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03 avril 2016

Largage dominical#50

« Si ceux qui tiennent les rênes de la société se montrent capables de contrôler nos idées, ils sont à peu près assurés de conserver le pouvoir. Nul besoin de soldats dans les rues. Nous nous contrôlons nous mêmes. »
Howard Zinn

07 septembre 2015

Désobéir


de retour

Un an.
Ca fait presque un an que je n'ai rien publié ici.
Depuis mon dernier billet, il s'est évidemment passé plein de choses, que je vous raconterai peut-être si l'envie d'écrire pointe à nouveau le bout de son nez.
S'il est vrai que Facebook a pris peu à peu le relais de nos blogs, je retrouve le plaisir de sortir de ma  cage facebookienne et de naviguer plus facilement sur la toile, grâce à mon nouvel ordi ! yepeeeee !
Je suis heureuse de vous retrouver !

01 février 2014

RIP Monsieur CAVANNA


Lecteur, avant tout, je te dois un aveu. Le titre de ce livre est un attrape-couillon. Cette "lettre ouverte" ne s'adresse pas aux culs-bénits. [...]
Les culs-bénits sont imperméables, inoxydables, inexpugnables, murés une fois pour toutes dans ce qu'il est convenu d'appeler leur "foi". Arguments ou sarcasmes, rien ne les atteint, ils ont rencontré Dieu, il l'ont touché du doigt. Amen. Jetons-les aux lions, ils aiment ça.
 
Ce n'est donc pas à eux, brebis bêlantes ou sombres fanatiques, que je m'adresse ici, mais bien à vous, mes chers mécréants, si dénigrés, si méprisés en cette merdeuse fin de siècle où le groin de l'imbécillité triomphante envahit tout, où la curaille universelle, quelle que soit sa couleur, quels que soient les salamalecs de son rituel, revient en force partout dans le monde. [...]
 
Ô vous, les mécréants, les athées, les impies, les libres penseurs, vous les sceptiques sereins qu'écœure l'épaisse ragougnasse de toutes les prêtrailles, vous qui n'avez besoin ni de petit Jésus, ni de père Noël, ni d'Allah au blanc turban, ni de Yahvé au noir sourcil, ni de dalaï-lama si touchant dans son torchon jaune, ni de grotte de Lourdes, ni de messe en rock, vous qui ricanez de l'astrologie crapuleuse comme des sectes "fraternellement" esclavagistes, vous qui savez que le progrès peut exister, qu'il est dans l'usage de notre raison et nulle part ailleurs, vous, mes frères en incroyance fertile, ne soyez pas aussi discrets, aussi timides, aussi résignés!
 
Ne soyez pas là, bras ballants, navrés mais sans ressort, à contempler la hideuse résurrection des monstres du vieux marécage qu'on avait bien cru en train de crever de leur belle mort.
 
Vous qui savez que la question de l'existence d'un dieu et celle de notre raison d'être ici-bas ne sont que les reflets de notre peur de mourir, du refus de notre insignifiance, et ne peuvent susciter que des réponses illusoires, tour à tour consolatrices et terrifiantes,
 
Vous qui n'admettez pas que des gourous tiarés ou enturbannés imposent leurs conceptions délirantes et, dès qu'ils le peuvent, leur intransigeance tyrannique à des foules fanatisées ou résignées,
 
Vous qui voyez la laïcité et donc la démocratie reculer d'année en année, victimes tout autant de l'indifférence des foules que du dynamisme conquérant des culs-bénits, [...]
 
À l'heure où fleurit l'obscurantisme né de l'insuffisance ou de la timidité de l'école publique, empêtrée dans une conception trop timorée de la laïcité,
 
Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger, écrivons, "causons dans le poste", éduquons nos gosses, saisissons toutes les occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés! [...]
 
Simplement, en cette veille d'un siècle que les ressasseurs de mots d'auteur pour salons et vernissages se plaisent à prédire "mystique", je m'adresse à vous, incroyants, et surtout à vous, enfants d'incroyants élevés à l'écart de ces mômeries et qui ne soupçonnez pas ce que peuvent être le frisson religieux, la tentation de la réponse automatique à tout, le délicieux abandon du doute inconfortable pour la certitude assénée, et, par-dessus tout, le rassurant conformisme.

Dieu est à la mode. Raison de plus pour le laisser aux abrutis qui la suivent. [...]
 
Un climat d'intolérance, de fanatisme, de dictature théocratique s'installe et fait tache d'huile. L'intégrisme musulman a donné le "la", mais d'autres extrémismes religieux piaffent et brûlent de suivre son exemple. Demain, catholiques, orthodoxes et autres variétés chrétiennes instaureront la terreur pieuse partout où ils dominent. Les Juifs en feront autant en Israël.
 
Il suffit pour cela que des groupes ultra-nationalistes, et donc s'appuyant sur les ultra-croyants, accèdent au pouvoir. Ce qui n'est nullement improbable, étant donné l'état de déliquescence accélérée des démocraties. Le vingt et unième siècle sera un siècle de persécutions et de bûchers. [...] 


Lettre ouverte aux culs bénits, 
François CAVANNA, mai 1994 - Editions Albin Michel

04 janvier 2014

Légèrement décalé...

"Janvier est de très loin le mois le plus saumâtre, le plus grumeleux, le moins pétillant de l’année.
Les plus sous doués d’entre vous auront remarqué que janvier débute le premier. Je veux dire que ce n’est pas moi qui ai commencé.
Et qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise…
Dieu merci, cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de « Bonjour à tous », j’ai mis « Bonne année mon cul ». C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire."

Pierre DESPROGES,
Chroniques de la haine ordinaire

16 septembre 2013

Réalisme

"Le jour est proche où nous n'aurons plus que  l'impôt sur les os " 

Michel AUDIARD

20 mai 2013

Largage dominical#47


Pourquoi, Dieu me tripote, faut-il toujours-z-et-encore que, siècle après siècle, civilisation après civilisation, se répète inlassablement le terrible adage qui nous enseigne que le plus court chemin de la barbarie à la décadence passe toujours par la civilisation ?

Pierre Desproges
Fonds de tiroir Et Chroniques de la haine ordinaire / Éditions du Seuil

13 février 2013

Blop

" Le xiphophore est un petit poisson de coloration variée, de six à dix centimètres de long, originaire du Mexique, très fécond, et qu’on retrouve fréquemment dans les aquariums, à condition de le mettre dedans. (…) Comme la plupart des poissons, le xiphophore affiche en permanence une expression béate. C’est parce qu’il baise dans l’eau. C’est très très bon pour la béatitude."

Pierre Desproges
Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis / Éditions du Seuil

02 février 2013

Miam !

Ce matin de juin, j’écris dans un transat au fond du jardin anglais que le soleil levant caresse voluptueusement pour en essuyer la rosée. À portée de main, sur un guéridon de paille tressée, le thé aux herbes tiédit à la brise. Le bouvreuil effronté, qui m’espionnait hier déjà, sautille et pirouette à trois pas en stridulant des joliesses absconses dont j’appréhende cependant qu’elles veuillent dire :
" Tire-toi de là bonhomme, que je finisse les miettes de ton croissant qui sont tombées dans l’herbe."
Eh bon, comme l’oiseau, j’ai la plume frivole et baladeuse et tendance à papillonner autour du sujet sans m’y soumettre, voire même à m’en écarter carrément. Ce qui est pénible, avec les livres, je veux dire quand on les écrit, c’est qu’on est plus ou moins poussé à s’en tenir au sujet qu’on prétend traiter. Il faut savoir que cette contrainte est parfois très pénible quand elle s’abat sur un auteur velléitaire par nature, incohérent par goût, et facilement déconnectable par l’imprévu, en l’occurrence ce petit pédé de bouvreuil qui fait rien que frétiller de la queue pour m’empêcher d’aller plus loin.
Dieu merci, quand on se contente de penser au lieu d’écrire, on a parfaitement le droit de sauter du coq à l’âne, sans s’attirer des remarques désobligeantes.
J’aurais dû être dérouleur de pensées plutôt qu’écriveur de bouquins.

 
Pierre DESPROGES - Fonds de tiroir / Éditions du Seuil

14 janvier 2013

Pensée du jour

" L’organisation du travail et l’organisation des loisirs referment les ciseaux castrateurs chargés d’améliorer la race des chiens soumis. "

Raoul VANEIGEM 
Traité de savoir-vivre à l'usage
des jeunes générations   (1967)
 

25 novembre 2012

Largage dominical #45


" Une civilisation sans la Science, ce serait aussi absurde qu'un poisson sans bicyclette."

Pierre Desproges 

11 septembre 2012

11 septembre 2012


Avec une pensée pour ceux qui luttent encore, pour qu'éclate un jour la vérité , et qui n'ont pas baissé les bras, pas encore...

Au passage, torchon 89 publie aujourd'hui un article consternant de médiocrité de Pascal RICHE, dont la chute est d'une faux-cuterie ahurissante !

07 septembre 2012

Les perroquets menteurs

C'est la rentrée !
Adieu momentané aux pyramides joyeuses et fêtes insouciantes !
Ca chauffe partout dans le monde, et le bourrage de crâne des citoyens de l'immonde (pour paraphraser mon ami Eric McComber) par les médias officiels que je peine toujours autant à écouter recommence à me fatiguer rare...

Il peut être intéressant de prendre le temps nécessaire pour visionner ce document dans son contexte, c'est par  ici... 

J'aime assez ça, me sentir moins seule grâce à mes découvertes sur le ouaibe !





31 juillet 2012

Une presque histoire d'O

Un rapide coup d’œil sur une photo, une lecture en diagonale des mots écrits par la belle lui suffisaient pour trouver le ton et attirer l'attention de sa nouvelle conquête.

Trois ans déjà qu'il chassait les femmes sur les sites de rencontres, au gré de ses envies et de ses besoins. Son flair quasi infaillible lui permettait de repérer immédiatement les femmes esseulées, ayant dépassé ou atteint la cinquantaine, aux visages marqués par la solitude. En écrivant brièvement leurs attentes, en évoquant leur lassitude des relations éphémères, elles devenaient instantanément ses cibles préférées.

La drague sur internet était pour lui plus qu'un passe-temps. Son discours savait s'adapter aux désirs des femmes, qu'il captait avec la rapidité du prédateur qu'il était devenu. Quelques échanges épistolaires lui suffisaient pour cerner leur personnalité et répondre aux attentes des belles à conquérir.

Il allait toujours très vite, suscitant sans peine l'envie d'un premier rendez-vous. Il fallait que l'histoire démarre comme un tourbillon. Il fallait qu'elles croient que leur vie allait changer. C'était une stratégie efficace qui avait fait ses preuves.

Un jour célibataire épanoui à la recherche de la compagne intelligente et cultivée, un jour homme délaissé et malheureux lassé des mauvais tours de Cupidon, il jouait sur tous les registres sans l'ombre d'une hésitation.

Sans doute l'avait-il été jadis, malheureux et seul, avant de se lancer dans sa folle entreprise.

Il avait cessé toute autre activité depuis deux ans, invoquant une maladie rare et invalidante pour justifier sa grande disponibilité à celles qui s’interrogeaient sur ses moyens de subsistance.
Il passait désormais une partie de sa vie dans une pièce sans fenêtre, face à l'eau un peu saumâtre de quatre aquariums où vivaient des poissons exotiques dont il surveillait la reproduction avec attention.
L'odeur légèrement sucrée du tabac dont il bourrait ses pipes envahissait constamment le bunker sombre et quasi monacal où il contemplait jour après jour son étrange tableau de chasse : des femmes. Leurs photographies classées par date occupaient désormais le disque dur de l'ordinateur puissant qu'il venait de s'offrir.
De ses échappées en compagnie de ses belles, il rapportait aussi des photos de végétaux et d'oiseaux, paysages ou bateaux. 
Pour ses proches, il préparait sa reconversion et envisageait de faire une brillante carrière dans la photographie. Il en avait décidé ainsi. Il y travaillait officiellement en permanence, sûr de son talent et fermement décidé à obtenir la reconnaissance qu'il estimait mériter.

Dans l'appartement subtilement masculin où il invitait ses futures amantes, il leur faisait découvrir 
avec une modestie feinte ses marqueteries, belles images indécentes de femmes, travaillées avec talent et délicatesse dans des bois fragiles et précieux. 
Ses visiteuses, déjà séduites par la ferveur de ses messages et son agréable et intéressante conversation, étaient rapidement subjuguées par le talent de l'artiste.
Il avait su dévoiler sa forte personnalité par la décoration très personnelle de son appartement, où les orchidées aux teintes roses et mauves accueillaient avec douceur les regards happés et presque éblouis dès l'entrée dans son salon par le gigantesque portait d'une pulpeuse mexicaine, œuvre somptueuse aux teintes violentes et profondes. La toile, puissamment évocatrice, faisait la fierté de l'homme aux cheveux bruns, autant que sa splendide collection de pipes de bruyère, scrupuleusement entretenues et mises en valeur sur un meuble d'amarante.

Homme organisé et précis, il ne laissait jamais rien au hasard. La première visite de son antre se terminait par le partage d'une tasse de son thé préféré sur son impeccable terrasse. Des dizaines de plantes rares et de bonsaïs magnifiques, cultivés avec une évidente persévérance, côtoyaient un couple de perruches colorées silencieuses dans leur grande volière.

La seule réelle faille de son entreprise de séduction résidait cependant dans sa nature un rien trop méticuleuse. Les railleries de quelques unes de ses conquêtes, amusées par ses multiples rituels, avaient contribué à aiguiser sa redoutable réactivité. Ses brefs moments d'agacement incontrôlés se transformaient en touchantes pirouettes verbales sur ses mauvaises habitudes d'homme trop solitaire, lorsqu'une belle déplaçait chez lui un objet dont l'emplacement avait été minutieusement choisi. Accompagnant ses excuses d'un sourire ravageur et d'une douce caresse, il dissipait en virtuose la gêne provoquée par sa troublante et dérangeante maniaquerie.

En ce matin d'avril, après un hiver passé à séduire quelques belles près de chez lui, il pensait à l'été. Il était encore un peu trop tôt dans la saison pour démarrer sa chasse annuelle sur Avignon, il avait encore du temps pour trouver une compagne qui pourrait l'héberger pendant la durée du festival. Il repéra une brune avignonnaise, dont les yeux bruns pétillaient derrière des lunettes un peu grandes pour son visage au teint clair. Il ajouta son profil à ceux qui attendaient déjà dans sa sélection.
Ses visites régulières à sa mère fortunée, âgée et malade, le contraignaient un peu dans ses escapades prolongées loin de la maison de retraite où elle résidait. Il évoquait invariablement sa tendre sollicitude envers sa génitrice, dont la santé vacillante lui servait d'alibi pour écourter son séjour chez une belle quand une autre s'impatientait.

Il s'arrêta dans la rédaction d'un mail qu'il avait prévu d'envoyer à un contact récent sur Montpellier. Ses doigts un peu épais butaient sur le clavier, il hésitait un peu.
M  lui avait semblé assez fragile pour craquer assez vite. Ses messages d'homme solitaire et sensible à la recherche d'une compagne douce et sincère avaient bien fonctionné, il en était content. Bien rodés, ils faisaient mouche à tous les coups, et très vite, il avait cru toucher la corde sensible chez son interlocutrice. La réponse de M à son dernier mail l'avait pourtant agacé, elle était réservée, visiblement prudente. Trop modérée dans ses mots et quelque peu effarouchée par ses sollicitations à la rencontrer très vite, elle prendrait sans doute peur s'il lui jouait trop tôt le jeu de la passion. Elle n'était visiblement pas prête, les cernes légères sous ses yeux lui avaient pourtant confirmé qu'elle était triste et vraiment seule. Il changea quelques mots, adoucit le ton de sa lettre.
Quelques heures d'attente, juste ce qu'il faut, rendraient à la belle la lecture de son message plus agréable encore. Il y apparaîtrait raisonnable et respectueux des craintes formulées à demi mots. Il fallait attendre. " Et puis, la côte, par chez elle, je connais déjà", se disait-il en faisant défiler sur son écran les photos d'une femme vivant à Marseille qui lui avait donné récemment un peu de fil à retordre. "Dommage", pensait-il en recadrant les photos de la belle marseillaise...
En vérifiant son âge, il comprit immédiatement pourquoi il n'avait pas pu conclure. "Trop jeune ! Mais où avais-je la tête ! Celle ci n'est pas encore assez mûre, pas encore assez seule". Les clichés volés cet après-midi là le ramenèrent au souvenir de la blonde récalcitrante dont il avait déjà oublié le prénom. Il le vérifia sans s'émouvoir. Le corps ferme et le visage lisse lui rappelèrent instantanément qu'il ne pouvait obtenir de résultat qu'avec des femmes un peu moins sûres de leur beauté que celle qu'il avait photographiée, assise sur un muret, offrant à son objectif l'ovale
presque parfait de son visage resplendissant.

"Il faudra quand même que j'en retrouve une à Marseille ! "Il grommela quelques mots rageurs envers la belle qui ne s'était guère émue de ses talents de photographe et n'avait pas souhaité le revoir ! Il arrivait pourtant toujours à ses fins avec son boitier Canon professionnel. Ne se baladait jamais sans un grand sac dans lequel il trimballait ses lourds objectifs. Il savait capter les sourires, il cadrait à la perfection les visages les plus intimidés. Lorsqu'il leur envoyait par mail avec quelques mots choisis les photos prises lors d'une sage première promenade, elles fondaient, réconciliées avec leur image.
Il ne lui restait plus alors qu'à tisser sa toile. Il recueillait leurs confidences, captait leurs attentes, son intelligence vive et son expérience de la gent féminine faisaient le reste! Elles craquaient, et n'avaient, dès les premiers mots tendres, plus d'autre envie que celle de le revoir et de garder près d'elles cet homme si raffiné, si créatif et si séduisant. Il débarquait pour quelques jours, installait ses petits affaires, prenait ses aises, se faisant offrir le gîte et le couvert, satisfait d'obtenir rapidement des plus attendries une pension complète qui lui remboursait allègrement sa mise de départ, une bouteille de bon vin, ou carrément un dîner pour les plus romantiques.

Il était toujours en manque de nouveauté. Déjà un peu
 lassé de ses conquêtes de l'hiver, il ne doutait cependant pas de sa capacité à retrouver à la rentrée la confiance et l'amour de celles qu'il devrait délaisser durant l'été.  Dans l'immédiat, il comptait bien se faire offrir des vacances ! Il savait que dès son retour, il se réchaufferait à nouveau dans leurs lits, un soir chez l'une, un après-midi chez l'autre. Nourri et logé, ivre du vin qu'il aimait boire et du plaisir de leur faire croire encore en son amour sincère, il pourrait reprendre sa chasse et enrichir sa collection de portraits, bien au chaud chez ses régulières, qu'il présenterait aux nouvelles venues comme de vieilles amies.  En quelques années, il avait appris l'art de se faire aimer durablement de toutes les femmes qu'il séduisait. Elles lui pardonnaient ses absences, qu'il leur décrivait comme des moments d'égarement. Il entretenait ainsi, grâce à son réel talent à toucher leur cœur, des liaisons multiples et très confortables avec ses indulgentes amantes.

Son cerveau de prédateur fonctionnait à toute vitesse. Son éternelle pipe coincée entre les dents, il se reconnecta sur son site préféré, s'arrêta soudain devant un regard bleu. Il sentit monter l'excitation joyeuse qu'il ressentait à chaque fois que son expérience de fin limier du net le mettait en présence d'un regard intéressant.
Elle habitait assez loin de chez lui, au bord de la méditerranée, dans un département réputé pour la beauté de son littoral et la douceur de son climat. 
Tout l'hiver, pour surveiller et obtenir de l'argent de sa mère, il n'avait chassé que près de chez lui, renonçant à s'absenter trop longtemps. Depuis quelques semaines, son  nouveau matériel de photo au point et les poches presque vides,  il ressentait l'envie d'élargir son territoire pour échapper à l'écrasante chaleur de l'été de la ville sans charme où il résidait.  

"la Côte d'Azur ! " Pas mal pour les vacances !" Il se plongea dans la lecture de ce qu'elle écrivait d'elle. "Ah! En voilà une qui a du potentiel ! " Il partit d'un grand éclat de rire, il venait de trouver celle qui deviendrait, il en était certain, la femme de sa vie le temps d'un été.

Il était 18 heures, il lui envoya immédiatement un premier message amical, qui faisait écho aux écrits de la femme aux yeux bleus. Il attendit, comme toujours, la réponse de sa future belle, en n'oubliant pas d'envoyer à M le mail qu'elle devait attendre impatiemment. 

"Et de deux ! Je le tiens, mon été en bord de mer ! " ...

 

Manifeste

On m'a dit : "Fais des chansons comme-ci" On m'a dit : "Fais des chansons comme-ça" Mais que surtout ça ne pa...