07 mai 2010

Retour de marché

Je déambulais ce matin comme absente sur le marché, mue par une tentative de reprendre contact avec la vie de ce village que la pluie a anesthésié depuis plusieurs semaines. Les gens se promènent nonchalamment d’étal en étal, quelques uns sont attablés à la terrasse du bar de l’aviation, drôle de nom pour un bistrot où trône un gigantesque bouddha qui tourne le dos à la terrasse ensoleillée et émet ses rayons bienveillants dans la salle vide et sombre. Je me fonds à la foule des badauds du vendredi matin. Quelques visages croisés osent un regard direct mais la plupart des autres sont fuyants. Est-ce mon pantalon trop grand enfilé à la hâte ? Ou ma veste de chantier délavée et froissée?  Quelque chose a changé depuis la saison dernière. Je suis happée par le silence relatif de ce marché grouillant pourtant de monde. Je n'entends plus les appels aux chalands, comme si le coeur n'y était plus. Je m’arrête un instant devant les articles savamment déposés là par une dingue de mode italienne qui propose des fringues à un prix qui me paraît presque indécent. Dans sa boutique en plein air se bousculent les dames du village qui ont les moyens de s’offrir ces vêtements aux teintes de saison. Etrange collection de printemps. Les vêtements gris côtoient les noirs. Deux ou trois tuniques fleuries flottent au vent sur leurs cintres. Une dame d’âge mûr et très mince essaie un de ces bustiers rebrodés de dentelle qu’affectionnent tant les femmes d’ici. Découpes asymétriques, un pan par çi, un ruban par là, froufrous ce que je n’arriverai sans doute jamais à porter.  Ah ! la cliente a tiqué sur le prix, ça me rassure. J' entends la vendeuse un peu froissée expliquer d'un ton légèrement pincé que le prix est justifié par la qualité du machin. Son regard se pose sur mes vêtements et elle me toise, sa face plâtrée de fond de teint me dévisageant tout à coup, méprisante. En regardant l'effarante hauteur de ses chaussures dernier cri, je repense à la chanson de Thiéfaine " ...Dans x temps il se pourrait que mes semelles se déconnectent et que tu les prennes sur la gueule..... " et voilà que je heurte quelque chose et entends un « Faites attention Madame ! » Merde, j’ai trouvé le moyen de tamponner un fauteuil roulant. Ma main se pose sur le bras de la femme qui l’occupe et je prononce un « excusez-moi » souriant. Elle me rend mon sourire. Le premier de la journée. Je longe tranquillement les allées tracées par les enfilades de camions stationnés et de bâches tendues. Un jeune type est assis par terre sur un petit tapis et tient un panneau sur lequel je lis « J’ai faim, aidez moi s’il vous plait ». Je remarque qu’il s’est posé juste au coin de l’étal d’un charcutier et je me demande si l’odeur des saucissons et des pâtés n’est pas une bien cruelle épreuve pour lui. J’ai encore dans la main la monnaie du pain acheté deux minutes plus tôt et je la lui tends en m’excusant de ne pas pouvoir faire mieux. Ses yeux se lèvent vers les miens dans une expression de surprise absolue et je déduis que ce matin n’a pas dû être très généreux pour lui. Le marchand d’olives me fait goûter un délicieux mélange d’artichauts et de tomates confites qui réveille mes papilles engourdies de trop de clopes. Je lui fais remarquer que son mélange est délicieux mais que j’ai pas trop les moyens. Il me propose un prix d’ami. Il rit de ma déconvenue quand je vois qu’il ne me reste qu’un billet dans le porte-monnaie. Mais sans scrupules il charge la balance ce qui fait que je dépense ce dernier billet dans sa presque totalité sans même penser à râler parce qu'il est gentil et qu'il a un bien joli sourire. Et nous plaisantons quelques secondes sur la difficulté de la vie ces temps-ci. Je n’ai même plus de quoi acheter la bouteille de rosé qui irait super bien avec. Dommage. Je dépense mes derniers sous dans de belles tomates de pays qui s’avèreront juteuses et goûteuses. Je continue mon chemin jusqu’au regard bienveillant du marchand de pommes de terre qui me fait le kilo à moitié prix sans que j’aie rien demandé. Ma veste de pauvre sans doute. 

3 commentaires:

É. a dit…

:0)

anne des ocreries a dit…

Ouais.....je suis juste en train de me dire que y a des tas de mois que j'ai pas mis les pieds sur un marché, tiens.....

manouche a dit…

le marché ,oui,les magasins non .je m'habille à la frippe et me meuble au dépôt-vente,quelle joie de chiner en toute liberté,trouver la merveille en bon état ou à relooker et qui a tout un vécu....