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16 février 2011

Spleen

Partir pour un grand et paisible voyage, tout quitter, renaître, effacer les chagrins, panser les plaies de mes enfants, passagers eux aussi du radeau qui traverse l’orage, ballotés comme moi, silencieux et rêveurs. Lucides et confiants, ils savent que le sourire léger accroché à mes lèvres est pour eux, chaque jour. Ils l’appellent mon sourire caché et le chérissent sans le comprendre. Leurs rires ne résonnent plus de la légèreté de l’enfance. Ils s’en sont éloignés imperceptiblement, si tôt, trop tôt. Ils portent le fardeau de leur frêle impuissance face au poids de nos choix, si lourds de conséquences, nos choix qui les arrachent à leur douce existence. Ils apprennent le manque, et l’absence. Souvent leurs yeux me disent leur tristesse. Derrière leurs cils soyeux, leurs rêves sont secrets. Je rêve moi aussi de ces couleurs nouvelles que le ciel déchargé de la pluie de leur chagrin sans larmes apportera peut-être demain sous un nouveau soleil.

28 décembre 2010

Fêlure

La blessure est légère. 
Une perle de sang coule de la petite faille. 
Une goutte, une seule. 
Une larme écarlate, presque sèche déjà.


29 mars 2010

Automate trouble

Marre de la vie qui passe sans rien donner de nouveau que l’attente et le doute. Chaque jour embourbée un peu plus la longue litanie des heures creuse mon front déjà ridé des nuits blanches à penser à demain pour faire quoi du téléphone qui ne sonne pas du type qui répond pas ou qui fait semblant pour pas faire de vagues.
Quand je serai vieille apaisée rien ne pourra plus m’atteindre ni les monstres menteurs ni les fêlés impulsifs rien ne changera demain ou pas sans lever le petit doigt sans s’inquiéter plus que ça de tout ce que je ne dis pas pasteurisée moulinée bancale ça sert à rien de se presser le citron de toute façon il ne se passera rien de plus trouble qu’hier.

19 février 2010

Décevante étrangère

Je suis arrivée comme en terre étrangère, sans prévenir personne, ni parents, ni amis. J’ai loué une voiture à la gare. La route est à peine plus large qu'il y a trente ans. Elle traverse à présent de nouveaux villages - Allées des peupliers, Impasse des Chênes verts - toujours aussi droite, et plus triste qu'avant. Je ne sais pas si c'est la pluie où la désagréable odeur de plastique de cette voiture trop neuve et trop propre qui me met dans cet état un peu bizarre. Gîtes d'étape, fermes équestres, plus de tracteurs dans les champs, pelés pour la plupart, dès que je me rapproche de la nouvelle agglomération . Je regarde, ahurie, les petites usines, les hangars, les supermarchés. Un peu inquiète, je prends la route dite du Verger. Le café du bon coin est toujours là, presque le même. Sourire, enfin ! je suis presque arrivée... Je passe devant la maison construite quand j’avais douze ans. On m’avait alors fait monter tout en haut de la charpente, pour accrocher le bouquet de fleurs destiné à porter bonheur à la nouvelle construction. Je n’avais pas le vertige à cette époque. Je n'aimais pas cette maison, et je ne suis pas venue pour elle.
Je me souviens de cette route, quand j'y roulais le plus vite possible, sur ma mobylette fuschia, mes cheveux fins au vent, si fière de pouvoir enfin semer mon jeune frère à vélo.
Au bout du chemin qui mène à la ferme, les pavillons ont remplacé les vergers et les champs. J’avance dans la cour, un chien aboie. Je lis sur un panneau «Chambres tout confort». Plus de jardin, ni de poulailler, les étroits murets de pierre sur lesquels je marchais telle une funambule ont été remplacés par une solide clôture grillagée. Je cherche autour de moi quelque chose qui pourrait m’être encore familier. Ce n’est plus une ferme depuis longtemps. Seule la disposition de la bâtisse n’a pas changé. L’emplacement du cellier et la porte de la cuisine, la porte de l’étable et, en enfilade, la grange réaménagée en gîte à louer à la semaine. Je jette un regard sur le côté, le champ où mon père cultivait des iris a été loti. Je regarde les maisons. Blanches pour la plupart, avec des pelouses bien tondues et quelques fleurs. Je regarde au-delà de la barrière, à l’entrée du petit chemin qui menait au ruisseau. Les talus ont disparu, et les haies, et les arbres. Tout est désespérément plat, comme dans l'attente d'une future Allée des Pommiers.
Incapable d’avancer et de demander si je peux entrer - que dirais-je ? je regagne la voiture. J’ai un peu mal au cœur. Je monte le son et je démarre, vitre ouverte, sans regarder derrière moi. Comme toujours.

15 février 2010

Antoine

C’était il y a longtemps. Je ne pensais pas qu’un jour je pourrais l’écrire. Je ne sais pas non plus pourquoi c’est maintenant et ici. Il faut sans doute ouvrir la boîte de Pandore. Et ne plus la refermer.
C’est arrivé comme ça. Je n’ai pas entendu mon corps. Mon corps qui niait tout. Au bout de quatre mois, je crois, j’ai su. Je l’ai enfoui au plus profond de moi et n’ai rien dit, mince, rieuse, folle sans doute. Seule, longtemps. Trop longtemps. Mon ventre s’est arrondi d’un coup, comme s’il se remplissait de sept mois de silence. Tout est allé si vite.Sa naissance m’a comme ramenée à la vie. Trois mois de douceur avec cet ange, si calme, trop calme peut-être, je ne sais pas. Jusqu’au matin où je l’ai trouvé inerte. Je n’ai pas crié, je ne crois pas. Je me souviens de mes enfants, de leurs petites mains dans les miennes, suivant le corbillard dans un cimetière où je ne saurais pas retourner. Je me souviens des fleurs sur le cercueil blanc. Je me souviens des visages de mes amis ce jour-là. Après j’ai bu jusqu’à tomber, jusqu’à hurler. Plus de dates, plus de lieux, et pas d’anniversaires. Juste quelques photos, et ses chaussons à franges, qui lui faisaient des pieds d’indien.

Manifeste

On m'a dit : "Fais des chansons comme-ci" On m'a dit : "Fais des chansons comme-ça" Mais que surtout ça ne pa...