29 mars 2011

Juste une chanson

I
I can’t promise you that I won’t let you down
And I
I can’t promise you that I will be the only one around
When your hope falls down
But we’re young
Open flowers in the windy fields of this war-torn world
And love
This city breathes the plague of loving things more than their creators

I ran away
I could not take the burden of both me and you
It was too fast
Casting love on me as if it were a spell I could not break
When it was a promise I could not make

But what if I was wrong?

But hold on to what you believe in the light
When the darkness has robbed you of all your sight

And now this land
Means less and less to me without you breathing through its trees
At every turn
The water runs away from me and the halo disappears
And the hole when you’re not near

So what if I was wrong?

But hold on to what you believe in the light
When the darkness has robbed you of all your sight

So hold on to what you believed in the light


23 mars 2011

Poésie

It appears that certain people think that poetry should be a certain way. For these, there will be nothing but troubled years. More and more people will come along to break their concepts. It's hard I know, like having somebody fuck your wife while you are at work, but life, as they say, goes on.
     Buk




hello, how are you?


this fear of being what they are:
dead.

at least they are not out on the street, they
are careful to stay indoors, those
pasty mad who sit alone before their tv sets,
their lives full of canned, mutilated laughter.

their ideal neighborhood
of parked cars
of little green lawns
of little homes
the little doors that open and close
as their relatives visit
throughout the holidays
the doors closing
behind the dying who die so slowly
behind the dead who are still alive
in your quiet average neighborhood
of winding streets
of agony
of confusion
of horror
of fear
of ignorance.

a dog standing behind a fence.
a man silent at the window.


Charles Bukowski

20 mars 2011

Printemps


des racines sensibles
s’enfoncent dans le plus profond du jardin
vaisseaux tentaculaires câbles
prospecteurs
à la recherche
de quel indice
le rosier s’agrippe au grillage
ses petites feuilles me font de petits
signes glacés à travers le canevas
encore plus mystérieux
un tapis volant d’étourneaux
a lâché dans l’air
une goutte d’huile de froid
un arbre m’a dit
va donc voir la mer
je l’ai trouvée qui rageait entre les rochers
un dieu accroupi lavait son linge
les flots jouaient avec la mousse
qui tissait vers le rivage
des suaires de neige




Extrait de « Mer Ouverte »,
Éd. Caractères, Paris, 1973


Poème de Hamid Tibouchi

Largage dominical #20

18 mars 2011

Brève enfantine

Dialogue directement rapporté de la cour du Collège, lorsque comme chaque jour, mon fils Nino croise dans les couloirs un de ses camarades de classe, très branché fringues et absorbé à vérifier sur les vêtements des autres la présence ou l'absence des logos qui sont "in"!


- Hé mais t'as qu'une paire de chaussures ? tu mets tout le temps les mêmes !
- Et toi, t'as qu'une seule idée, tu dis tout le temps la même !


Morte de rire !

17 mars 2011

Amour

En ces jours sombres, où leur folie explose à la gueule des vils apprentis sorciers qui ont cru pouvoir jouer et faire du profit avec l'énergie nucléaire, nous apparait clairement l'avenir de la planète, et celui de nos enfants. Aimons les, aimons nous, c'est le moment ou jamais d'oser dire à ceux que nous aimons combien nous les aimons. 



11 mars 2011



Don't Let It Happen Here
By Charles Mingus
One day they came and they took the communists,
And I said nothing because I was not a communist.
Then one day they came and they took the people of the Jewish faith,
And I said nothing because I was had no faith left.
One day they came and they took the unionists,
And I said nothing because I was not a unionist.
One day they burned down the Catholic churches.
And I said nothing because I was born a Protestant.
Then one day they came and they took me.
And I could say nothing because I was guilty as they were,
For not speaking out and saying that all men have a right to freedom.

08 mars 2011

La nuit avant le rêve


Le monde disparaît lentement. Ils regardent tous
le temps trompeur sur le mur: ô allons!
Les frontières dans lesquelles nous vivons ne sont pas
les frontières dans lesquelles nous mourons.
Nuit âpre au corps mort,
mort est le coeur mais les profondeurs restent.
Cette nuit l’eau elle-même voudrait
se boire jusqu’à la lie et reposer.

Voyage tant qu’il y a encore monde et savoir:
tu seras beau de poussière, tu connaîtras la cendre et l’éclat.
Rends-toi aveugle en allant ton chemin, mais sache:
faux est le soleil, vraie sa course.
Que les marchands naviguent à travers le temps, les oreilles bouchées de cire,
toi, ose écouter comment chantent les déserts,
tant que les fleurs pâles s’agenouillent devant la mer fermée et qu’il y a
en toi une force qui te déchire.

Vide, comme les astres sont petits!
Ton rêve sans corps, ta nuit sans nuit,
est une épithète de soleil pur, débordante de louanges.
Mais que je te vois est-ce mon pouvoir ou le tien?
Clôture diaphane que l’éclat a vaincu,
maudite transparence qui me remplit de peur,
ta fleur est le seul astre au-dessus de la ville,
ta vanité est d’or pur!

Le monde disparaît lentement, triste monde.
Qui aura enseveli notre coeur et nos os
là où la mémoire n’atteint pas, où le mouvement
ne nous multiplie pas, où les jours ne nous répètent pas!
Arrachez-moi la langue et mettez une fleur:
commence l’errance à travers la lumière. Assez de paroles!

Demain sans doute même les lâches pourront
ce qu’aujourd’hui ne peuvent que les audacieux et les vrais
qui, dans l’espace entre nous et la nuit,
ont trouvé les raisons inouïes d’un autre amour.

Le monde disparaît. Et nous croyons de toute notre violence
en une pensée que personne encore ne pense,
en un lieu vacant, en l’écume lorsque la mer se confond
avec le vide et s’annonce par un rugissement.


Branko Miljkovic (1936-1961)

03 mars 2011

Lucidité


The riots
I've watched this city burn twice
in my lifetime
and the most notable thing
was the arrival of the
politicians in the
aftermath
proclaiming the wrongs of
the system
and demanding new
policies toward and for the
poor.
nothing was corrected last
time.
nothing will be corrected this
time.
the poor will remain poor.
the unemployed will remain
so.
the homeless will remain
homeless
and the politicians,
fat upon the land, will live
very well.

Charles Bukowski
5/5/1992

25 février 2011

Ô liberté

Une idée ça vrille et ça pousse
l'idée du champ dans l'épi de blé 
au coeur des feuilles l'idée de l'arbre 
qui va faire une forêt 
et même, même 
forcenée, l'idée du chiendent 

c'est dans l'homme tenu 
sa tourmente aiguisée
sa brave folie grimpante 

non, ça n'déracine pas 
ça fait à sa tête de travers 
cette idée-là, bizarre! ce qu'on a 
tête de caboche, ô liberté 

TÊTE DE CABOCHE 
Gaston Miron

21 février 2011

Calanques

La Pointe Rouge, les Goudes, Callelongue... 
De Marseille à Cassis, quelques noms inconnus de moi jusqu’à cette ballade entre terre sauvage et mer parfois turquoise, mes yeux émerveillés par la beauté du paysage minéral baigné d’une lumière neuve, sur une route qui serpente au coeur de ce coin de Provence. Collines sauvages surplombant la mer, îles blanches, oliviers au vert si délicat, petits ports aux pointus sagement alignés, leurs cabanons serrés et comme enchevêtrés sur les flancs de la roche, le temps comme arrêté de cette journée bleue, si bleue. Quelques heures ont suffi. 
Désormais, je sais que mon cœur de bretonne est Provence.

18 février 2011

La pêche !




Je pourrais être une grande gueule,
je pourrais être silencieux
Je pourrais être jeune, je pourrais être vieux
Je pourrais être un gentleman, ou je pourrais être violent
Je pourrais être un chaud lapin ou je pourrais être coincé
Je pourrais être tel le calme avant la tempête, mec,
Attendant que l'enfer se lache
Je pourrais être innocent ou je pourrais être coupable
Ce qui ne signifie pas que je ne croirais pas à la fatalité
Alors je chante...
Je pourrais être riche comme un bohémien errant
Je pourrais être pauvre comme un portefeuille bien rempli mais perdu
Je pourrais être le premier, ou je pourrais passer en dernier
Ce n'est pas ce qui casse la bande, mec,
C'est comment on fait passer le message
Je pourrais être un rouge, bleu, noir ou blanc couché de soleil
Sombre la journée, mec, lumineux la nuit
Je pourrais être le soleil, mec, je pourrais être la Lune
Je suis fait d'étoiles, mec
Je brille si fort
Alors je chante...
Je pourrais être endormi, mec, ou je pourrais être éveillé
Je pourrais être en vie et faire le mort
Je pourrais être ignorant ou je pourrais être cultivé
Je pourrais diriger ma vie, mec, ou je pourrais être dirigé
Je pourrais être n'importe quoi qui m'intéresse, mec
Tout ce dont j'ai à faire c'est me donner une moitié de chance
Je pourrais ajouter l'amour à ma vie
Et la partager avec le monde si j'avais un peu minimum d'équilibre...
Alors je chante...


Merci Christian...pour le partage... et pour le titre

17 février 2011

A tous les enfants

A tous les enfants qui sont partis le sac à dos
Par un brumeux matin d'avril
Je voudrais faire un monument
A tous les enfants 
Qui ont pleuré le sac au dos
Les yeux baissés sur leurs chagrins
Je voudrais faire un monument
Pas de pierre, pas de béton
Ni de bronze qui devient vert
Sous la morsure aiguë du temps
Un monument de leur souffrance
Un monument de leur terreur
Aussi de leur étonnement
Voilà le monde parfumé,
Plein de rires, plein d'oiseaux bleus
Soudain griffé d'un coup de feu
Un monde neuf où sur un corps 
qui va tomber
Grandit une tache de sang
Mais à tous ceux qui sont restés 
Les pieds au chaud, sous leur bureau
En calculant le rendement 
De la guerre qu'ils ont voulue
A tous les gras tous les cocus 
Qui ventripotent dans la vie
Et comptent et comptent leurs écus
A tous ceux-là je dresserai 
Le monument qui leur convient
Avec la schlague, avec le fouet
Avec mes pieds avec mes poings
Avec des mots qui colleront
Sur leurs faux-plis sur leurs bajoues
Des larmes de honte et de boue. 

Boris Vian, A tous les enfants

16 février 2011

Spleen

Partir pour un grand et paisible voyage, tout quitter, renaître, effacer les chagrins, panser les plaies de mes enfants, passagers eux aussi du radeau qui traverse l’orage, ballotés comme moi, silencieux et rêveurs. Lucides et confiants, ils savent que le sourire léger accroché à mes lèvres est pour eux, chaque jour. Ils l’appellent mon sourire caché et le chérissent sans le comprendre. Leurs rires ne résonnent plus de la légèreté de l’enfance. Ils s’en sont éloignés imperceptiblement, si tôt, trop tôt. Ils portent le fardeau de leur frêle impuissance face au poids de nos choix, si lourds de conséquences, nos choix qui les arrachent à leur douce existence. Ils apprennent le manque, et l’absence. Souvent leurs yeux me disent leur tristesse. Derrière leurs cils soyeux, leurs rêves sont secrets. Je rêve moi aussi de ces couleurs nouvelles que le ciel déchargé de la pluie de leur chagrin sans larmes apportera peut-être demain sous un nouveau soleil.

La pluie

13 février 2011

Largage dominical#20

Prenez un mot prenez en deux 
faites les cuir’ comme des oeufs 
prenez un petit bout de sens 
puis un grand morceau d’innocence 
faites chauffer à petit feu 
au petit feu de la technique 
versez la sauce énigmatique 
saupoudrez de quelques étoiles 
poivrez et mettez les voiles 
Où voulez vous donc en venir ? 
A écrire 
Vraiment ? 
A écrire ? 

Raymond Queneau

12 février 2011

8'14 d'émotion

Vertige

Il fait nuit : voici que s’élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes. Et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante. Il fait nuit : voici que s’éveillent tous les chants des amoureux. Et mon âme, elle aussi, est un chant d’amoureux. Il y a en moi quelque chose d’inapaisé et d’inapaisable qui veut élever la voix. Il y a en moi un désir d’amour qui parle lui-même le langage de l’amour. Je suis lumière : ah ! si j’étais nuit ! Mais ceci est ma solitude d’être enveloppé de lumière. Hélas ! que ne suis-je ombre et ténèbres ! Comme j’étancherais ma soif aux mamelles de la lumière ! Et vous-mêmes, je vous bénirais, petits astres scintillants, vers luisants du ciel ! et je me réjouirais de la lumière que vous me donneriez. Mais je vis de ma propre lumière, j’absorbe en moi-même les flammes qui jaillissent de moi. Je ne connais pas la joie de ceux qui prennent ; et souvent j’ai rêvé que voler était une volupté plus grande encore que prendre. Ma pauvreté, c’est que ma main ne se repose jamais de donner ; ma jalousie, c’est de voir des yeux pleins d’attente et des nuits illuminées de désir. Misère de tous ceux qui donnent ! O obscurcissement de mon soleil ! O désir de désirer ! O faim dévorante dans la satiété ! Ils prennent ce que je leur donne : mais suis-je encore en contact avec leurs âmes ? Il y a un abîme entre donner et prendre ; et le plus petit abîme est le plus difficile à combler. Une faim naît de ma beauté : je voudrais faire du mal à ceux que j’éclaire ; je voudrais dépouiller ceux que je comble de mes présents : — c’est ainsi que j’ai soif de méchanceté. Retirant la main, lorsque déjà la main se tend ; hésitant comme la cascade qui dans sa chute hésite encore : — c’est ainsi que j’ai soif de méchanceté. Mon opulence médite de telles vengeances : de telles malices naissent de ma solitude. Mon bonheur de donner est mort à force de donner, ma vertu s’est fatiguée d’elle-même et de son abondance ! Celui qui donne toujours court le danger de perdre la pudeur ; celui qui toujours distribue, à force de distribuer, finit par avoir des callosités à la main et au cœur. Mes yeux ne fondent plus en larmes sur la honte des suppliants ; ma main est devenue trop dure pour sentir le tremblement des mains pleines. Que sont devenus les larmes de mes yeux et le duvet de mon cœur ? O solitude de tous ceux qui donnent ! O silence de tous ceux qui luisent ! Bien des soleils gravitent dans l’espace désert : leur lumière parle à tout ce qui est ténèbres, — c’est pour moi seul qu’ils se taisent. Hélas ! telle est l’inimitié de la lumière pour ce qui est lumineux ! Impitoyablement, elle poursuit sa course. Injustes au fond du cœur contre tout ce qui est lumineux, froids envers les soleils — ainsi tous les soleils poursuivent leur course. Pareils à l’ouragan, les soleils volent le long de leur voie ; c’est là leur route. Ils suivent leur volonté inexorable ; c’est là leur froideur. Oh ! c’est vous seuls, êtres obscurs et nocturnes qui créez la chaleur par la lumière ! Oh ! c’est vous seuls qui buvez un lait réconfortant aux mamelles de la lumière ! Hélas ! la glace m’environne, ma main se brûle à des contacts glacés ! Hélas la soif est en moi, une soif altérée de votre soif ! Il fait nuit : hélas ! pourquoi me faut-il être lumière ! et soif de ténèbres ! et solitude ! Il fait nuit : voici que mon désir jaillit comme une source, — mon désir veut élever la voix. Il fait nuit : voici que s’élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes. Et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante. Il fait nuit : voici que s’éveillent tous les chants des amoureux. Et mon âme, elle aussi, est un chant d’amoureux.
 - Ainsi parlait Zarathoustra. 

Friedrich Nietzsche, Chant de la Nuit (Das Nachtlied, 1883)

09 février 2011

Anniversaire

A vous tous qui passez ici, depuis un an.
Qui me lisez, fidèles, complices, amicaux, encourageants, attentifs, Merci



Ce
présent
lisse
comme une planche,
frais,
cette heure-ci,
ce jour
comme une coupe neuve
- du passé
pas une seule
toile d’araignée -,
nous touchons
des doigts
le présent,
nous en taillons
la mesure,
nous dirigeons
son flux,
il est vivant
et vif,
il n’a rien
d’un irrémédiable hier,
d’un passé perdu,
il est notre
créature,
il grandit
en ce
moment, le voici portant
du sable, le voici mangeant
dans notre main,
attrape-le,
qu’il ne nous glisse pas entre les doigts,
qu’il ne se perde pas en rêves
ni en mots
saisis-le,
tiens-le
et commande-lui
jusqu’à ce qu’il t’obéisse,
fais de lui un chemin,
une cloche,
une machine,
un baiser, un livre,
une caresse,
taille sa délicieuse
senteur de bois
et fais-t’en
une chaise,
tresse-lui
un dossier,
essaie-la,
ou alors
une échelle!
Oui,
une échelle,
monte
au présent,
un échelon
après l’autre,
les pieds
assurés sur le bois
du présent,
vers le haut,
vers le haut,
pas très haut,
assez
pour
réparer
les gouttières
du plafond,
pas très haut,
ne va pas au ciel,
atteins
les pommes,
pas les nuages,
ceux-là
laisse-les
passer dans le ciel, s’en aller
vers le passé.
Tu
es
ton présent,
ton fruit:
prends-le
sur ton arbre,
élève-le
sur ta
main,
il brille
comme une étoile,
touche-le,
mords dedans et marche
en sifflotant sur le chemin.

Pablo Neruda

Nouvelles odes élémentaires 
(Nuevas odas elementales, 1955) 
Traduction de Jean-Francis Reille

08 février 2011

Andrée Chédid

J’ai traversé le Rien
Aux jours de mon enfance
Déchiffrant la mort
En nos corps d’argile
Et de brièveté
J’ai récusé l’orgueil
Disloqué les triomphes
Dévoilé notre escale
Et sa précarité

Cependant j’y ai cru

A nos petites existences
A ses saveurs d’orage
Aux foudres du bonheur
A ses éveils ses percées
Ses troubles ou ses silences
A ses fougues du présent
A ses forces d’espérance
Au contenu des heures

J’y ai cru tellement cru

Aux couleurs éphémères
Aux bienfaits de l’aube
Aux largesses des nuits
Oubliant que plus loin
Vers les courbures du temps
L’explosion fugace
Ne laissera aucune trace
De nos vies consumées

Et qu’un jour notre Planète

A bout de souffle
Se détruirait

" Le Rien"
in Rythmes, éd. Gallimard, 2003


Andrée Chedid est morte à Paris, le 6 février 2011.

07 février 2011

Linvitation au voyage

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre.
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde,
—Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.


Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal (1857)

03 février 2011

La chambre double

Une chambre qui ressemble à une rêverie, une chambre véritablement spirituelle, où l'atmosphère stagnante est légèrement teintée de rose et de bleu.
L'âme y prend un bain de paresse, aromatisé par le regret et le désir.C'est quelque chose de crépusculaire, de bleuâtre et de rosâtre; un rêve de volupté pendant une éclipse.
Les meubles ont des ormes allongées, prostrées, alanguies. Les meubles ont l'air de rêver; on les dirait doués d'une vie somnambulique, comme le végétal et le minéral. Les étoffes parlent une langue muette, comme les fleurs, comme les ciels, comme les soleils couchants.
Sur les murs nulle abomination artistique. Relativement au rêve pur, à l'impression non analysée, l'art défini, l'art positif est un blasphème. Ici, tout a la suffisante clarté et la délicieuse obscurité de l'harmonie. Une senteur infinitésimale du choix le plus exquis, à laquelle se mêle une très-légère humidité, nage dans cette atmosphère, où l'esprit sommeillant est bercé par des sensations de serre chaude.
La mousseline pleut abondamment devant les fenêtres et devant le lit; elle s'épanche en cascades neigeuses. Sur ce lit est couchée l'Idole, la souveraine des rêves. Mais comment est-elle ici? Qui l'a amenée? quel pouvoir magique l'a installée sur ce trône de rêverie et de volupté?
Qu'importe? la voilà! je la reconnais.
Voilà bien ces yeux dont la flamme traverse le crépuscule; ces subtiles et terribles mirettes, que je reconnais à leur effrayante malice! Elles attirent, elles subjuguent, elles dévorent le regard de l'imprudent qui les contemple. Je les ai souvent étudiées, ces étoiles noires qui commandent la curiosité et l'admiration.
A quel démon bienveillant dois-je d'être ainsi entouré de mystère, de silence, de paix et de parfums? O béatitude! ce que nous nommons généralement la vie, même dans son expansion la plus heureuse, n'a rien de commun avec cette vie suprême dont j'ai maintenant connaissance et que je savoure minute par minute, seconde par seconde!
Non! il n'est plus de minutes, il n'est plus de secondes! Le temps a disparu; c'est l'Éternité qui règne, une éternité de délices!

Mais un coup terrible, lourd, a retenti à la porte, et, comme dans les rêves infernaux, il m'a semblé que je recevais un coup de pioche dans l'estomac.
Et puis un Spectre est entré. C'est un huissier qui vient me torturer au nom de la loi; une infâme concubine qui vient crier misère et ajouter les trivialités de sa vie aux douleurs de la mienne; ou bien le saute-ruisseau d'un directeur de journal qui réclame la suite du manuscrit.
La chambre paradisiaque, l'idole, la souveraine des rêves, la Sylphide, comme disait le grand René, toute cette magie a disparu au coup brutal frappé par le Spectre.
Horreur! je me souviens! je me souviens! Oui! ce taudis, ce séjour de l'éternel ennui, est bien le mien. Vois les meubles sots, poudreux, écornés; la cheminée sans flamme et sans braise, souillée de crachats: les tristes fenêtres où la pluie a tracé des sillons dans la poussière; les manuscrits, raturés ou incomplets; l'almanach où le crayon a marqué les dates sinistres!
Et ce parfum d'un autre monde, dont je m'enivrais avec une sensibilité perfectionnée, hélas! il est remplacé par une fétide odeur de tabac mêlée à je ne sais quelle nauséabonde moisissure. On respire ici maintenant le ranci de la désolation.
Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul objet connu me sourit: la fiole de laudanum; une vieille et terrible amie; comme toutes les amies, hélas! féconde en caresses et en traîtrises.
Oh! oui! le Temps a reparu; le Temps règne en souverain maintenant; et avec les hideux vieillard est revenu tout son démoniaque cortège de Souvenirs, de Cauchemars, de Colères et de Névroses.

Je vous assure que les secondes maintenant sont fortement et solennellement accentuées, et chacune, en jaillissant de la pendule, dit: - «Je suis la Vie, l'insupportable, l'implacable Vie! »
Il n'y a qu'une second dans la vie humaine qui ait mission d'annoncer une bonne nouvelle, la bonne nouvelle qui a cause à chacun une inexplicable peur.
Oui! le Temps règne; il a repris sa brutale dictature. Et il me pousse, comme si j'étais un boeuf, avec son double aiguillon. -- «Et hue donc! bourrique! Sue donc, esclave! Vis donc, damné!»

Charles Baudelaire

02 février 2011

Sable mouvant

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Mais dans tes yeux entr'ouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer. 

Jacques Prévert

30 janvier 2011

Capitale de la douleur

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et ton sang coule dans leurs regards.


Paul Eluard, Capitale de la douleur, 1926

25 janvier 2011

Seven moments, 5'20 de magie

Délices desprogiens

J’étais littéralement fou de cette femme. Pour elle, pour l'étincelance amusée de ses yeux mouillés d'intelligence aiguë, pour son cul furibond, pour sa culture, pour sa tendresse et pour ses mains, pour cette femme à la quarantaine émouvante que trois ridules égratignent à peine, trois paillettes autour de ses rires de petite fille encore, pour ce fruit mûr pas encore tombé, pour ses seins arrogants toujours debout, même au plus périlleux des moins avouables révérences, pour cette femme infiniment inhabituelle, je me sentais au bord de renier mes pantoufles. En sa présence, il n'était pas rare que je gaudriolasse sans finesse, dans l'espoir flou d'abriter sous mon nez rouge l'émoi profond d'être avec elle. Elle avait souvent la bonté d'en rire, exhibant soudain ses clinquantes canines dans un éclair blanc suraigu qui me mordait le cœur. J'en étais fou vous dis-je. 
Je l'emmenais donc déjeuner dans l'antre bordelais d'un truculent saucier qui ne sert que six tables, au fond d'une impasse endormie du XVe où j'ai mes habitudes. J'avais commandé un Figeac 71, mon Saint-Émilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de Soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en orgasme au Soleil. Plus long en bouche qu'un final de Verdi. Un si grand vin que Dieu existe à sa seule vue. Elle a mis de l'eau dedans.
Je ne l'ai plus jamais aimée.

Pierre Desproges
L'aquaphile
10 avril 1986

18 janvier 2011

La marche à l'amour

Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as
tu viendras tout ensoleillée d'existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t'aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j'affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie
nous n'irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j'irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n'est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d'indécence
un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions profondes
frappe l'air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n'est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l'amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j'ai quand même idée farouche
de t'aimer pour ta pureté
de t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue
dans les giboulées d'étoiles de mon ciel
l'éclair s'épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j'ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j'ai un coeur comme la flamme d'une chandelle
toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d'insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses
tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
ma danse carrée des quatre coins d'horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d'abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme
tu es belle de tout l'avenir épargné
d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
ouvre-moi tes bras que j'entre au port
et mon corps d'amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination
Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l'ombre et ton coeur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des circonstances de l'amour dénoué
j'allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne
puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
tu seras heureuse fille heureuse
d'être la femme que tu es dans mes bras
le monde entier sera changé en toi et moi
la marche à l'amour s'ébruite en un voilier
de pas voletant par les lacs de portage
mes absolus poings
ah violence de délices et d'aval
j'aime
que j'aime
que tu t'avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube
par ce temps profus d'épilobes en beauté
sur ces grèves où l'été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu'en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d'eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d'outaouais
puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta gorge
terre meuble de l'amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
je vais jusqu'au bout des comètes de mon sang
haletant
harcelé de néant
et dynamité
de petites apocalypses
les deux mains dans les furies dans les féeries
ô mains
ô poings
comme des cogneurs de folles tendresses
mais que tu m'aimes et si tu m'aimes
s'exhalera le froid natal de mes poumons
le sang tournera ô grand cirque
je sais que tout mon amour
sera retourné comme un jardin détruit
qu'importe je serai toujours si je suis seul
cet homme de lisière à bramer ton nom
éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
mon amour ô ma plainte
de merle-chat dans la nuit buissonneuse
ô fou feu froid de la neige
beau sexe léger ô ma neige
mon amour d'éclairs lapidée
morte
dans le froid des plus lointaines flammes
puis les années m'emportent sens dessus dessous
je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau
des voix murmurent les récits de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans ma force fracassée
ma force noire du bout de mes montagnes
pour te voir à jamais je déporte mon regard
je me tiens aux écoutes des sirènes
dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques
et parmi ces bouts de temps qui halètent
me voici de nouveau campé dans ta légende
tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
les chevaux de bois de tes rires
tes yeux de paille et d'or
seront toujours au fond de mon coeur
et ils traverseront les siècles
je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n'ai plus de visage pour l'amour
je n'ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m'assois par pitié de moi
j'ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n'attends pas à demain je t'attends
je n'attends pas la fin du monde je t'attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie 

Gaston Miron (L'Homme Rapaillé, Montréal, l'Hexagone, 1994)

Le fou et la Vénus

Quelle admirable journée! Le vaste parc se pâme sous l'oeil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour.
L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.
On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l'azur du ciel par l'énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre, comme des fumées.

Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé. Aux pieds d'une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l'immortelle Déesse.

Et ses yeux disent : -- « Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendes et sentir l'immortelle Beauté! Ah! Déesse! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire! »
Mais l'implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.
Charles Baudelaire

16 janvier 2011

Dream



I dream I'll meet you deep deep down
The deepest point on Earth, Mariana Trench, ocean bottom
Between Nanga Parbat, K 2 and Everest,
The crest of the world, there you'll be my banquet guest
Where nothing more can impede my vision
When you com I'll see you coming from the world's margin
Here there's nothing of interest
The ruins of Atlantis just
But of you not a trace
I don't think you're coming anymore
We missed each other in our dreams
You dream me, I you
Don't worry, I won't wake you
Before you wake up yourself
Across the ice towards the North Pole is where I'll expect you
Will be standing on the axis
From Tierra del Fuego in hard dream labour to the pole
There everything will revolve just around us
The Pole Star directly above me
This is the pole I'll wait here
Only I cannot see you cmoing from anywhere for miles around
I'm waiting at the wrong pole
We missed each other in our dreams
You dream me, I you
Don't worry, I won't wake you
Before you wake up yourself
Please, please don't wake me
Only as long as I dream do you exist...
Enlist in slumber on a ship
Course: Eldorado, Punt, that's your home
Wait on the coast, look on the horizon
Until I at last see your sails there
But the captain is always drunk
And mostly down below deck
I can't steer this ship in my wildest dreams
On a riff it springs a leek
In the North Sea it then sunk
An iceberg drives me back
I think I'll be waiting for long
Punt stays undiscovered
We missed each other in our dreams
You dream me, I you
Don't worry, I won't wake you
Before you wake up yourself
You dream me, I you
Don't worry, I'll find you
Before you wake up yourself
Collared in a doze I'll grab you
And pull you towards me
For you dream me, I you
I dream you, you me
We dream each other awake

Largage dominical#19

15 janvier 2011

La révolution verte (comme le dollar)

J'ai vu hier soir le film de Coline Serreau " Solutions locales pour un désordre global".
Qui traite de la révolution verte et de ses conséquences sur l'agriculture et l'alimentation, et par extension sur la santé. Et fait un tour d'horizon de solutions alternatives.
Je ne suis pas d'accord avec tous les propos tenus par les intervenants, mais il  me semble tout de même qu'il y a dans ce film, des vérités qui doivent être entendues.
Pour ceux qui souhaitent  le visionner, c'est possible ici.
Vaut mieux avoir le haut-débit, mais c'est gratuit !

09 janvier 2011

Goût amer


Ils arrivent invariablement à la fin du service. A l’heure où, fatigués, nous ne rêvons plus que de finir enfin d’essuyer les piles de vaisselle, de ranger tout le matériel utilisé pendant le service. A l’heure où la dureté de ce métier que nous adorons faire nous apparaît dans toute sa réalité. L’heure où l’on est un peu agacé de ne pouvoir fumer une cigarette sans être contraint à la jeter après quelques bouffées pour retourner en cuisine ou en salle.
Ils sont souvent déjà ivres. Ils se pointent, un sourire faussement niais aux lèvres. Sachant très bien que le patron ne refusera pas de les servir, parce que son établissement est le seul du village qui accepte encore les clients passés quatorze heures trente. Habituellement, je finis mon travail au moment où ils arrivent, abandonnant mes collègues à leur rage de voir s’installer ceux qui vont, comme à chacun de leurs passages, faire traîner leur journée de travail. Mais ce vendredi, je suis remplaçante d'un de mes patrons, parti se reposer quelques jours. Il m’a confié la salle et je suis bien obligée de m’occuper de ces clients dont je n’apprécie pas vraiment l’intrusion titubante et vaguement irrespectueuse à ces heures inhabituelles.
Il est pas loin de quinze heures. Nous avons presque fini. Je vois rentrer celui qui, en général, même la danse. Ce type est le genre de mec qui me donne des boutons. Le regard pas franc, le sourire faux-cul, les paroles doucereuses des hommes qui te racontent des salades à longueur de journée. Je ne l’aime pas. Je le vois souvent, vu qu’il a fait tourner en bourrique récemment notre plongeuse en lui faisant miroiter une belle histoire qui s’est terminée dans les larmes et la colère. Je fais mon boulot en essayant de rester souriante. Il m’offre un verre. Je décline ; il insiste en disant que c’est pour la nouvelle année. Mon boss, en cuisine me fait signe de laisser faire. Je laisse faire. Je me retrouve devant une coupe de champagne que je ne boirai pas, mais que je finis par accepter. Oui, oui, bonne année ! Bon. Je renvoie en cuisine notre petite stagiaire pour lui éviter d'entendre les vannes idiotes et salaces dont lui et sa bande ont le secret.
Arrivent trois autres, tout aussi secoués par la tempête Ricard. Je leur sers une tournée, sous l’œil vaguement réprobateur de notre nouvelle plongeuse, qui elle, ne se laisse pas conter fleurette par ces arsouilles de village. J’essaie d’accélérer le mouvement en les incitant à passer à table, rien n’y fait. Ils veulent boire, et racontent la même histoire que celle entendue la semaine passée à la même heure. Ils tournent en boucle, j’ai l’impression. Si quelqu’un pouvait les mettre sur off, ça m‘arrangerait, je pourrais enfin rentrer chez moi. Je ne les écoute plus vraiment,  profitant de cet interminable apéro pour frotter consciencieusement la machine à café qui brille de l’intérêt que je lui porte, mon chiffon à la main, pour ne pas avoir à tenir le crachoir à ces individus dont les propos commencent à dévier pour enfin parvenir à me faire tendre l’oreille. J’entends soudain un mot qui me fait presque bondir. Mais oui, ce type a bien dit que sa fille est maquée à un gris ! Je n’ose comprendre. Mais si, j’ai bien compris. S’en suit un effarant discours sur sa haine des gris, des nègres et autres étrangers, ces sous-merdes qui viennent faire chier les provencaux dans leur belle Provence. Ce type affirme haut et fort : "Moi, je suis raciste et fier de l’être mon pote!" Mes jambes ne me portent presque plus. Je sais qu’il a déjà vu mes enfants et leur père. Il n’a pas pu ne pas remarquer la couleur de leur peau. J’ai mal tout à coup. Aussi mal que lorsque mes enfants rentrent de l’école en me disant qu’encore aujourd’hui, on les a traités de face de singe. Je sens ma colère qui monte. Je me précipite dans la cuisine pour dire au chef que je vais m’en aller de suite sans les servir. Je lui raconte ce que j‘ai entendu et lui explique que si j’étais chez moi, j’aurais déjà sorti ce type de mon établissement. Je ne peux pas me permettre de le faire, mais qu’on ne compte pas sur moi pour apporter son assiette à ce répugnant personnage. Remplacement ou pas, il se démerde avec ce client sinon, je sens qu'on va en venir aux mains !J’en ai trop entendu. Je plante là ma machine à café, j’enfile mon manteau et je sors du restaurant, oppressée, étouffant encore de ces sanglots que j'ai gardés pour moi, mes mains tremblantes de ces claques que j’aurais voulu pouvoir envoyer sur sa face de gros dégueulasse et dans la bouche le goût amer de ma lâcheté.

06 janvier 2011

Envol

Tu étais une plume posée là, par hasard.
Légère et douce.
A peine mes mains t’avaient-elle effleurée que tu t’es envolée.
Emportée par le vent.
Vers le soleil radieux des souvenirs heureux.

Manifeste

On m'a dit : "Fais des chansons comme-ci" On m'a dit : "Fais des chansons comme-ça" Mais que surtout ça ne pa...