08 mai 2010

Mal du pays

Sortir, il faut sortir. Trop de temps passé devant l’écran. La crainte de voir le monde se réduire à la lucarne allumée sur cet ailleurs m’envahit depuis plusieurs jours. Je me suis peu à peu réfugiée dans mes ballades virtuelles. Plus de télé, plus de radio, pas de visite au marchand de journaux. Je suis enfermée depuis des semaines, Seules les ballades à vélo en famille rompent la rythme de cette vie quasi végétative. Il faut prendre sur toi et sortir. Les ruelles résonnent du flic floc de mes pas. On dirait un village fantôme. La pluie a chassé les passants, réfugiés derrière les volets toujours clos de leurs fenêtres minuscules. Je me suis souvent demandé comment on faisait pour vivre dans une maison sans lumière. Ici, on ne vit pas dans les maisons. On vit dans la rue, sur les places, dans les cafés. Je passe devant le terrain de pétanque creusé de flaques. Aujourd’hui il n’y a personne. Personne dans les bars, personne sur les places. Disparus les petits vieux qui papotent assis sur la fontaine. La vie est interrompue jusqu’au retour du beau temps. Dès les premiers rayons de soleil, ils pousseront leurs chaises sur le devant des maisons et la vie reprendra son cours. Leurs visages tannés et comme tatoués par la poussière de la terre sèche trimballées par le mistral me regarderont passer sans répondre à mon salut. Je pense à ma Bretagne, au vent humide et vivifiant secouant la lande verte et dense, aux heures passées sur la plage accompagnée par le mouvement de la mer. Je ne peux m’empêcher de comparer les ballades d'antan à celles que je fais ici, sur cette côte sans marées. La Méditerranée charroie plus de plastique et de vieilles chaussures que de bois flottés. La douceur du climat d'ici ne suffit plus désormais à combler ce vide, mon pays me manque et ses gens et son ciel un peu gris et ses brumes matinales sur les remparts et les vagues gigantesques arrosant le passage du Sillon et mes promenades au clair de lune sur la digue, et les cafés, les chants et les cris, les beuveries et les rires et mes amis laissés là-bas. Dans ce coin de Provence je ressens chaque jour l’absence de chaleur des hommes, comme si celle du dehors les avait à tout jamais condamnés à lézarder sans bouger, accrochés à leur coin de terre écrasé par le soleil. Hostiles à l’étranger, accueillant les nouveaux arrivants d’un regard inquisiteur et fermé. Les gens d'ici ressemblent étrangement aux constructions lourdes et ocres qui s’entassent autour de ce village qui n’en est plus un. 

4 commentaires:

É. a dit…

Oui, j'ai senti ça, un peu, en Provence. Surtout près de la mer. Enfin, ici, en Languedoc, plus on s'approche des inhospitalières Cévennes, plus les gens me semblent paradoxalement ouverts. Bizarre, uhm ?

shaton a dit…

C'est bientôt l'heure de déménager, retourner là-bas où l'océan gronde.
Oh, je n'ai pas de leçon à donner, j'ai refusé un bon boulot à Brest pour un chômage en Bourgogne...

anne des ocreries a dit…

Bin zut, j'avais laissé un com tout à l'heure, et comme une andouille j'ai dû cliquer sur autre chose que "publier" !
ça m'a toujours surpris, ça, que dans le Sud le climat soit plus doux que ses habitants...cordiaux en apparences, mais si t'es pas du coin de longue date, tu reste "l'étranger"...y a cette tendance là aussi en Berry, quoique pas chez tout le monde...encore que. Car, chez nous, une fois accepté, même si t'es pas du coin les portes s'ouvrent. Et les coeurs, surtout. Ici, faut gagner l'amitié des gens, c'est pas simple. Mais quand tu l'as, tu l'as !
Alors que dans le sud...tu sens une certaine jovialité, qui pourtant n'est que de façade, et ne passe pas forcément les limites du superficiel.......

manouche a dit…

ne condamnez pas trop vite l'élégance du superficiel protecteur léger de la liberté de l'autre....