Ma maison désertée pendant ces quelques jours a gardé
l’odeur de l’encens que j’y ai fait brûler avant de la quitter. Je reprends
contact avec ma vie en défaisant nos sacs. Je regarde dehors la pluie tomber et
j’imagine la même fenêtre, celle de cette maison que j'aime, ouverte sur la mer, sur les
bateaux dansant dans le vent de là bas. Dans quelques jours, il ne restera
presque rien de cette escapade, quelques photos, quelques souvenirs revenant au
cœur d’une conversation. Peu à peu nos corps perdront les belles couleurs que
leur a donnés cette semaine marine. Un pincement léger au cœur me rappelle à la
douceur de cette île si jolie. Cette île où je m’imagine désormais en hiver,
passagère d’une chambre donnant sur la mer, le vent faisant claquer les volets.
Je rêve soudain de m’offrir ce luxe inouï: Passer un mois entier à
Porquerolles, avec pour seuls bagages mon ordinateur, mon appareil photo, un
cahier et des stylos.
Une image me revient sans cesse. Celle de Claudine, cette
femme rencontrée là bas.
Cette femme au doux visage fatigué, revenue sur son île après vingt ans d’absence.
Elle a su si bien m'expliquer en quelques mots la
vraie vie sur son île, me raconter la douceur de l’hiver après la dureté du labeur estival de ceux qui se battent pour y rester. Comme beaucoup d'îliens, elle lutte chaque jour pour subsister en composant avec la mafia du
fric créée par ceux qui ont les moyens de s’offrir les maisons et les
appartements reloués l’été à prix d’or aux touristes, à ceux qui, comme moi, viennent s’imprégner pendant quelques heures ou quelques jours de la magie de
ce petit paradis sauvage et beau, où le mètre carré atteint des prix m'interdisant tout rêve de m'y installer.
Je songe à y revenir, seule cette fois ci, à m’enfermer, à écrire.
Car s’il est une chose que cette petite île magnifique a réveillé en moi, c’est l'envie d’écrire.
Mais en attendant, retour à la routine.
La course dès le matin jusqu’à la fin du jour.
Les nuits sans sommeil passées à se demander pourquoi c’est
si difficile parfois.
Les lendemains pleins d’espoir.
Et ainsi de suite.
La vie, la vraie vie, la mienne.
Celle où on se dit chaque jour que, forcément, demain sera
meilleur.
Et l’attente, la stimulante attente du retour en solitaire sur le joli caillou, bientôt, peut-être.





