24 août 2010

Canal du Midi, semaine 2, suite et fin

Nous roulons vers Agde. Aux étonnants et astucieux Ouvrages du Libron, seuls les vélos roulant à vide passent les portillons étroits, car il faut passer son vélo par dessus la barrière. Vu le poids des nôtres, bien obligés de contourner le problème, nous vivons notre seul passage difficile,  portant plus que poussant nos vélos sur quelques mètres de berge dangereusement pentue, au risque de tomber dans le Canal avec notre chargement ! 
Nous fuyons rapidement Agde, ruche bourdonnante de vacanciers après un arrêt à l’écluse ronde s’ouvrant sur l’Hérault, et poursuivons notre chemin vers Marseillan. Le paysage a changé, nous roulons désormais sur la piste étroite et creusée dans la terre sèche d’une zone naturelle protégée. Les grands arbres ont disparu, remplacés par les herbes hautes. Nous ne voyons plus vraiment le canal dans les derniers kilomètres nous conduisant vers l’étang de Thau. 
Le camping est interdit dans cette zone sauvage et étrange où nous ne trouvons pas un brin d’ombre et où nous ne nous arrêtons guère, surpris par ce changement radical de paysage. 
Nous arrivons enfin à un petit pont de pierre, surplombant le Canal. Marseillan est à 5 kilomètres.
En cette saison estivale, plus de place nulle part pour dormir dans un camping ce soir. Il y a bien ce camping à la ferme dont la patronne nous informeque c'est plutôt loin de là où nous sommes. Encore 10 kilomètres à faire. La route est très fréquentée et nos jambes fatiguées peinent à monter une côte qui nous parait interminable.
Nous arrivons fourbus et recevons les félicitations des propriétaires du lieu. Peu de cyclistes arrivent jusqu’à cet endroit très zen niché sur une colline au milieu des vignes, la plupart se dirigeant vers Marseillan-Plage et son campings en bord de mer, où il vaut mieux avoir réservé plusieurs mois à l'avance. Réserver plusieurs mois à l'avance ? Ah bon ?
Le temps de récupérer un peu et nous décidons de monter les tentes en buvant du rosé judicieusement entreposé au frais par la gentille patronne.
Le vin commence un peu à nous monter à la tête quand nous voyons arriver Jean-Marie et Nathalie. Ils ont chacun une bouteille à la main. Ils ont fait la connaissance de Lili à Carcassonne en papotant dans les douches et lorsqu’ils sont eux aussi arrivés tout à l’heure, ils ont tout de suite reconnu nos enfants et notre chien, qui gambadaient dans le camping ! Ils nous proposent de boire avec nous le verre de l’arrivée. Nous mettons en commun nos provisions du soir et nous finissons la soirée tous ensemble. Leurs enfants Zoë et Yvan sont super marrants et Zoë, 6 ans, nous impressionne quand nous apprenons qu'elle pédale 30 kilomètres par jour avec son petit chargement -duvet et tapis de sol - sur son petit vélo. Yan, plus jeune, voyage assis dans la remorque tractée par son papa. Les enfants s'endorment à la belle étoile. La nuit nous cueille ivres et heureux d’avoir à nouveau rencontré des gens dont nous partageons les envies et les rêves d’odyssées cyclistes…
Nous n’avons pas encore fini notre course. Il nous reste encore à filer jusqu’au phare des Onglous pour écrire le point final de notre petite épopée.
Nous partons donc au matin, laissant nos bagages, pour pédaler libres et légers. Nous trouvons un chemin qui nous mène au port de Marseillan, et de là, nous rejoignons  le phare. Victoire, on l’a fait !
Demain, nous reprendrons le chemin en sens inverse pour regagner la gare d’Agde, et nous rentrerons chez nous en train.
La ballade du jour est aussi lègère que nos vélos. Tony s’éloigne un peu du chemin et revient, les deux pneus crevés par des petits végétaux ressemblant à s’y méprendre à d’inoffensives fleurs séchées, mais qui en réalité sont aussi durs que des clous. Deux trous à l’avant, deux à l’arrière. Incroyable ! Les rustines sont dans un petit coffret qui est toujours à poste sur le VTT de Nino, mais la pompe, non la pompe, on n’a pas pensé à la prendre !
J’interpelle un monsieur sur son vélo. Non, il n’a pas de pompe, mais il habite à côté et nous invite à monter chez lui pour réparer. On discute un peu et nous nous apercevons qu’il est né à Gonfaron, tout près de chez nous !
Retour au camping pour une dernière soirée avec nos amis  qui achèvent eux aussi leurs vacances et qui nous regardent partir avec envie sur nos vélos chargés pour une dernière roulade au matin, eux qui regrettent à présent d’avoir fait venir des amis et leurs voitures pour les cueillir au camping et les reconduire chez eux.
Nous pédalons une dernière fois sur un sentier pour rejoindre Agde, avec la folle envie de remonter à vélo jusqu'à Toulouse. Mais les vacances sont finies. Dès demain, je reprends mon travail.
Nous montons dans le train à Agde, changeons à Montpellier puis à Marseille.
C'est le 15 Août, les trains sont pleins de gens bronzés et nous avons une petite altercation à Montpellier avec deux bobocyclistes qui se sont posés en vrac dans l'espace vélo et s'offusquent lorsque nous leur proposons de décrocher leur remorque et d'accrocher leurs vélos pour nous permettre de monter les nôtres.Ce sont les premiers cyclistes désagréables que nous rencontrons ! Je ne peux m'empêcher de penser que faire du vélo ne rend pas tout le monde sympathique lorsque la jeune femme nous intime de chercher un autre compartiment alors que le train va partir et que deux de nos vélos sont toujours sur le quai !Tony range tout le matos et fait de la place, au grand Dam de la jeune princesse, furieuse de devoir céder et bouger son beau vélo...Je l'aide à décrocher sa monture lorsqu'elle arrive à destination et elle me lance un dernier regard noir avant de quitter le quai.
La lumière décline lorsque nous arrivons à la petite gare de la Pauline.
Terminus, tout le monde descend ! Les vélos chargés sur la voiture, Tony met le contact et rejoint la route qui nous conduit à la maison.
Outch ! Ca fait tout drôle.

6 commentaires:

anne des ocreries a dit…

Je comprends que ça fasse drôle ! ça ficherait le bourdon, même ! Alors, les prochaines vacances, vous y pensez ????

piedssurterre a dit…

Ben à vrai dire, on pense surtout à la rentrée pour le moment, happés par notre vie quotidienne.
Mais il y a dans un coin de notre tête, ce premier voyage, très différent de nos habituelles vacances, et une envie commune de repartir sur d'autres chemins, toujours à vélo bien sûr, dès que l'occasion se présentera.
On cherche un autre rythme, pour partir plus loin, et plus longtemps.
Peut-être sur la mer, c'est le rêve de Tony, et il mûrit tranquillement.
Il repart début septembre à Marseillan, pour une semaine de stage de voile à l'ecole des Glénans. Il veut apprendre à naviguer, acheter un bateau... A suivre...

É. a dit…

Faut aussi voir l'effet sur nous d'un voyage plus long, quand le corps et l'esprit se mettent à se transformer de manière durable… Ah, la fureur joyeuse qui s'empare de l'être qui exulte de s'accomplir !

Anonyme a dit…

Bonjour Françoise,

Merci pour ces superbes photos et ce récit, cela me fait super plaisir et en plus je connais la fin de votre épopée... parfois, on croise des personnes tellement négatives qu'elles nous font aimer encore plus toutes celles que nous avons eu la chance de rencontrer...pour nous vous rencontrer à été un vraie moment de bonheur, alors MERCI et à bientôt j'espère.Bisous à vous 4
Nathalie et Jean-marie, les cyclistes de Marseillan...Vive le vélo

piedssurterre a dit…

Nathalie et Jean-Marie,
Quel plaisir de vous voir passer ici...
Pour nous aussi, vous rencontrer a été un moment de bonheur et nous ne vous oublierons pas.
On fait comme on a dit...
A bientôt donc
Plein de bises à tous les quatre

piedssurterre a dit…

É, oui, je pense qu'un long périple doit faire l'effet d'une tempête salutaire dans les crânes et changer aussi le potentiel des corps. Cette fureur joyeuse, je parviens à l'imaginer. La route est encore longue sans doute pour nous qui n'avons vécu qu'une courte expérience. Mais le sentiment de liberté qui nous a envahi a déjà un impact certain sur nos vies et guidera nos choix... C'est un premier pas, que nous avons franchi avec joie.