19 avril 2010

Ecrire sans pâtir ?

Quand on aime beaucoup lire, il arrive parfois que l'envie d'écrire pointe le bout de son nez.
Et puis on se dit que ce talent là n'est pas à la portée de tous.
Alors on laisse le temps filer et on se dit que bon, c'est pas fait pour nous.
Et puis, un jour, par un hasard qui n'en n'est sans doute pas un, on se retrouve à publier des petits bouts de texte et on y prend goût.
Alors voilà, j'ai choisi de me replonger dans la peau de la gamine que j'ai été et de raconter des trucs.
Je vous livre donc les premières lignes d'un exercice qui m'a pris pas mal d'heures depuis quelques jours.
C'est très surprenant d'aller se pencher sur des choses vécues. Et d'en s'en servir. J'y ai retrouvé une certaine fraîcheur. Et étonnamment, une certaine gravité aussi. Mes souvenirs sont passés par le miroir déformant de ma vision d'adulte. Et je constate en écrivant que cette époque bénie de mon enfance sans drames porte une musique qui est celle qui m'accompagne encore aujourd'hui chaque jour. Je suis certainement encore cette petite gosse qui écrit. Et j'en suis toute étonnée. Mais contente aussi.
Je ne sais pas où ça me mènera. Mais le récit prend forme, vaille que vaille. Je laisse les mots couler sans pâtir, en essayant de suivre ce très généreux conseil de Gaétan Bouchard qui lui, a vraiment du talent.
Cet exercice est peut-être un rien impudique. 
Mais vous savez à présent que ce blog est un miroir et ce que vous y voyez est toujours moi, ma tête et compagnie.


Alors, avanti.





Le yaourt s'est écrasé sur le mur de la cuisine et dégouline sur la peinture. Ma soeur s'est arrêtée net de brailler. Personne ne moufte. Vaut mieux pas. Ce sera comme ça jusqu'à la prochaine engueulade. Maman fera encore son regard noir. Elle lui mettra peut-être une de ces gifles à lui faire faire trois tours dans ses godasses à la frangine.
Notre mère a pas l'air de se rendre compte que le pot en verre aurait pu atterrir sur la figure de B.
Moi je crois plutôt qu'elle a sacrément bien visé. Maman elle est forte à la carabine. Avant, quand on allait à la fête foraine, elle touchait toutes les cibles et ça énervait pas mal le forain qui tient le stand. On rapportait tout le temps des tas de bidules qui finissaient planqués dans le fond de l'armoire ou sous les lits. A part quelques créatures très moches qui restaient là posés sur les couvre-lits à fleurs à attendre qu'on rentre de l'école sans même leur accorder un regard, on les gardait pas vraiment les trophées de Maman. Elle a gagné plein de jeux de cartes, mais ils sont pas aussi beaux que le jeu de tarot de Papa. Moi j'aime pas jouer aux sept familles. Je trouve pas ça intéressant. Je préfère aller faire la piste aux étoiles sur le muret du jardin.
B, elle ferait mieux de venir jouer avec moi dehors que de se disputer tout le temps avec Maman. Je sais même pas pourquoi c'est encore parti en vrille aujourd'hui. Une histoire de coquetterie de B sans doute. Elle en a marre de porter les vieilleries de la grande. Qu'est-ce que je devrais dire, moi qui suis la quatrième et qui porte les vêtements trop petits des trois autres. Des fois j'ai un peu honte mais pas trop quand même. Quand elle a un peu de sous Maman m'achète des trucs, pas grand-chose, mais des trucs. J'aime bien quand elle m'achète des chaussures, je les abîme pas, parce que je les mets que pour l'école. Le reste du temps, je marche pieds nus. Sauf quand ils m'obligent à mettre mes bottes en caoutchouc. J'aime bien aussi mettre mes méduses pour aller chercher les lançons dans le sable avec Papa.
Des fois je me demande pourquoi elle est aussi chichi. Ce qu'elle peut être chichi ! Toujours en train de se mettre du vernis sur les ongles et puis d'essayer de faire friser ses cheveux raides. Elle est jolie pourtant. Sauf quand elle met ses bigoudis. Elle dit que les cheveux gonflés ça cache ses oreilles. Elle les attache la nuit avec du scotch, mais ça marche pas très bien alors elle voudrait que Papa et Maman les lui fassent recoller. Eux ils disent qu'ils ont pas les sous. Et ils essaient de la convaincre qu’on doit faire avec ce qu’on a, y compris les oreilles. Alors elle, ça la rend folle et elle crie qu'ils comprennent rien et que personne l'aime et c'est comme ça que ça finit avec des pots de yaourts qui s'écrabouillent sur les murs. Maman, elle aime pas quand B dit qu'elle veut pas être une plouc. Mes deux autres grandes soeurs, elles ont pas tout ça de problèmes avec les parents. La grande, c'est la chouchoute de Maman. Elle aide beaucoup à la maison, ça doit être pour ça. Quand elle sera grande, je suis sûre que ce sera une bonne cuisinière, elle aime faire à manger. Elle me parle plus depuis que j'ai joué avec ma souris blanche dans notre lit. Elle a peur des souris. Pour une fille qui vit à la campagne franchement, c'est trop nul. N'empêche qu'à cause d'elle l'année prochaine je vais me retrouver en pension. Tout ça parce qu'elle veut plus dormir avec moi. Je suis trop petite pour elle, ça la vexe. Et puis j'aime pas qu'elle me commande. Je comprends pas pourquoi on me laisse pas dormir avec mon autre soeur. Celle qui dit rien jamais. Elle se cache derrière ses lunettes de la sécurité sociale. Elle les aime pas ses lunettes, mais elle, elle a bien compris que pour acheter des jolies lunettes, Papa et Maman il ont pas les sous non plus. Alors elle la boucle. Elle est ronde et douce. Elle se marre tout le temps. Je préférerais dormir avec elle qu'avec la grande qui me prend pour un bébé.
J'aimais mieux avant quand on dormait toutes les quatre dans la grande chambre d'en bas. On se déshabillait sous les couvertures quand il faisait froid et on rigolait bien avec les bouteilles de limonade remplies d'eau bouillante. Sauf qu'un jour il parait que j'en ai cassé une et que ça a ébouillanté ma soeur qui dit jamais rien. C'est peut-être parce que je faisais trop de bêtises qu'ils m'ont mise dans une autre chambre avec la grande, pour qu'elle me surveille. Elle aime bien surveiller. Mais moi je crois surtout qu'elle aurait bien aimé avoir une chambre pour elle toute seule. C'est pour ça qu'elle fait sa chef et qu'elle m'embête tout le temps. Et que je suis obligée d'aller jouer dehors avec ma souris. J'ai demandé à dormir dans la baignoire avec un gros oreiller mais ils ont pas voulu. Ils m'ont regardé bizarre et ils ont ri. Ma grande soeur a sorti quelque chose du genre va falloir calmer cette gamine insupportable et maintenant c'est moi qui la supporte à côté de moi la nuit.
Elle est idiote. Moi à sa place, j'aurais dit laissez là dormir dans la baignoire. Mais il paraît que ça se peut pas, un enfant qui dort dans une baignoire. Parce que c'est pas confortable. Tu parles ! Tous les étés, on dort avec les cousins à quatre par lit deux aux pieds deux à la tête. Ça nous empêche pas de dormir. Moi, je crois que confortable c'est dormir toute seule dans une baignoire ou à quatre sympas qui rigolent dans un lit trop petit.
Mais bon. je me suis pas encore pris de pot de yaourt dans la figure à cause de ça. 

3 commentaires:

anne des ocreries a dit…

Ouah. Chapeau. Et merci......

gaétan a dit…

:-) Dormir dans une baignoire ça peut être amusant.

piedssurterre a dit…

@ Anne, Contente que ça te plaise. -)
@ Gaétan, à dix ans, on a peur de rien tu sais bien. Et tant que c'est pas une baignoire sabot. :-)

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