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04 avril 2016

Lu chez Eric McComber

Ce poème de Neruda a été publié par Mighty Mélissa LeBlanc dans les commentaires chez mon pote Mc Comber hier...

Voici l'arbre,
l'arbre de la tempête,
l'arbre du peuple.
Ses héros montent de la terre
comme les feuilles sortent de la sève,
et le vent étoile les feuillages,
foule bruyante,
jusqu'à ce que retombe en terre
la semence du pain.

Voici l'arbre,
l'arbre nourri de morts nus,
de morts flagellés, de morts déchirés,
de morts aux visages insupportables
empalés sur une lance,
pulvérisés par le bûcher,
décapités par la hache,
écartelés par le cheval,
crucifiés dans l'église.

Voici l'arbre,
l'arbre dont les racines sont vivantes,
il changea en salpêtre le sang des martyrs,
ses racines mangèrent du sang,
il fit sortir des larmes du sol :
il les fit monter par ses ramures,
il les répandit dans son architecture.
Elles furent des fleurs invisibles,
parfois des fleurs enterrées,
d'autrefois des fleurs qui firent briller leurs pétales
comme des planètes.

Et l'homme cueillit sur les branches
les corolles durcies,
il les donna, de main en main,
comme s'il s'agissait de magnolias ou de grenades
et aussitôt, elles ouvrirent la terre
et grandirent jusqu'aux étoiles.

Celui-ci est l'arbre des hommes libres.
L'arbre-terre, l'arbre-nuage.
L'arbre-pin, l'arbre-flèche.
L'arbre-poing, l'arbre-feu.
L'eau tumultueuse de notre époque nocturne le noie,
mais son mât balance
le cercle de sa puissance.

Quelquefois retombent
ses branches cassées par la colère,
et une cendre menaçante
recouvre son antique majesté :
c'est ainsi qu'il traversa d'autres époques,
c'est ainsi qu'il sortit de l'agonie,
jusqu'à ce qu'une main secrète,
quelques bras innombrables,
le peuple,
rassemble et garde les fragments,
cache les souches insensibles,
et ses lèvres étaient les feuilles
de l'arbre immense réparti,
disséminé de toutes parts,
cheminant avec ses racines.
Celui-ci est l'arbre,
l'arbre du peuple, de tous les peuples,
de la lutte et de la liberté.

Découvre sa chevelure de feu :
touche ses rayons renouvelés :
enfonce ta main dans les usines
où son fruit palpitant
chaque jour propage sa lumière.
Élève dans tes mains cette terre,
participe à cette splendeur,
prends ton pain et une pomme,
ton cœur et ton cheval,
et monte la garde à la frontière,
à la limite de son feuillage.

Défends l'extrémité de ses corolles,
partage les nuits hostiles,
veille sur le cycle de l'aurore,
respire les hauteurs étoilées,
en soutenant l'arbre,
l'arbre qui croît au milieu de la terre.


Pablo Neruda Chant Général - Les libérateurs

09 février 2011

Anniversaire

A vous tous qui passez ici, depuis un an.
Qui me lisez, fidèles, complices, amicaux, encourageants, attentifs, Merci



Ce
présent
lisse
comme une planche,
frais,
cette heure-ci,
ce jour
comme une coupe neuve
- du passé
pas une seule
toile d’araignée -,
nous touchons
des doigts
le présent,
nous en taillons
la mesure,
nous dirigeons
son flux,
il est vivant
et vif,
il n’a rien
d’un irrémédiable hier,
d’un passé perdu,
il est notre
créature,
il grandit
en ce
moment, le voici portant
du sable, le voici mangeant
dans notre main,
attrape-le,
qu’il ne nous glisse pas entre les doigts,
qu’il ne se perde pas en rêves
ni en mots
saisis-le,
tiens-le
et commande-lui
jusqu’à ce qu’il t’obéisse,
fais de lui un chemin,
une cloche,
une machine,
un baiser, un livre,
une caresse,
taille sa délicieuse
senteur de bois
et fais-t’en
une chaise,
tresse-lui
un dossier,
essaie-la,
ou alors
une échelle!
Oui,
une échelle,
monte
au présent,
un échelon
après l’autre,
les pieds
assurés sur le bois
du présent,
vers le haut,
vers le haut,
pas très haut,
assez
pour
réparer
les gouttières
du plafond,
pas très haut,
ne va pas au ciel,
atteins
les pommes,
pas les nuages,
ceux-là
laisse-les
passer dans le ciel, s’en aller
vers le passé.
Tu
es
ton présent,
ton fruit:
prends-le
sur ton arbre,
élève-le
sur ta
main,
il brille
comme une étoile,
touche-le,
mords dedans et marche
en sifflotant sur le chemin.

Pablo Neruda

Nouvelles odes élémentaires 
(Nuevas odas elementales, 1955) 
Traduction de Jean-Francis Reille

Manifeste

On m'a dit : "Fais des chansons comme-ci" On m'a dit : "Fais des chansons comme-ça" Mais que surtout ça ne pa...