06 juin 2010

Chambre d'hôtel

J'ai écrit ce souvenir pour répondre à l'invitation de Blue.
Sur ses pages, on peut lire ce week-end des merveilleux textes d'auteurs aussi inspirés qu'inspirants.
C'était chouette de se prêter à l'exercice.

Tes mensonges étaient notre lien secret depuis plusieurs mois. Nous étions devenus les passagers de chambres louées l'espace de quelques heures, nos corps à corps fiévreux se transformant peu à peu en brèves étreintes lasses.
Je te regardais ôter soigneusement mes cheveux blonds de ta veste et tu m’abandonnais dans les draps salis à peine réchauffés de ces instants glacés pour une nuit blanche comme la rage que je ressentais parfois à être encore et toujours prête à te rejoindre dans ces lits, abandonnant mes vêtements sur les moquettes ternes ou les fauteuils aux couleurs délavées de ces haltes aussi déplaisantes que le goût amer que me laissaient à chaque fois tes baisers furtifs et coupables.
Les kilomètres d'asphalte défilaient sous mes yeux distraits par la pensée de ce rendez-vous dans une chambre luxueuse réservée pour deux nuits entières dans un hôtel caché au creux de la forêt. Je conduisais comme absente en un long songe troublant et intranquille.
Tu étais déjà là. Tu attendais en piétinant nerveusement près de ta voiture. Ton regard te trahissait. J'ai demandé pourquoi tu m'avais amenée ici. Le flot de tes paroles ravivait le souvenir des dîners presque muets dans les arrière-salles de restaurants infréquentés et les râles étouffés de nos ébats écourtés par ta crainte d'être surpris.
Cet endroit était ton plus beau souvenir avec elle. Son prénom résonnait en moi pendant que tu cherchais tes mots. La promesse de ces trois jours différents de tous les autres s’évanouissait lentement pendant que tes mots s’échouaient sur le roc de mon visage dévasté par une gigantesque marée trouble.
Je ne suis pas entrée dans la grande bâtisse. Lorsque je quittai la forêt pour rejoindre la côte, j’imaginai l’espace d’un instant une chambre lourdement meublée, des rideaux flottant devant de grandes fenêtres, une odeur de fleurs dans la douceur du soir. Puis je la vis rêvant dans la salle de bains de marbre blanc, plongée dans un bain odorant et s’enroulant ensuite dans un peignoir siglé, souriant dans le miroir biseauté au reflet de ton visage la contemplant amoureusement.

Une route prise au hasard me conduisit au pied d’une maison de pierres. Un vent marin soufflait au dehors lorsque j’entrai dans la pièce presque nue. Je posai mon sac sur l’unique chaise et le choc de mes clefs de voiture tombant sur le parquet ciré me sortit enfin de ma torpeur. Je réchauffai mon corps sous une douche aux robinets grinçants. Je tirai les persiennes et m’enfonçai dans le lit douillet où je me m’éveillai au matin sous le rayon tiède d’un timide soleil. J’aperçus au loin la plage longue et blonde et pensai que peut-être je pouvais aimer cette chambre et y rester quelques jours.

4 commentaires:

manouche a dit…

la subite nausée des amours adultères...

anne des ocreries a dit…

Quel florilège hein ? Une sacrément belle initiative de Blue ! Manouche a trouvé les mots justes pour résumer...

piedssurterre a dit…

Ouais. C'était il y a longtemps, c'était assez bizarre de se souvenir de ça et de restituer disons l'ambiance de la chose vécue....

Gomeux a dit…

Ouh, ça remue ce texte....