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10 mars 2018

Bonheurs

Le premier regard par la fenêtre au matin
Le vieux livre retrouvé
Des visages enthousiastes
De la neige, le retour des saisons
Le journal
Le chien
La dialectique
Prendre une douche, nager
De la musique ancienne
Des chaussures confortables
Comprendre
De la musique nouvelle
Ecrire, planter
Voyager
Chanter
Etre amical.


Bertolt Brecht – Bonheurs (Vergnügungen, 1954)

28 novembre 2017

Poème pour un air tout neuf

Si les poètes étaient moins bêtes
Si les poètes étaient moins bêtes
Et s'ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s'occuper en paix
De leurs souffrances littéraires
Ils construiraient des maisons jaunes
Avec des grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure
Il y aurait de grands jets d'eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l'orphie au rara curule
Et de l'avoile au canisson
Il y aurait de l'air tout neuf
Parfumé de l'odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l'on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encor jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts
Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s'mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu'ils conservent jusqu'à la mort
Ravis d'avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s'ils étaient moins paresseux
On ne les oublierait qu'en deux.
Boris Vian

04 avril 2016

Baiser la vie

A toi qui veilles sur l’ombre de mes nuits, je dédie cet air qui me vient d’un très beau matin ou j’ai laissé courir mon âme dans les blés.
Insouciant, irradié par la magie de l’été.
Cœur de pierre, ciel ouvert, adolescent amoureux d’une sorcière aux seins blancs
Loin des fureurs, loin des errances de l’ennui.
Comme un aviateur dans un ascenseur qui s’envole vers l’infini.
Aie du cœur, aie du cœur, baise la vie
Fais la jouir à en pâlir d’envie jusqu’à que ce que la mort la surprenne dans ton lit ; noyé de désir, hurlant de plaisir,
Prise entre jour et nuit.
Oh, à toi qui meurs de trop aimer la vie, je dédie cet air venu d’un éternel chagrin ou le destin m’a condamné à errer, incertain sur les chemins de l’oubli.
Laisses le temps, impatient, tuer ta douleur et dis toi qu’il n’est pas de plus grand malheur que de laisser mourir le rire dans ton cœur.
A ta dernière peur, comme un déserteur, donnes ta vie à mort.
Et  dis toi qu'il n'est pas de plus grand malheur que de laisser mourir le rire dans ton coeur.

Jacques HIGELIN


Juste un poème

Les Colchiques

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s’empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne

Les enfants de l’école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l’harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières

Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l’automne


Guillaume Apollinaire
"Alcools", 1913

Lu chez Eric McComber

Ce poème de Neruda a été publié par Mighty Mélissa LeBlanc dans les commentaires chez mon pote Mc Comber hier...

Voici l'arbre,
l'arbre de la tempête,
l'arbre du peuple.
Ses héros montent de la terre
comme les feuilles sortent de la sève,
et le vent étoile les feuillages,
foule bruyante,
jusqu'à ce que retombe en terre
la semence du pain.

Voici l'arbre,
l'arbre nourri de morts nus,
de morts flagellés, de morts déchirés,
de morts aux visages insupportables
empalés sur une lance,
pulvérisés par le bûcher,
décapités par la hache,
écartelés par le cheval,
crucifiés dans l'église.

Voici l'arbre,
l'arbre dont les racines sont vivantes,
il changea en salpêtre le sang des martyrs,
ses racines mangèrent du sang,
il fit sortir des larmes du sol :
il les fit monter par ses ramures,
il les répandit dans son architecture.
Elles furent des fleurs invisibles,
parfois des fleurs enterrées,
d'autrefois des fleurs qui firent briller leurs pétales
comme des planètes.

Et l'homme cueillit sur les branches
les corolles durcies,
il les donna, de main en main,
comme s'il s'agissait de magnolias ou de grenades
et aussitôt, elles ouvrirent la terre
et grandirent jusqu'aux étoiles.

Celui-ci est l'arbre des hommes libres.
L'arbre-terre, l'arbre-nuage.
L'arbre-pin, l'arbre-flèche.
L'arbre-poing, l'arbre-feu.
L'eau tumultueuse de notre époque nocturne le noie,
mais son mât balance
le cercle de sa puissance.

Quelquefois retombent
ses branches cassées par la colère,
et une cendre menaçante
recouvre son antique majesté :
c'est ainsi qu'il traversa d'autres époques,
c'est ainsi qu'il sortit de l'agonie,
jusqu'à ce qu'une main secrète,
quelques bras innombrables,
le peuple,
rassemble et garde les fragments,
cache les souches insensibles,
et ses lèvres étaient les feuilles
de l'arbre immense réparti,
disséminé de toutes parts,
cheminant avec ses racines.
Celui-ci est l'arbre,
l'arbre du peuple, de tous les peuples,
de la lutte et de la liberté.

Découvre sa chevelure de feu :
touche ses rayons renouvelés :
enfonce ta main dans les usines
où son fruit palpitant
chaque jour propage sa lumière.
Élève dans tes mains cette terre,
participe à cette splendeur,
prends ton pain et une pomme,
ton cœur et ton cheval,
et monte la garde à la frontière,
à la limite de son feuillage.

Défends l'extrémité de ses corolles,
partage les nuits hostiles,
veille sur le cycle de l'aurore,
respire les hauteurs étoilées,
en soutenant l'arbre,
l'arbre qui croît au milieu de la terre.


Pablo Neruda Chant Général - Les libérateurs

10 juillet 2013

Juste quelques mots

ALICANTE

Une orange sur la table
Ta robe sur le tapis
Et toi dans mon lit
Doux présent du présent
Fraîcheur de la nuit
Chaleur de ma vie

Jacques Prévert
PAROLES

09 juin 2013

Largage dominical#49

LES COLCHIQUES


Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s’empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne

Les enfants de l’école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l’harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières

Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l’automne


Guillaume Apollinaire, Alcools- poèmes 1898-1913

29 avril 2013

Juste un poème

Il souffle un vent terrible. 
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine, 
Mais il y souffle un vent terrible,
Petit village de Quito, tu n’es pas pour moi. 
J’ai besoin de haine, et d’envie, c’est ma santé. 
Une grande ville, qu’il me faut. 
Une grande consommation d’envie.
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine, 
Mais il y souffle un vent terrible, 
Dans le trou il y a haine (toujours), effroi aussi et impuissance, 
Il y a impuissance et le vent en est dense, 
Fort comme sont les tourbillons. 
Casserait une aiguille d’acier, 
Et ce n’est qu’un vent, un vide. 
Malédiction sur toute la terre, sur toute la civilisation, sur tous les êtres à la surface de toutes les planètes, à cause de ce vide ! 
Il a dit, ce monsieur le critique, que je n’avais pas de haine. 
Ce vide, voilà ma réponse. 
Ah ! Comme on est mal dans ma peau ! 
J’ai besoin de pleurer sur le pain de luxe, de la domination, et de l’amour, sur le pain de gloire qui est dehors, 
J’ai besoin de regarder par le carreau de la fenêtre, 
Qui est vide comme moi, qui ne prend rien du tout. 
J’ai dit pleurer : non, c’est un forage à froid, qui fore, fore, inlassablement, 
Comme sur une solive de hêtre deux cents générations de vers qui se sont légué cet héritage : « Fore... Fore. » 
C’est à gauche, mais je ne dis pas que c’est le cœur. 
Je dis trou, je ne dis pas plus, c’est de la rage et je ne peux rien. 
J’ai sept ou huit sens. Un d’eux : celui du manque. 
Je le touche et le palpe comme on palpe du bois. 
Mais ce serait plutôt une grande forêt, de celles-là qu’on ne trouve plus en Europe depuis longtemps. 
Et c’est ma vie, ma vie par le vide. 
S’il disparaît, ce vide, je me cherche, je m’affole et c’est encore pis. 
Je me suis bâti sur une colonne absente. 
Qu’est-ce que le Christ aurait dit s’il avait été fait ainsi ? 
Il y a de ces maladies, si on les guérit, à l’homme il ne reste rien, 
Il meurt bientôt, il était trop tard. 
Une femme peut-elle se contenter de haine ? 
Alors aimez-moi, aimez-moi beaucoup et me le dites, 
M’écrivez, quelqu’une de vous.
 Mais qu’est-ce que c’est, ce petit être ? 
Je ne l’apercevrais pas longtemps. 
Ni deux cuisses ni un grand cœur ne peuvent remplir mon vide. 
Ni des yeux pleins d’Angleterre et de rêve comme on dit. 
Ni une voix chantante qui dirait complétude et chaleur.
Les frissons ont en moi du froid toujours prêt. 
Mon vide est un grand mangeur, grand broyeur, grand annihileur. 
Mon vide est ouate et silence. 
Silence qui arrête tout. 
Un silence d’étoiles. 
Quoique ce trou soit profond, il n’a aucune forme. 
Les mots ne le trouvent pas, 
Barbotent autour. 
J’ai toujours admiré que des gens qui se croient gens de révolution se sentissent frères. 
Ils parlaient l’un de l’autre avec émotion : coulaient comme un potage. 
Ce n’est pas de la haine, ça, mes amis, c’est de la gélatine. 
La haine est toujours dure, 
Frappe les autres, 
Mais racle ainsi son homme à l’intérieur continuellement. 
C’est l’envers de la haine. 
Et point de remède. 
Point de remède.

Henri Michaux - Je suis né troué- ESCUADOR -1929

30 septembre 2012

Chanson râpeuse

Cortège des semaines
les voix qui chantent faux
le jargon de nos peines
les amours mécanos

la jarre est dans l'eau morte
les espoirs verrouillés
les secrets sans escortes
et les corps lézardés

sept jours comme des flûtes
les balcons qui colportent
le front las qui se bute
au seuil muet des portes

sur une grande artère
s'en vont les mains fanées
le soupir des années
et l'orgue de misère...

Gaston Miron
L'homme rapaillé

12 septembre 2012

La Terre - Hymne


Elle est la terre, elle est la plaine, elle est le champ.
Elle est chère à tous ceux qui sèment en marchant ;
Elle offre un lit de mousse au pâtre ;
Frileuse, elle se chauffe au soleil éternel,
Rit, et fait cercle avec les planètes du ciel
Comme des soeurs autour de l'âtre.

Elle aime le rayon propice aux blés mouvants,
Et l'assainissement formidable des vents,
Et les souffles, qui sont des lyres,
Et l'éclair, front vivant qui, lorsqu'il brille et fuit,
Tout ensemble épouvante et rassure la nuit
A force d'effrayants sourires.

Gloire à la terre ! Gloire à l'aube où Dieu paraît !
Au fourmillement d'yeux ouverts dans la forêt,
Aux fleurs, aux nids que le jour dore !
Gloire au blanchissement nocturne des sommets !
Gloire au ciel bleu qui peut, sans s'épuiser jamais,
Faire des dépenses d'aurore !

La terre aime ce ciel tranquille, égal pour tous,
Dont la sérénité ne dépend pas de nous,
Et qui mêle à nos vils désastres,
A nos deuils, aux éclats de rires effrontés,
A nos méchancetés, à nos rapidités,
La douceur profonde des astres.

La terre est calme auprès de l'océan grondeur ;
La terre est belle ; elle a la divine pudeur
De se cacher sous les feuillages ;
Le printemps son amant vient en mai la baiser ;
Elle envoie au tonnerre altier pour l'apaiser
La fumée humble des villages.

Ne frappe pas, tonnerre. Ils sont petits, ceux-ci.
La terre est bonne ; elle est grave et sévère aussi ;
Les roses sont pures comme elle ;
Quiconque pense, espère et travaille lui plaît ;
Et l'innocence offerte à tout homme est son lait,
Et la justice est sa mamelle.

La terre cache l'or et montre les moissons ;
Elle met dans le flanc des fuyantes saisons
Le germe des saisons prochaines,
Dans l'azur les oiseaux qui chuchotent : aimons !
Et les sources au fond de l'ombre, et sur les monts
L'immense tremblement des chênes.

L'harmonie est son oeuvre auguste sous les cieux ;
Elle ordonne aux roseaux de saluer, joyeux
Et satisfaits, l'arbre superbe ;
Car l'équilibre, c'est le bas aimant le haut ;
Pour que le cèdre altier soit dans son droit, il faut
Le consentement du brin d'herbe.

Elle égalise tout dans la fosse ; et confond
Avec les bouviers morts la poussière que font
Les Césars et les Alexandres ;
Elle envoie au ciel l'âme et garde l'animal ;
Elle ignore, en son vaste effacement du mal,
La différence de deux cendres.

Elle paie à chacun sa dette, au jour la nuit,
A la nuit le jour, l'herbe aux rocs, aux fleurs le fruit ;
Elle nourrit ce qu'elle crée,
Et l'arbre est confiant quand l'homme est incertain ;
O confrontation qui fait honte au destin,
O grande nature sacrée !

Elle fut le berceau d'Adam et de Japhet,
Et puis elle est leur tombe ; et c'est elle qui fait
Dans Tyr qu'aujourd'hui l'on ignore,
Dans Sparte et Rome en deuil, dans Memphis abattu,
Dans tous les lieux où l'homme a parlé, puis s'est tu,
Chanter la cigale sonore.

Pourquoi ? Pour consoler les sépulcres dormants.
Pourquoi ? Parce qu'il faut faire aux écroulements
Succéder les apothéoses,
Aux voix qui disent Non les voix qui disent Oui,
Aux disparitions de l'homme évanoui
Le chant mystérieux des choses.

La terre a pour amis les moissonneurs ; le soir,
Elle voudrait chasser du vaste horizon noir
L'âpre essaim des corbeaux voraces,
A l'heure où le boeuf las dit : Rentrons maintenant ;
Quand les bruns laboureurs s'en reviennent traînant
Les socs pareils à des cuirasses.

Elle enfante sans fin les fleurs qui durent peu ;
Les fleurs ne font jamais de reproches à Dieu ;
Des chastes lys, des vignes mûres,
Des myrtes frissonnant au vent, jamais un cri
Ne monte vers le ciel vénérable, attendri
Par l'innocence des murmures.

Elle ouvre un livre obscur sous les rameaux épais ;
Elle fait son possible, et prodigue la paix
Au rocher, à l'arbre, à la plante,
Pour nous éclairer, nous, fils de Cham et d'Hermès,
Qui sommes condamnés à ne lire jamais
Qu'à de la lumière tremblante.

Son but, c'est la naissance et ce n'est pas la mort ;
C'est la bouche qui parle et non la dent qui mord ;
Quand la guerre infâme se rue
Creusant dans l'homme un vil sillon de sang baigné,
Farouche, elle détourne un regard indigné
De cette sinistre charrue.

Meurtrie, elle demande aux hommes : A quoi sert
Le ravage ? Quel fruit produira le désert ?
Pourquoi tuer la plaine verte ?
Elle ne trouve pas utiles les méchants,
Et pleure la beauté virginale des champs
Déshonorés en pure perte.

La terre fut jadis Cérès, Alma Cérès,
Mère aux yeux bleus des blés, des prés et des forêts ;
Et je l'entends qui dit encore :
Fils, je suis Démèter, la déesse des dieux ;
Et vous me bâtirez un temple radieux
Sur la colline Callichore.


Victor Hugo
Paris. - 12 août 1873.

15 août 2012

Rythmes

"Les nuages frôlent
Falaises et crêtes
Courtisent les vallées
Tracent sur plan d’azur
De brèves et blanches écritures
Détissées par le temps

Face aux montagnes
Qui surplombent nos saisons passagères
Nous sommes ces nuages
Entre gouffres et sommet. »



Andrée Chedid, Rythmes,
Gallimard, Collection blanche, 2003

11 juillet 2012

Juste un poème

Je suis comme je suis



Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime à chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé
Oui j'ai aimé quelqu'un
Oui quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer ...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer.
Jacques Prévert (1900-1977)

01 juin 2012

Envol


Venez jusqu’au bord.
Nous ne pouvons pas, nous avons peur.
Venez jusqu’au bord.
Nous ne pouvons pas, nous allons tomber.
Venez jusqu’au bord.
Et ils y sont allés.
Et il les a poussés.
Et ils se sont envolés.
(Guillaume Apollinaire)

13 mai 2012

Vian rien que pour moi

Mon coeur s'est pris à tes épaules
Mon coeur s'est pris à tes yeux gris
Le soleil s'est éteint
Et la neige est tombée
J'ai eu froid sans mon coeur
Rends-le moi
Mon coeur tremblait dans tes mains calmes
Mon coeur tremblait contre le tien

Les oiseaux se sont tus
Et les fleurs ont pâli
J'ai si froid sans mon coeur, rends-le moi
Ne le mets pas dans une cage
Il va mourir comme l'amour
Laisse-moi courir les rues
Laisse-moi vivre au fil des jours

J'ai mis le bonheur à la porte
Et j'ai brisé tous ses anneaux
J'ai laissé les baisers
J'ai cassé les serments
Et j'enferme mon coeur avec moi
Demain, demain je serai seul
Dans le silence de ma vie
Me prendra le hasard
M'aimera qui voudra
Mais j'enferme mon coeur avec moi

Je serai libre dans ma cage
Je serai libre avec mon coeur
Et j'irai courir les rues
Les rues de rêve
Où vont mes amours

Boris VIAN

01 mai 2012

de velours et de soie

Les fleurs sauvages
Les océans du monde
Les îles blondes
M'avaient toujours tenté

Finis les grands voyages
Finis les ciels oranges
Tous les frissons étranges
Tu me les as donnés

De velours et de soie
Comme ta chair parfumée
De lumière et de velours
Comme tes yeux

De rose et de lumière
Comme le goût de ta bouche
De sang et de rose fraîche
Comme tes joues

De feu, d'or et de sang
Comme un baiser que tu me donnes
D'argent de feu et d'or
Comme ton corps qui s'abandonne

De soleil et d'argent
Tes cheveux dans le vent mauve
De plaisir et de soleil
Comme une nuit dans tes bras



Boris Vian

15 avril 2012

Largage dominical#36

Pour toi Annick, ma si belle amie, ma soeur de coeur.
Que ce poème t'accompagne...
Mo sera toujours avec toi, il est là, son coeur bat désormais dans le tien.

Prenez du soleil
Dans le creux des mains,
Un peu de soleil
Et partez au loin !
Partez dans le vent,
Suivez votre rêve;
Partez à l'instant,
la jeunesse est brève
Il est des chemins
Inconnus des hommes,
Il est des chemins
Si aériens !
Ne regrettez pas
Ce que vous quittez.
Regardez, là-bas,
L'horizon briller.
Loin, toujours plus loin,
Partez en chantant !
Le monde appartient
A ceux qui n'ont rien.

Maurice Carême


05 avril 2012

Liberté


Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom


Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom


Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom


Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom


Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom


Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom


Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom


Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom


Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom


Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom


Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places q
ui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunies
J'écris ton nom


Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom


Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom


Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom


Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom


Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom


Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom


Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom


Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom


Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer


Liberté.

Paul Eluard, 1942 ( version intégrale)

03 avril 2012

Les pas

Qui des deux a marché vers l'autre
J'ai longtemps cru que c'était toi
Mais la descente est une côte
Selon le côté que l'on voit

Disons que je montais la pente
Disons que tu la descendais
Mais qu'elle soit rapide ou lente
L'heure venue, je t'attendais
Et désormais quoi qu'il advienne
Où que tu ailles, d'où que je vienne
 
Je n'ai qu'à suivre mes pas
Toujours le même phénomène
Mes pas vers toi me ramènent
Toujours les tiens viennent vers moi
On peut les prendre par tous les bouts
Tous les chemins mènent à nous

Qui des deux a marché vers l'autre
Chacun de nous moitié moitié
Par les persiennes de mes côtes
Mon coeur tout là-bas te voyait

Te voyait venir sur la route
Et même quand tombaient les nuits
Il entendait, écoute, écoute
Il t'entendait marcher vers lui
Et désormais quoi qu'il advienne
Liés par d'invisibles chaînes

Je n'ai qu'à suivre mes pas
Et toi les tiens n'importe où
On peut les prendre par tous les bouts
Tous les chemins mènent à nous


Claude Nougaro

Manifeste

On m'a dit : "Fais des chansons comme-ci" On m'a dit : "Fais des chansons comme-ça" Mais que surtout ça ne pa...