisons jaunes
Avec des grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure
Il y aurait de grands jets d'eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l'orphie au rara curule
Et de l'avoile au canisson
Il y aurait de l'air tout neuf
Parfumé de l'odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l'on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encor jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts
Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s'mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu'ils conservent jusqu'à la mort
Ravis d'avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s'ils étaient moins paresseux
On ne les oublierait qu'en deux.
Boris Vian

26 novembre 2017

L'au revoir à Daisy

Tu étais notre bestiole chérie, notre sœur chienne. Pendant 9 ans, tu as illuminé notre vie de ta douce présence. Nous n'avons pas réussi à te sauver et tu nous a quittés, après une semaine de soins et d'espoir, blessée à mort par une voiture dont le chauffeur ne s'est même pas arrêté après qu'il t'aie percutée... Tu reposes à présent au cœur de notre jardin, dans ce hameau où tu as vécu pleinement les derniers mois d'une existence pleine de bonheur et d'amour.
Je sais que désormais tu veilles sur nous.
Au revoir Daisy.

29 août 2016

Spéciale dédicace à mes amis atteints de mélanchonite !

Arbories

Ce weekend, on était là : http://arbories.free.fr/
Le paysage est somptueux, et à Arbories, on profite de sa beauté en toute tranquillité en toute décontraction.
Blandine et Jeff, sont adorables, et chez eux, on se sent un peu comme chez soi. On y dort dans des chambres ou dans des cabanes, on y mange super bien, en toute simplicité, des bons petits plats cuisinés avec amour et beaucoup de fraicheur.
Une chouette adresse, à prix doux, que je recommande vivement à ceux qui refusent de se faire fracasser le porte monnaie par les propriétaires de " maisons de charme" snobinardes et authentiquement hors de prix de ce magnifique coin qu'est le Lubéron.

04 avril 2016

Pape

Baiser la vie

A toi qui veilles sur l’ombre de mes nuits, je dédie cet air qui me vient d’un très beau matin ou j’ai laissé courir mon âme dans les blés.
Insouciant, irradié par la magie de l’été.
Cœur de pierre, ciel ouvert, adolescent amoureux d’une sorcière aux seins blancs
Loin des fureurs, loin des errances de l’ennui.
Comme un aviateur dans un ascenseur qui s’envole vers l’infini.
Aie du cœur, aie du cœur, baise la vie
Fais la jouir à en pâlir d’envie jusqu’à que ce que la mort la surprenne dans ton lit ; noyé de désir, hurlant de plaisir,
Prise entre jour et nuit.
Oh, à toi qui meurs de trop aimer la vie, je dédie cet air venu d’un éternel chagrin ou le destin m’a condamné à errer, incertain sur les chemins de l’oubli.
Laisses le temps, impatient, tuer ta douleur et dis toi qu’il n’est pas de plus grand malheur que de laisser mourir le rire dans ton cœur.
A ta dernière peur, comme un déserteur, donnes ta vie à mort.
Et  dis toi qu'il n'est pas de plus grand malheur que de laisser mourir le rire dans ton coeur.

Jacques HIGELIN


Juste une petite phrase


"Vouez à l'oubli vos tristes souvenirs, et gardez seules vos belles mémoires présentes."
Xavier de Montépin, 1859








Fluidité


Ainsi lundi passa, puis mardi, mercredi, jeudi même. Sur les deux habitants de la chambre pesait comme un linceul fait de silence et d’actions coutumières : manger, parler, rester immobile sur le sofa. Flush se tournant et se retournant au cours d’un sommeil agité rêvait qu’ils étaient couchés côte à côte sous les fougères et les feuillages d’une vaste forêt. Tout à coup, les feuillages s’écartèrent, et il s’éveilla. Il Faisait sombre. Flush vit pourtant Wilson entrer dans la chambre à pas de loup, prendre le sac sous le lit et l’emporter silencieusement. C’était la nuit du vendredi 18 septembre. Tout le samedi matin il garda l’immobilité des êtres qui savent qu’à chaque instant un mouchoir peut tomber, un sifflement léger venir à leurs oreilles pour donner le signal de vie ou de mort. Il regarda s’habiller Miss Barrett. A quatre heures moins le quart la porte s’ouvrit ; Wilson entra. Alors le signal fut donné - Miss Barrett prit Flush dans ses bras. Elle se leva et marcha vers la porte. Un instant, tous deux immobiles, firent des yeux le tour de la chambre. Le sofa - le fauteuil de Mr Browning - les bustes - les tables. Le soleil filtrait à travers les feuilles de lierre, et le store, où des paysans marchaient, très doucement, oscillait dans la brise. Tout était à l’ordinaire. Tout semblait espérer de l’avenir un million d’oscillations semblables ; et cependant, pour Miss Barrett, pour Flush, c’était bien la dernière. Sans le moindre bruit Miss Barrett referma la porte.
Sans le moindre bruit, ils s’en furent, descendant l’escalier, traversant le salon, la salle à manger, la bibliothèque. Toutes les pièces étaient à l’ordinaire avec leur air, leur parfum familier; toutes paisibles, elles semblaient s’être endormies par ce tiède après-midi de septembre. Sur le paillasson du hall, Catiline dormait aussi. Les fugitifs atteignirent la grande porte ; sans le moindre bruit la poignée tourna. Un cab attendait dans la rue.
« Hodgson », dit Miss Barrett. Elle prononça le mot dans un souffle. Assis sur ses genoux, Flush ne fit plus un mouvement. Pour rien au monde il n’eût brisé un si formidable silence.

Virginia Woolf
Flush

Juste un poème

Les Colchiques

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s’empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne

Les enfants de l’école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l’harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières

Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l’automne


Guillaume Apollinaire
"Alcools", 1913

Lu chez Eric McComber

Ce poème de Neruda a été publié par Mighty Mélissa LeBlanc dans les commentaires chez mon pote Mc Comber hier...

Voici l'arbre,
l'arbre de la tempête,
l'arbre du peuple.
Ses héros montent de la terre
comme les feuilles sortent de la sève,
et le vent étoile les feuillages,
foule bruyante,
jusqu'à ce que retombe en terre
la semence du pain.

Voici l'arbre,
l'arbre nourri de morts nus,
de morts flagellés, de morts déchirés,
de morts aux visages insupportables
empalés sur une lance,
pulvérisés par le bûcher,
décapités par la hache,
écartelés par le cheval,
crucifiés dans l'église.

Voici l'arbre,
l'arbre dont les racines sont vivantes,
il changea en salpêtre le sang des martyrs,
ses racines mangèrent du sang,
il fit sortir des larmes du sol :
il les fit monter par ses ramures,
il les répandit dans son architecture.
Elles furent des fleurs invisibles,
parfois des fleurs enterrées,
d'autrefois des fleurs qui firent briller leurs pétales
comme des planètes.

Et l'homme cueillit sur les branches
les corolles durcies,
il les donna, de main en main,
comme s'il s'agissait de magnolias ou de grenades
et aussitôt, elles ouvrirent la terre
et grandirent jusqu'aux étoiles.

Celui-ci est l'arbre des hommes libres.
L'arbre-terre, l'arbre-nuage.
L'arbre-pin, l'arbre-flèche.
L'arbre-poing, l'arbre-feu.
L'eau tumultueuse de notre époque nocturne le noie,
mais son mât balance
le cercle de sa puissance.

Quelquefois retombent
ses branches cassées par la colère,
et une cendre menaçante
recouvre son antique majesté :
c'est ainsi qu'il traversa d'autres époques,
c'est ainsi qu'il sortit de l'agonie,
jusqu'à ce qu'une main secrète,
quelques bras innombrables,
le peuple,
rassemble et garde les fragments,
cache les souches insensibles,
et ses lèvres étaient les feuilles
de l'arbre immense réparti,
disséminé de toutes parts,
cheminant avec ses racines.
Celui-ci est l'arbre,
l'arbre du peuple, de tous les peuples,
de la lutte et de la liberté.

Découvre sa chevelure de feu :
touche ses rayons renouvelés :
enfonce ta main dans les usines
où son fruit palpitant
chaque jour propage sa lumière.
Élève dans tes mains cette terre,
participe à cette splendeur,
prends ton pain et une pomme,
ton cœur et ton cheval,
et monte la garde à la frontière,
à la limite de son feuillage.

Défends l'extrémité de ses corolles,
partage les nuits hostiles,
veille sur le cycle de l'aurore,
respire les hauteurs étoilées,
en soutenant l'arbre,
l'arbre qui croît au milieu de la terre.


Pablo Neruda Chant Général - Les libérateurs

07 septembre 2015

Désobéir


de retour

Un an.
Ca fait presque un an que je n'ai rien publié ici.
Depuis mon dernier billet, il s'est évidemment passé plein de choses, que je vous raconterai peut-être si l'envie d'écrire pointe à nouveau le bout de son nez.
S'il est vrai que Facebook a pris peu à peu le relais de nos blogs, je retrouve le plaisir de sortir de ma  cage facebookienne et de naviguer plus facilement sur la toile, grâce à mon nouvel ordi ! yepeeeee !
Je suis heureuse de vous retrouver !

12 septembre 2014

RIP Franck...

C'est une chanson sans paroles.
Elle est née aux Arnasseaux, chez toi, un des derniers jours d'aout.
Toma a la guitare, Hervé à la basse, et toi au chant.
Ton étrange chant sans paroles s'est éteint pour toujours.
Ce blues n'en aura jamais, de paroles.
Il restera le Blues des Arnasseaux, le Blues de Franck.
Mais on le jouera, encore et encore.
Pour toi.
Et tous ensemble.

04 mai 2014

Bricolage dominical

























Le temps passant, je supporte de moins en moins de voir sur les photos la jeunesse enfuie...alors je bricole...

Manifeste

On m'a dit : "Fais des chansons comme-ci" On m'a dit : "Fais des chansons comme-ça" Mais que surtout ça ne pa...