Affichage des articles dont le libellé est rencontres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rencontres. Afficher tous les articles

04 avril 2016

Juste une petite phrase


"Vouez à l'oubli vos tristes souvenirs, et gardez seules vos belles mémoires présentes."
Xavier de Montépin, 1859








08 mars 2013

Lili et Marian Adreani

Il l'a croisée à la Japan Expo de Marseille. Il lui a demandé de poser pour lui.
Elle, c'est ma Lili, qui portait ce jour là pour la première fois le cosplay d'Amir, l'héroïne de Brides Stories, un très beau manga dont l'histoire se déroule dans un village d'Asie Centrale.
Lui, c'est Marian Adreani, jeune photographe né en Roumanie en 1989, qui vit et travaille entre Marseille et Paris.  
Il lui a envoyé la photo qu'il a gardée de cette séance de pose.
Incroyablement belle.
Cadeau pour vos yeux.
Pour découvrir Marian et son travail, c'est par ici.

14 mai 2012

La lettre

Il est cinq heures du matin.
Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour écrire cette lettre.
Cette nuit, le temps a peu d'importance. 
Par chance, je ne travaille qu'à midi aujourd'hui, et le calme qui reviendra quand je t'aurai écrit ce que j'ai à t'écrire, effacera les traces de ce dimanche affreux que j'effacerai de ma mémoire, comme j'ai effacé les douleurs anciennes, renaissant de mes cendres, quand il le faut, pour garder en moi la joie d'exister et d'être libre.
Ce qui est difficile, c'est de devoir renoncer au bonheur entrevu...
Les images défilent dans ma tête à toute vitesse, ton sourire, ravageur, tes yeux, tes gestes, la douceur des moments de silence entre nous, si légers,et pourtant si profonds, la douceur des moments de complicité,la joie enfantine d'être ensemble,  ta peau douce, la douceur des mains de ta maman... Tout ce que nous avons vécu ensemble pendant quelques jours, tout ce qui avait ouvert en moi la perspective d'un bonheur simple et sans nuages et que j'ai perdu, en quelques heures, en prenant brutalement conscience de ta cruauté et en entrevoyant cette souffrance que tu me réservais.
Je m'aperçois que tu ne m'as jamais appelée par mon prénom, parce que tu appeles toutes les femmes "ma belle". 
Au moment où je t'écris, je sais déjà que tu as dit sans doute à M qu'elle était celle que tu attendais depuis longtemps, comme  tu as du le dire déjà à tant de femmes avant de me le dire à moi. Le plus étrange, c'est qu'il n'y a plus de jalousie en moi, aucune. Simplement une prise de conscience aigue de ton incapacité à m'aimer, et peut-être, à aimer tout court.
Le plus terrible est que, sans doute aussi, tu vas m'écrire que j'ai choisi pour toi, essayant inconsciemment peut-être d'ajouter de la culpabilité à ma tristesse. Tu as déjà commencé hier en me disant que je faisais la connerie de ma vie en te demandant de partir pour ne plus revenir.
Je crois au contraire que j'ai fait ce que je devais faire, pour moi, pour mes enfants, pour me tenir éloignée de la perversité avec laquelle tu sais te faire aimer... sans aimer en retour.
C'est très étrange ce que je ressens, comme un grand soulagement d'avoir eu la force de te résister, et une tristesse immense. Peut-être a t-il suffi pour que je comprenne rétrospectivement qui tu étais, que tu me parles de ce petit lien que je porte au poignet et que tu avais le fantasme de couper, par pur panache. Le panache ! La provocation, le culte de la différence, comme tout cela est en toi ! la faculté de ne jamais rien faire comme tout le monde. Comme c'est facile de se définir comme un électron libre de cette façon là !
La perversité selon Machiavel, c'est tout un programme....politique. J'ai parfaitement intégré ta notion de la perversité, rassure toi. Ce qui est profondément troublant avec toi, c'est que Narcisse élève des orchidées...
L'ombre qui a recouvert mon coeur hier est malgré tout une ombre douce, c'est le souvenir de cet espoir fou d'avoir rencontré un homme que je pouvais aimer définitivement, que j'aimais déjà si fort et avec tant de sincérité, dont la subtilité et l'amour du beau avaient touché mon âme. Ce que j'ai entrevu de toi, c'est la lumière, la lumière de l'amour partagé, profond, qui aurait pu grandir si ta folie était aussi douce que la mienne.  Mais ta folie n'est pas douce. Tu es un homme dangereux autant que délicieux.
Oui, tu es un homme délicieux, un homme de goût Olivier. et jamais je ne renierai ce que je t'ai écrit à propos de ta maison, de tes rituels, de la perfection avec laquelle tu te construis un univers personnel, jour après jour dans ta maison, avec sur tes murs, les représentations de ton éternel fantasme, LA FEMME . Cette femme n'existe pas. Elle n'est pas vivante, elle n'est pas faite de chair et de sang. La femme dont tu rêves n'existe que dans ta tête. Elle est toutes les femmes que tu rencontres, que tu séduis, que tu fais craquer en invoquant ta fragilité, et que peut-être tu détruis un peu.  
Pauvres femmes ! Si naïves, si facilement manipulables ! Je voudrais bien que tu me fasses disparaitre de ta page FB. Je n'irai pas voir, je suppose d'ailleurs que tu as du me bloquer, ça ne m'étonnerait pas de toi.  Rassure toi, je ne t'enverrai rien, plus jamais. Je t'ai retiré de la liste de mes amis, car tu n'es pas mon ami, tu étais mon amour, mon amant, ma joie, mon espoir. J'efface les traces de cet espoir, car il est mort hier.
Il y a à présent dans ta maison deux souvenirs d'une femme, une orchidée et un dessin. Vanda a trouvé sa place, dans la lumière, et je sais que tu trouveras une place de choix pour le petit squelette et sa douce auréole... 
Je te souhaite de tout mon coeur, sans aucune rancune, de mettre un terme à ton errance affective. J'espère aussi un jour rencontrer celui qui m'aimera vraiment, telle que je suis.
Parce que je suis un être conscient, je suis consciente de tes failles, des traces laissées par les tourments et les souffrances passées. A aucun moment je ne suis dupe de la délectation presque inconsciente et un peu malsaine que tu as du ressentir hier à me faire si mal ! Laisser ce message d'une autre femme séduite par toi sur mon ordinateur est une des choses les plus cruelles qu'un homme m'aie faites ! De la perversité pure, ou de la lâcheté ? Je ne le sais pas, et je ne le saurai sans doute jamais vraiment, tes arguments d'hier n'étaient guère convaincants pour mon esprit rebelle à la facilité.
Le jour se lève. Mon premier jour sans toi, depuis des semaines ....
Je vais devoir attaquer cette journée en donnant le change à mes enfants. Nino m'a demandé hier soir quand il pourrait te voir. Je suppose que Lili lui a dit à quel point tu étais sympa. Elle a, elle aussi, en te croisant samedi, ressenti le naturel désarmant avec lequel tu as pris ta place dans la vie de sa maman et elle a communiqué à son frère jumeau l'envie de te connaître. C'est terrible.... C'est ça sans doute le plus terrible pour moi ce matin. 
Leur cacher que la belle histoire est finie, à ces deux soleils qui ont tant envie de voir leur maman heureuse ! Je leur ai dit que nous n'avions pas prévu de nous revoir avant un mois.  
D'ici là, je trouverai bien un moyen de les amener petit à petit à comprendre qu'ils ne te reverront pas. Je trouverai les mots, et sans doute la douleur s'atténuera, cela me permettra d'aborder le sujet avec moins d'émotion, les larmes ne sont jamais loin quand je pense à toi. 
Mais je sais que ça ne durera pas.
Un nouveau jour commence, sans toi, mais la sérénité est là, qui pointe son nez en même que je jour qui se lève.
Je t'embrasse.
Françoise

26 janvier 2012

Le Prince de la Place Carami#3

"Dans le véritable amour, c'est l'âme qui enveloppe les corps"
Friedrich Nietszche.

Le prince a 49 ans aujourd'hui.
Ce matin, en réponse à mon message de joyeux anniversaire, il m'a écrit qu'il m'aimait de tout son corps.
Et j'ai trouvé ça très joli.


23 décembre 2011

Brève de Noël

- " Ca y est j'ai trouvé  ton cadeau de Noël ! "
- " Mais mon cadeau de Noël, c'est toi ! "

Mmmmmmmm.....

15 octobre 2011

Neuf mois

Neuf mois, c'est le temps qu'il m'a fallu pour te rencontrer, t'aimer et te laisser partir. La belle histoire est terminée, mais aussi étrange que cela puisse paraître, c'est vers une renaissance que la fin de l'histoire nous conduit tous les deux. La tienne, parce que tu as souhaité continuer à cheminer sans moi, la mienne, parce que c'est ainsi que je voulais t'aimer: sans jamais te posséder. Les souvenirs sont là, ancrés dans notre chair, enfouis dans nos deux coeurs, lumineux et heureux. Ensemble, nous avons touché du doigt les étoiles. Chacun reprend sa route, la force et la beauté de ces instants précieux que nous avons vécus sont désormais en nous. Ils sont notre secret, le lien qui nous unit. Parce que nous savons que préserver en nous l'éclat de ces quelques mois que nous avons vécus exige désormais d'accepter de passer à autre chose.
On grandit tellement quand on apprend à donner le meilleur de soi même et rien d'autre. 
D'autres amours sans doute nous attendent. Leur saveur sera autre.
Je sais qu'il me sera impossible d'oublier avant longtemps mes doigts effleurant ta peau si douce, l'odeur de mon parfum se mêlant à la tienne, nos rires et nos élans, les petits matins clairs, si clairs quand le soleil aveuglait presque nos yeux troublés et étonnés d'avoir si bien dormi.Sans doute aurai je encore un peu le coeur serré quand l'aube me surprendra, tendant la main sans sentir ton épaule dans mon lit déserté par ton corps si tentant.
Alors que la nuit tombe sur la mer, là bas, dans ta maison, je sais que tu renais, toi aussi.

05 septembre 2011

Une Île


















































































































Ma maison désertée pendant ces quelques jours a gardé l’odeur de l’encens que j’y ai fait brûler avant de la quitter. Je reprends contact avec ma vie en défaisant nos sacs. Je regarde dehors la pluie tomber et j’imagine la même fenêtre, celle de cette maison que j'aime, ouverte sur la mer, sur les bateaux dansant dans le vent de là bas. Dans quelques jours, il ne restera presque rien de cette escapade, quelques photos, quelques souvenirs revenant au cœur d’une conversation. Peu à peu nos corps perdront les belles couleurs que leur a donnés cette semaine marine. Un pincement léger au cœur me rappelle à la douceur de cette île si jolie. Cette île où je m’imagine désormais en hiver, passagère d’une chambre donnant sur la mer, le vent faisant claquer les volets. Je rêve soudain de m’offrir ce luxe inouï: Passer un mois entier à Porquerolles, avec pour seuls bagages mon ordinateur, mon appareil photo, un cahier et des stylos.
Une image me revient sans cesse. Celle de Claudine, cette femme rencontrée là bas.
Cette femme au doux visage fatigué, revenue sur son île après vingt ans d’absence.
Elle a su si bien m'expliquer en quelques mots la vraie vie sur son île, me raconter la douceur de l’hiver après la dureté du labeur estival de ceux qui se battent pour y rester. Comme beaucoup d'îliens, elle lutte chaque jour pour subsister en composant avec la mafia du fric créée par ceux qui ont les moyens de s’offrir les maisons et les appartements reloués l’été à prix d’or aux touristes, à ceux qui, comme moi, viennent s’imprégner pendant quelques heures ou quelques jours de la magie de ce petit paradis sauvage et beau, où le mètre carré atteint des prix m'interdisant tout rêve de m'y installer.
Je songe à y revenir, seule cette fois ci, à m’enfermer, à écrire.
Car s’il est une chose que cette petite île magnifique a réveillé en moi, c’est  l'envie d’écrire.
Mais en attendant, retour à la routine.
La course dès le matin jusqu’à la fin du jour.
Les nuits sans sommeil passées à se demander pourquoi c’est si difficile parfois.
Les lendemains pleins d’espoir.
Et ainsi de suite.
La vie, la vraie vie, la mienne.
Celle où on se dit chaque jour que, forcément, demain sera meilleur.
Et l’attente, la stimulante attente du retour en solitaire sur le joli caillou, bientôt, peut-être.
  

15 août 2011

Nouveau matin

Je regarde ce matin dans le miroir mes yeux à nouveau si clairs, et ces rides, mes rides que je me surprends à aimer et qui tracent sur mon visage les sillons de mon sourire enfin retrouvé. 
Et ce que je vois dans ce miroir, c’est toi.
Toi qui aimes tant le matin.

21 juin 2011

Cinq mois

Elles me sont divines, ces échappées vers vous que j’attends chaque fois comme j’attends l’aurore, lors des nuits sans sommeil, sous la lune dorée. Elles ont effacé le gris de mes chagrins et changé pour longtemps la couleur de mon ciel. Elles éclairent mes jours de la lueur aimée que je lis dans vos yeux et que je garde en moi quand je quitte à regret vos bras pour reprendre ma route. Leur saveur est intacte dans mon souvenir quand les jours loin de vous s‘écoulent doucement. Qu’importe l’avenir, qu’importent les serments quand compte tant l’instant où je marche vers vous, cœur battant, pour retrouver l’envie de prononcer ce mot que me souffle mon coeur : encore.

17 mai 2011

Jeannot

Jeannot a le dos rond des vieux qui n’ont plus d’âge. Il arrive toujours en plein service et se plante au milieu de la terrasse comble, comme un enfant perdu, en cherchant un regard. Lorsque nous l’accueillons par un «  Salut Jeannot ! » il répond immanquablement par un « Salut Coco ! » qui s’adresse aussi bien aux serveuses qu’au patron. Son chapeau à la main, il s’assied et commande : « une crème brulée pas brûlée et un verre de rouge ». Il pose son chapeau, et ses petits yeux chassieux nous suivent entre les tables. Quand, parfois, le regard un peu flou, il quitte sa réserve et bredouille : « Vous êtes la plus jolie fleur du jardin », à celle qui lui apporte son verre et sa crème, c’est qu’il a un peu bu.  Certains jours, il boit  jusqu’à ce que ses mains n’agrippent plus son verre. Il se tâche et marmonne, et les autres le fuient, mal à l’aise et honteux, détournant le regard de cet homme avachi, perdu dans ses pensées, cherchant dans sa mémoire les souvenirs heureux que personne n’écoute. Au moment de payer, serré dans son pull bleu tricoté à la main, il  fouille et cherche au fond de son porte-monnaie toujours vide cet argent qu'il n'a plus.

Mais, lorsque le matin, je le croise, encore sobre, ses yeux brillent et pétillent. Quand de sa vieille main il attrape la mienne et me salue d’un « Bonjour Madame » en portant à ses lèvres humides ma main qu’il baise cérémonieusement, je m’attendris de ce soin qu’il met chaque matin à sortir de chez lui habillé comme un prince, pantalon impeccablement repassé plissant sur ses chaussures toujours cirées, parfumé et coiffé. Soulevant son chapeau, saluant les passants, joyeux, presque pressé,comme s’il se rendait à un rendez-vous important, il marche vers les terrasses vides.

Sur son visage tavelé,  il y a la vieillesse, mais il y a la vie. Il y a son désir d’exister et de rester encore un peu celui qu’il a été avant de devenir le vieux Jeannot qui boit.


21 février 2011

Calanques

La Pointe Rouge, les Goudes, Callelongue... 
De Marseille à Cassis, quelques noms inconnus de moi jusqu’à cette ballade entre terre sauvage et mer parfois turquoise, mes yeux émerveillés par la beauté du paysage minéral baigné d’une lumière neuve, sur une route qui serpente au coeur de ce coin de Provence. Collines sauvages surplombant la mer, îles blanches, oliviers au vert si délicat, petits ports aux pointus sagement alignés, leurs cabanons serrés et comme enchevêtrés sur les flancs de la roche, le temps comme arrêté de cette journée bleue, si bleue. Quelques heures ont suffi. 
Désormais, je sais que mon cœur de bretonne est Provence.

02 février 2011

Sable mouvant

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Mais dans tes yeux entr'ouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer. 

Jacques Prévert

06 janvier 2011

Envol

Tu étais une plume posée là, par hasard.
Légère et douce.
A peine mes mains t’avaient-elle effleurée que tu t’es envolée.
Emportée par le vent.
Vers le soleil radieux des souvenirs heureux.

09 décembre 2010

Terre chaude

Il est possible qu'un jour, au bout d'une ruelle, je passe sans la voir devant ta maison où je ne suis jamais entrée. Je t'imagine flânant le long du marché du dimanche, ta main serrant une autre main, comme tu serrais la mienne dans ce petit port que tu avais choisi pour notre premier rendez-vous. Peut-être  en ce moment lis-tu dans la douce chaleur du poêle, ignorant le désordre des objets dispersés parmi lesquels tu as peut-être déjà oublié la bougie que je t’avais donnée et que tu allumais pour t'imprégner encore du parfum de ma chambre. J’écoute en t’écrivant un disque que tu m’as offert, bousculée par le texte dont la langue crue résonne étrangement en moi. Je pense au vert jade de tes yeux absorbant mon plaisir, aux caresses légère de tes mains sur mon visage, effleurant mon front et suivant la courbe de mon nez jusqu’à mes lèvres. Je nous revois le premier jour courir en riant sous la pluie en serrant nos corps sous ton parapluie dans le fracas de l’orage de cette nuit si douce. J’entends encore ta voix sensuelle attisant soir après soir le désir de te retrouver. Elle le restera à mon cœur qui palpitait si fort et bat sans s’affoler pourtant de ne pas te revoir. En écoutant les mots d’un autre me raconter ce que peut-être tu n’aurais pas su dire, je referme les yeux pour réveiller le rêve d'avoir été pour toi comme une terre chaude.

25 novembre 2010

Cabossée

Depuis cet été je la vois tous les jours. Elle fait la plonge au snack et je n’ai jamais vu quelqu’un travailler si vite. Un véritable ouragan. Les piles de vaisselle sale accumulées en début de service disparaissent comme par magie sous ses mains agiles en l’espace de quelques minutes.
Depuis quelques jours, elle ne peut plus travailler. Une peine de cœur, m’a-t-on dit. En prenant le soin de rajouter « Comme d’habitude »
Ce comme d’habitude me fait mal pour elle. Je sais que dans le village, sa vie un peu bousculée est connue de tous. Elle semble s’en moquer et mène sa barque tumultueuse entre rires et pleurs, problèmes de fric et petits boulots, en trimballant ses deux mômes dans sa galère.
Elle s’est installée à la dernière table au fond sur la terrasse.
Elle commande un double Martini. Son visage est défait et ses yeux rougis témoignent de ses nuits sans sommeil.
Elle semble anéantie et le peu que je sais d’elle me laisse penser que ce n’est pas la première fois qu’elle s’attache à un homme qui met fin à la belle histoire après quelques jours. Je pense à ses fils avec lesquels elle semble si complice. Son aîné est passé hier et j’ai eu l’impression qu’il était un peu perdu.
Je lui apporte une assiette à laquelle elle touche à peine, déchirant les aliments avec sa fourchette sans presque rien avaler. Elle allume cigarette sur cigarette, l'oreille collée à son cellulaire.
Je me souviens d’elle le lendemain de leur rencontre. Elle était rayonnante. Après quelques jours, elle débordait d’énergie. Elle y croyait, elle voulait tout changer dans sa vie, prendre un appart, lui faire une place dans sa vie. J’avais été un peu sonnée de la voir si amoureuse au bout de quelques nuits. Ses yeux brillaient et elle évoquait un mutuel coup de foudre. J'étais contente pour elle.
En quelques mots, je comprends que son prince charmant s’est transformé en un être menteur et fuyant qui n’ose pas lui dire qu'elle s'est un peu emballée, ou qu'il s'est trompé, ou qu'elle n'est qu'une belle de plus à son tableau de chasse. Ce qui est fort possible au vu des sourires charmeurs et insistants qu'il m'adresse quand il vient déjeuner. Elle vient de le comprendre et je lis dans ses yeux une peine qui se transforme en fureur lorsqu’elle déchire en mille morceaux la photo qu’elle devait il y a à peine quelques heures regarder amoureusement.
Je n’ai pas le cœur de lui lancer l’éternel « Allez ma Belle, un de perdu, dix de retrouvés » que ne manqueront pas de lui servir ses potes. Je voudrais juste être capable de trouver les mots pour la consoler vraiment.

16 novembre 2010

Relais

J'ai lu ce texte ce matin chez Mendelien

C'est un bien bon texte, je trouve. Qui résume assez bien ce que peuvent ressentir parfois ceux qui vivent les yeux ouverts. 

Je suis un chien


Mon chien n’est pas très intelligent.
Et foncièrement, je ne vaux guère mieux. Ce n’est pas de la fausse modestie, c’est tout à fait sincère. Je me dis même que c’est quasiment insultant pour mon chien d’oser la comparaison.
Objectivement, je me considère comme un être frustre et dépourvu des qualités que l’on doit avoir pour faire un quelconque travail intellectuel. Pour tout dire, je trouve le travail d’écriture fastidieux et souffrant. Et j’aimerais me passer de ce travail comme j’aimerais me passer du travail tout court. En fait, j’aimerais jouer de la guitare, chanter des tounes thrippantes, baiser avec ma blonde, jouer avec mes enfants pi m’chrisser de toutte comme bin du monde. Mais j’entends tant de conneries, je suis submergé par tant de misère issue de désert intellectuel dans lequel je vis, que je me dis qu’il me faut faire quelques choses. Et chaque fois, c’est le chemin de croix.
Malgré tout, je me considère comme un gros travaillant. Comme au hockey. Un gars sans talent qui travaille fort dans les coins pour emmerder la grande vedette plein de style, un peu imbue d’elle-même, celle qui frustre quand on l’empêche de faire des sparages et compter des buts et qui, parfois, par son arrogance, fait perdre son équipe. En tant que spectateur, j’ai toujours apprécié ces deux sortes de joueurs avec la même intensité et j’ai toujours considéré le travail de Bob Gainey aussi important que celui de Guy Lafleur.
Intellectuellement, donc, je me considère comme un genre de sous-Bob Gainey et je me sens pas si loin de mon chien. Et il est vrai que je me dis souvent que, spirituellement, mon chien a quelque chose de plus que je n’ai pas. Une honnêteté de chien qui, à la longue, finit par forcer mon admiration. Surtout quand je me rends compte à quel point je parle pour ne rien dire. À quel point je gaspille ma salive. À quel point je m’illusionne sur la nécessité du « débat » avec mes contemporains.
Wouaf Wouaf ! Ostie de chien du voisin ! dit mon chien. Vas-t-en, ! T’es sur mon territoire. M’as te mordre, mon maudit, si jamais j’ai une chance de m’échapper !!!
Mais, y’a rien à faire, j’arrive pas encore, après toutes ces années d’errances intellectuelles, à avoir la sagesse honnête de mon chien. Mais parfois, je sens que je suis sur le bord d’y arriver. Surtout quand je ressens, jusqu’au fond de mon être, l’absurdité des paramètres du consensus dans lequel nous baignons, tous et chacun autant que nous sommes, pour interagir en société, y compris entre membres d’une même famille qui essaient de s’aimer inconditionnellement, en ces temps de grande dépression qui n’ose même pas dire son nom.
Ces maudits paramètres de consensus terribles devant lesquels on doit se plier si l’on veut survivre sur le plan affectif, pour être aimé et se sentir accepté par nos proches, nos amis, nos voisins, nos collègues et même pour se survivre à soi-même dans les paradoxes de notre culture.
Parfois, il me faut assister, avec des proches ou des collègues, à une conversation qui tourne autour de certains sujets litigieux et, malgré que mes oreilles bourdonnent, j’essaie de protester modérément pour ne pas froisser les gens, pour ne pas que tout tourne en eau de boudin. Et j’entends à travers les tampons, tous les discours fielleux de la droite et ceux, plus pervers, de la pseudo-gauche qui pénètrent les esprits jours après jours, petit à petit. En voici quelques exemples :
-Barback Obrama est un grand intellectuel, c’est pour cela que les gens ne l’aiment pas. Le peuple rejette ses réformes à cause de sa trop grande stature et non pas parce que c’est un véritable mange-merde, un pseudo-joueur de basketball préparé par la CIA depuis des années à remplir sa fonction de trou du cul exterminateur de peuples et profanateur de vie.
-Amyr Khadir est un homme pragmatique dont l'action va mener, à force d’éducation populaire, à des réformes appropriées pour sortir le Québec de l’impasse et non la marionnette inconsciente de Paul Desmarais pour écrabouiller le Parti Québécois. Et fuck les leçons de Machiavel, les sacrifices de Bourgault, les remontrances de Falardeau! Over their dead bodies ! Il faut bien vivre pour les vivants n’est-ce pas ? Et même pour les peuples morts-vivants… Et faire taire les revanchards passéistes empêcheur de faire semblant d’espérer en rond.
- La bourse du carbone est une chose rationnelle qui va améliorer le bilan énergétique de la planète et non pas une arme de plus pour les Rockfeller de ce monde pour faire encore plus de fric en transformant la biosphère en dépotoir pétrolifère irrémédiablement souillée. La fermeture de la bourse actionnariale, d’un autre côté, c’est absolument impossible de l’envisager sérieusement.
-Les parents se crissent de l’école parce qu’ils sont égocentriques, consuméristes et irresponsables. Ça n’a ABSOLUMENT rien avoir avec le démantèlement de l’état, la délocalisation des entreprises, l’équarrissage de la classe-ouvrière-qui-n’existe-plus ou le décervelage de la classe moyenne. Ce n’est pas du tout un problème collectif mais d’abord, un problème de responsabilité individuelle.
Et puis autour de tous ces tampons bien intégrés désormais chez tout ces gens sincères, besogneux, honnêtes, il y’aussi, bien sûr, en toile de fond, l’éternelle propagande lancinante, la pure et dure: Lénine et Guevarra, dans le même sac. Les olympiques de Pékin de 2008 renvoyés dos à dos à ceux de Berlin de 1936. La liberté d’expression en Iran, les femmes voilées d’Afghanistan, la démocratie en Irak, la révolution des roses de Géorgie, la révolution orange en Ukraine, la révolution des tulipes au Kyrgyzstan. Ne manque que la révolution arc-en-ciel des lesbiennes handicapées de Papouasie du sud-est
Y’au aussi les livres noirs. Le livre noir du communisme, de l’islamisme, du terrorisme, du complotisme, du onze-septembrisme. On dirait que tout ce bruit assourdissant est présent dans la conversation, en filigrane, comme une menace…
Et là, au bout d’un certain temps, je me sens partir loin. Je me vois flottant au-dessus de la pièce avec une voix off intérieure qui commenterait, comme dans un genre de mauvais rêve :
-Non mais vraiment ? Vous êtes en train de me dire ça à moi, ici, maintenant, en 2010 ? Vous vous croyez ou vous faites semblant ? Vous avez lu Huxley et Orwell et vous dites que ce ne sont que des romanciers ? Ou alors, vous dites qu’ils décrivent la réalité, alors qu’en même temps, on dirait que vous ne les avez pas lus ?
Et je me vois, moi aussi, en train de dire plein de trucs imbéciles comme si je ne les avais pas lus ces auteurs. Pour fitter un minimum dans les paramètres. Parce que, malgré toute ma vigilance, je suis, moi-aussi, un haut-parleur à tampon, un adepte de la pensée-double. Merde ! Je suis dans 1984 !!!!
Mais malheureusement, je ne me réveille pas.
Et la discussion peut continuer comme ça avec des nuances variables mais qui conduisent invariablement vers des culs-de-sac de plus en plus désespérants.
Si je m’oppose au tampon du progrès, on me rétorque que le progrès de l’humanité est indéniable parce que, statistiquement, l’individu vit plus longtemps, ou que la santé gratuite est un progrès «civilisationnel» irréfutable. Si le délire pousse plus loin, un tel me dira qu’il n’échangerait sa place pour rien au monde avec ces différents ancêtres, que c’est mathématiquement erroné, un délire paranoïaque, d’oser affirmer que, qualitativement, l’humanité, à partir de la deuxième guerre mondiale, a régressé sur tous les plans et particulièrement sur celui de la dignité.
Et pourtant, il y’a plus de cent ans, déjà, que Zola, après une vie entière dédiée à la cause de la classe ouvrière dans la foulée des grands espoirs engendrés par les progrès techniques qui promettaient de la soulager de la misère, admettait, sur son lit de mort, qu’il avait fait fausse route sur toute la ligne. Aujourd’hui qui se soucie de Zola ? Tout le monde s’en contre-chrissent de Zola et « tout le monde » a probablement raison. Il vaut peut-être mieux revenir à la prière finalement, tant qu’à faire du sur-place aussi pathétique.
Si on est un jeune écologiste, on essaiera peut-être de me vendre encore une fois l’argument de la bourse du carbone digne d’une sinistre farce ubuesque qui mérite à peine une ligne dans une comédie de Gilbert Rozon. Si on me connaît bien, on évitera plus stratégiquement le sujet.
Alors je me dis : bravo à vous, les intellectuels de la gauche!!! Quel beau travail d’éducation populaire vous avez fait ! Êtes vous des putes ou des imbéciles ? Vous avez fait croire à tout un chacun que vous alliez sauver les meubles de la sociale-démocratie et sauver le petit peuple de ses errances en le responsabilisant ! Vraiment, quelle éclatante victoire. ! Et vous n’avez rien trouvé de mieux à faire ? Vraiment ? Rien de plus urgent que de vendre des agents de la CIA comme des sauveurs de l’humanité ? Que de jouer dans les plates-bandes de la droite dans des pseudos-débats pour vous sentir utile? La classe moyenne se conforte ainsi dans vos injonctions éthiques de pacotilles dignes du Pinocchio de Walt Disney. Et la classe-ouvrière-qui-n’existe-plus, elle, réagit violemment en Bougon qui se respecte, en s’en côlissant bin raide ou en écoutant les chants du sirène de l’extrême-droite qui chient, à pleine page et à coeur de jour dans les médias de PKP, des relents de déjà-vu putrides. Et vous vous étonnez de la progression fulgurante des gagnes de rues !!!!
Je ne fais pas exprès. Ça ne me fait pas plaisir. Je ne joue pas au radical qui se complait dans l'idiosyncrasie et le désespoir romantique. Je ressens le désespoir jusque dans les tréfonds de mon être, du réveil au coucher, en essayant de confronter le peu de culture que j’ai essayé d’absorber au cour de ma vie, à la réalité vécue quotidiennement à travers les paramètres du pseudo-débat social et du comportement de tout un chacun, y compris du mien.
Tout ce chemin pour ça ? De l’âge des cavernes à Einstein pour en arriver à soutenir, sans rire, que Barrack Obama est un grand intellectuel réformateur ?
Moi, je préfère encore l’âge de pierre. Je préfère encore la massue. Sans artifice. Brutale, simple et directe. Sans université pour enrober le débat fondamental de l’oppression. Et surtout sans osties de bombes nucléaires et de doctrines hallucinées du pseudo-équilibre de la terreur. Plutôt mourir entre les dents d’un loup, d’un lion ou sous les machettes des «barbares ». Plutôt brûler les bibliothèques, éviscérer la Kulture. J’aurais préféré mille fois cette brutale bestialité franche que la psycho-pathologie de la culture occidentale du XXIème siècle.
Du point de vue du futur de la vie sur terre, l’inquisition du moyen-âge, la conquête espagnole, la civilisation industrielle, n’auront été que des petites fièvres bénignes en comparaison des métastases cancéreuses qui prolifèrent sous le vernis des discours des partis républicains ou démocrates, des publicités de Wall-Mart, des tounes de Céline Dion, des émissions de Julie Sneider ou du sôvage de meuble de la pseudo-gauche efficace avec son humanitarisme larmoyant. Le progrès ? Quel progrès?
Finalement, pour la première fois, j’ai l’impression de comprendre Léo Ferré dans « il n’y a plus rien », au lieu de seulement ressentir sa révolte.
Je suis un chien !!!
Finalement. Je comprend mon chien. Profondément. Je comprends son flair pour détecter la merde. Finalement, je comprends qu’il est impossible de résoudre la quadrature du cercle et de se faire accroire que le dialogue est possible à l’intérieur des paramètres de cet esclavage mental complètement halluciné qui nous terrorise, nous conforte ou nous révolte.
Je suis un chien.
Comme il disait, le vieux Ferré.
Attention, parfois je mords.
Mais parfois, aussi, je remue la queue. Je donne la papatte et je peux même vous lécher la joue…si on arrête de parler et qu’on écoute ensemble quelques minutes le chant des étoiles.
Peut-être que finalement, vous vous rendrez compte, que, comme mon chien, je ne suis pas très intelligent. Mais qu’au fond, comme lui, je ne suis pas bien méchant…
Chut….
Écoutez !
(....)
Les étoiles…
(...)

Elles parlent...

le même langage que les chiens…

Jean-François Thibaud
Lundi 16 novembre 2010

14 novembre 2010

La chute

Aux beaux jours, Momo se pose tous les matins en terrasse. Elle arrive à fond dans son fauteuil et il ne se passe pas un jour sans qu’elle renverse les verres de la table d’à côté en arrivant trop vite dans son engin motorisé. Ludo le lui fait remarquer et ils se chamaillent. C’est comme un rituel entre eux et je la soupçonne de le faire exprès pour qu’il s’occupe d’elle et vienne plus vite lui faire la bise du matin en ramassant ce qu’elle a fait tomber. Elle demande un café, et attend tranquillement l'heure du déjeuner en lisant le journal.
Ce jour là, il fait frisquet. La Momomobile est garée devant la porte. Le nouvel accès handicapé n’est toujours pas posé. Dès que ce sera fait, elle pourra  enfin aller et venir en utilisant la rampe, mais en attendant, elle ne peut pas passer la marche et il faut la soutenir pour qu’elle fasse quelques pas et puisse s’installer à l’intérieur.
Elle remue son café en silence. Ses traits sont un peu tirés.
- Salut Momo ! T’en fais une tête, ça va pas ?
- Non. J’suis en vrac. Et j’ai encore fait une bêtise !
- Allez raconte, t'as inondé ta salle de bains ? 
- ....
Ce matin, c'est pas gagné pour la faire marrer.
- Non. Hier soir, j’suis tombée de mon lit !
- Ah ! Merde ! T’as pas pu y remonter ?
Depuis des années une infirmière vient chaque jour la lever et l'habiller, puis revient la déshabiller et la coucher. Elle peut relever son lit à télécommande - sa game boy comme elle dit - mais une fois allongée, elle ne bouge plus jusqu'au matin. Elle peut tout juste se lever de sa chaise en s’accrochant à son déambulateur. Alors se relever d’une chute…
- Ben non. J’ai tiré sur ma couette et j’me suis enroulée dedans comme j’ai pu. J'étais trop loin du téléphone...J'suis restée par terre jusqu’à ce que l’infirmière arrive.
- Tu t’es pas fait mal en tombant au moins ?
- Non. Mais j’ai pas fermé l'oeil. J'aurais bien pu crever là toute seule!
- ...
- Et en plus, ce matin il a fallu appeler les pompiers. L’infirmière pouvait pas me soulever !
- Ben, c’est vrai que t’es lourde !
J’en sais quelque chose. La seule fois j’ai voulu l'aider à quitter son fauteuil, j’ai failli tomber avec elle tellement j’ai été surprise par ses 80 kilos !
- Va falloir que je te mette au régime toi ! lui lance le chef en lui apportant son assiette.
La moitié mobile du visage de Momo s'éclaire d'un sourire.
- Ca, c’est ce que me dit toujours ma fille!
- Elle dit ça ta fille ?
- Ouais. A chaque fois que je la vois, elle me dit que j’ai encore grossi. Et j'me fais engueuler.
- Ben, t'auras qu'à lui dire que tu te mets au régime après Noël ! Tu vas toujours à Paris?
- Ah ! ça je sais pas, c’est pas sûr qu’elle soit là cette année. Ils vont peut-être partir au ski.
- L’année dernière, ils étaient où déjà?
- Me rappelle plus.
Au ski.
J’y avais pas pensé.
Imparable.

Manifeste

On m'a dit : "Fais des chansons comme-ci" On m'a dit : "Fais des chansons comme-ça" Mais que surtout ça ne pa...